71ème Festival International du Film – Cannes (Alpes-Maritimes)
– du 08 au 20 mai 2018 –

Cannes 2018Alors qu’il s’apprête à fêter ses 71 printemps, le Festival de Cannes semble vouloir trouver une seconde jeunesse en bouleversant ses petites habitudes. Pas une révolution de palais, ça non… Que la noblesse accréditée se rassure, elle jouira encore de ses privilèges durant cette quinzaine, en suivant le protocole des couleurs de badges et des pastilles. Pas une révolution de palais, donc, mais de petits aménagements qui font déjà débat.

Par exemple la décision de décaler le festival d’une journée. Usuellement, la cérémonie d’ouverture avait lieu un mercredi et la clôture un dimanche. Cette année, le festival débute le mardi 8 mai et se terminera le samedi 20 mai. Ceci permettra aux festivaliers de rentrer tranquillement le dimanche ou d’occuper ce temps libre pour profiter un peu du soleil de la Côte d’Azur, après avoir passé dix jours enfermés dans les salles obscures.
Ceci permettra aussi de faire du film d’ouverture, Everybody knows,  une vraie avant-première, le mardi soir, avant sa sortie en salle le lendemain.

D’une façon générale, l’idée des organisateurs est de remettre les soirées de gala à l’honneur. Lors des années précédentes, le film était d’abord montré à la presse, puis aux festivaliers professionnels avant d’être projeté en présence de l’équipe du film, lors de la séance de 19h ou de 22h. Désormais, ce sera l’inverse.

Cela fait grincer quelques dents du côté de nos amis journalistes, notamment ceux de la presse quotidienne, qui vont devoir revoir complètement leur façon de travailler, entre nouvelle grille de projections et interviews à effectuer en décalage – ou sans avoir vu le film, ce qui, avouons-le, ne serait pas très sérieux.
On comprend donc leur agacement, comme on comprend aussi la volonté du Festival de Cannes de protéger au mieux les équipes de films, car il est vrai que la presse, durant la quinzaine cannoise, peut se montrer démesurément féroce avec les oeuvres présentées. Dans le genre, l’édition 2017 fut un sommet. Pas sûr que les auteurs sifflés aient apprécié…

D’ailleurs, beaucoup de cinéastes semblent bouder la Croisette cette année, pour cette raison ou pour d’autres…
Xavier Dolan, l’enfant-chéri de Cannes, préfère présenter son prochain film au Festival de Toronto. Idem pour Jacques Audiard, qui veut retarder la présentation de son nouveau long-métrage, Les Frères Sisters, pour se donner une chance de concourir pour les Oscars 2019.
Interdit de compétition suite aux polémiques absurdes de l’an dernier, Netflix a décidé de n’envoyer aucune oeuvre en sélection officielle. Pas d’Alfonso Cuaron sur le tapis rouge puisque Roma, son nouveau long-métrage, est une production Netflix. Dommage…

Que les amateurs de cinéma se rassurent, la sélection officielle a fière allure malgré tout. En compétition, on trouve les derniers films de cinéastes importants comme Asghar Farhadi, Jean-Luc Godard, Jia Zhang-Ke, Jafar Panahi, Hirokazu Kore-Eda, Matteo Garrone, Lee Chang-Dong et Nuri Bilge Ceylan. Plus des auteurs comme David Robert Mitchell et Nadine Labaki qui, après s’être fait connaître dans les sections parallèles du festival, accèdent pour la première fois à la prestigieuse compétition officielle. Enfin, les sélectionneurs nous ont concocté quelques surprises, avec des cinéastes moins connus, mais qui pourraient bien enthousiasmer les festivaliers dans quelques jours au Grand Théâtre Lumière.
Hors compétition, il y en aura pour tous les goûts, les guerriers-cinéphiles iront affronter les 8h16 du nouveau film de Wong Bing, Les Ames mortes et les révolutionnaires soixante-huitards célèbreront les cinquante ans des évènements de mai 68 devant La Traversée de Romain Goupil. Les âmes non-sensibles suivront le parcours du tueur en série de The House that Jack built de Lars Von Trier, les âmes plus sensibles préféreront la sagesse du Pape François, dans le documentaire que Wim Wenders lui a consacré. Les mélomanes chanteront “I will always love you ouououou ohhhh” devant Whitney de Kevin MacDonald pendant que les Padawans crieront “Aarrr wgh ggwaaah” (“Fonçons vers l’hyper-espace!” en wookie, source Wookiepedia) en découvrant la jeunesse de Chewbacca et Han Solo dans Solo : A Star Wars story.

Les sections parallèles s’annoncent tout aussi passionnantes. Un Certain Regard et La Semaine de la Critique nous feront découvrir de jeunes metteurs en scène talentueux, venus de toutes les zones de la planète.
Pour son cinquantième anniversaire, La Quinzaine des Réalisateurs semble s’être tournée vers un bel alliage de cinéastes confirmés (Gaspar Noé, Jaime Rosales, Mamoru Hosoda, Guillaume Nicloux, Philippe Faucon…) et de petits nouveaux rêvant d’un destin à la Xavier Dolan.

Enfin, pour les nostalgiques du 7ème Art d’avant, le Festival présentera une version de 2001, Odyssée de l’espace en 70 mm, et accueillera, dans l’écrin de La Quinzaine des Réalisateurs, Martin Scorsese, à qui sera remis le Carrosse d’Or.

Apparemment, le vent de changement qui souffle sur le Festival de Cannes ne concerne pas les critères de qualité des films présentés et c’est là le principal! Alors préparons-nous à vivre une très belle quinzaine sous le signe du Cinéma, avec un C majuscule!

Plus d’informations : Site officiel du festival

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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