- “Poetry” de Lee Chang-dong
Une vieille femme, confrontée à deux importants problèmes personnels, trouve refuge dans la poésie... Un beau film, subtil, délicat, plein de pudeur et d'humanisme. Prix du scénario à Cannes en 2010. - “Le bruit des glaçons” de Bertrand Blier
Bertrand Blier, en pleine forme signe un film sur... la maladie et la mort ! Albert Dupontel joue le cancer de Jean Dujardin dans cette fable surréaliste qui célèbre la vie et l'amour plutôt que la mort... Humour noir et poésie., un beau film... http://www.anglesdevue.com/?p=3613 - “Expendables - Unité spéciale” de Sylvester Stallone
Belle idée que de réunir les superstars du film d'action de ces dernières décennies, mais gâchée par un scénario inepte et la propension de Stallone de voler la vedette aux copains... http://www.anglesdevue.com/?p=3579 - “Salt” de Phillip Noyce
Scénario absurde et un peu rance pour un film d'action spectaculaire dans lequel Angelina Jolie incarne une super-espionne capable de se sortir des situations les plus périlleuses sans égratignures, sans ecchymoses et le brushing impeccable... http://www.anglesdevue.com/?p=3541 - “Cleveland contre Wall Street” de Jean-Stéphane Bron
Vrai-faux procès opposant une ville sinistrée par la crise, Cleveland à plusieurs banques américaines qu'elle estime coupable de cet état de fait, à cause notamment de leur politique des subprimes, lucrative exploitation des plus démunis... jusqu'au point de rupture... Un film subtilement engagé... http://www.anglesdevue.com/?p=3485 - “L’Arbre” de Julie Bertuccelli
Sept ans après son brillant premier long-métrage, Julie Bertuccelli signe cette belle histoire de deuil et de reconstruction, entre fable fantastique et mélodrame psychologique. Un beau film, porté par un casting impeccable, Charlotte Gainsbourg et Morgana Davies en tête... http://www.anglesdevue.com/?p=3454 - “Djinns” de Hughes et Sandra Martin
Ce premier film s'appuie sur une intrigue audacieuse, utilisant la guerre d'Algérie comme toile de fond à un récit fantastique, confrontant des soldats français aux esprits du désert. Hélas, les acteurs et la construction trop prévisible plombent ces belles intentions... http://www.anglesdevue.com/?p=3433 - “The Killer inside me” de Michael Winterbottom
Michael Winterbottom s'attaque au film noir en livrant une adaptation fidèle d'un roman de Jim Thompson, "Le démon dans ma peau". Le portrait glaçant d'un tueur sadique et violent, parfaitement incarné par Casey Affleck. Les amateurs de polars bien sombres devraient aimer... http://www.anglesdevue.com/?p=3405
Parce qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie – et que de toute façon Boustoune n’a pas le temps d’y aller en ce moment – aujourd’hui on parle bande dessinée dans la Rubrique-à-Brac :
Mini-critique de War Songs de Ivan Brun, à paraître le 08 septembre chez Drugstore
Parce qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie – ni sur ce site, d’ailleurs – aujourd’hui on parle bande dessinée (youpi !) dans la Rubrique-à-Brac :
Critique de Sous-Sols de Wazem et Tirabosco, paru aux éditions Futuropolis
“Poetry” de Lee Chang-dong
Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes...
Qu’est-ce que la poésie ?
C’est d’abord l’art d’observer la vie en étant capable de trouver de la beauté en toute chose, y compris les plus négatives, les plus sombres, les plus sordides.
C’est aussi et surtout l’art de restituer cette beauté – et les sentiments, émotions, idées qui gravitent autour – avec des mots choisis, évocateurs, en usant ou non de subtilités linguistiques telles que les métaphores…
Dans Poetry, le cinéaste sud-coréen Lee Chang-dong illustre parfaitement le sujet.
Il nous invite à suivre quelques jours dans la vie de Mija, une vieille femme modeste, qui, quand elle ne s’occupe pas de personnes encore plus âgées qu’elle, quasi-grabataires, ou de son petit-fils, un adolescent tête-à-claques que sa fille lui a confié pour partir gagner sa vie à Séoul, suit un cours de poésie…
Le professeur demande à ses élèves d’observer chaque objet comme si c’était la première fois, d’essayer de saisir la magnificence des choses et d’écrire un premier poème. Pas évident…
Mais pour Mija, c’est encore plus compliqué… Frappée par un début de maladie d’Alzheimer, elle a de plus en plus de mal à trouver ses mots…
Quant à la “beauté du monde”, elle vient de se flétrir d’un coup sous l’effet d’un problème inattendu et d’une réalité sordide, ignoble : Une jeune fille vient de se suicider en se jetant dans la rivière, après avoir subi plusieurs viols en réunion commis par certains de ses camarades de collège. Et parmi eux, le petit-fils de Mija…
La vieille femme a donc bien d’autres chats à fouetter. Elle devrait se désintéresser totalement de se cours de poésie. Mais pourtant, elle s’y accroche comme à une bouée de sauvetage…
Peut-être parce que cela lui donne un but concret à atteindre, que cela aide son esprit à se focaliser sur quelque chose, alors que sa mémoire, elle, se désagrège. Sans doute cela l’aide-t-elle à penser à autre chose qu’à cette affaire où la réputation de sa famille risque d’être entachée, où son honneur même est menacé…
Il n’empêche qu’il y a quelque chose de profondément incongru à la voir passer des heures à contempler la nature, à courir de séminaires de poésie en rencontres avec de pseudo-Baudelaire pour apprendre les “techniques” du vers et de la rime, alors qu’autour d’elle s’agitent les parents des autres collégiens violeurs, inquiets de trouver un arrangement financier avec la mère de la victime, et ainsi éviter la honte et les conséquences d’un procès.
Elle flâne sans que l’on ne sache vraiment ce qu’elle ressent, ou même si elle est totalement consciente de ce qui se passe autour d’elle.
Quand elle est envoyée par le groupe de parents pour attendrir la mère de la jeune fille disparue, elle semble même oublier totalement la raison de sa mission… A moins que cela ne soit que de la gêne, de la pudeur…
En toute circonstance, elle reste assez imperturbable, encaissant les mauvais coups avec une sérénité qui, au choix, inquiète ou force le respect. Tout juste élève-t-elle la voix pour secouer son petit-fils, il est vrai exaspérant d’indolence et d’insolence, incapable d’éprouver le moindre remords pour son crime et encore moins d’exprimer un semblant de gratitude pour celle qui s’occupe si bien de lui… Un vrai sale gosse…
Poetry est le double inversé du Mother de Bong Joon-ho. Dans ce dernier, une mère tentait de défendre son fils accusé de viol et de meurtre, par tous les moyens, même les plus extrêmes. Ici, Mija gère l’accusation de viol impliquant son petit-fils. Elle agit elle aussi selon ses propres convictions, mais reste au contraire parfaitement calme, zen, apaisée…
En même temps, les deux films se ressemblent énormément. Cette trame narrative assez similaire est surtout un prétexte primo, à deux beaux portraits de femmes, et secundo, à une critique sociale plus ou moins marquée, pointant du doigt la corruption, la façon avec laquelle l’argent permet d’étouffer les actes les plus abjects, les différences de classe, les problèmes générationnels…
Dans Mother, la charge est frontale. Dans Poetry, elle se fait plus subtile.
La poésie est aussi l’art délicat de la métaphore…
La subtilité se retrouve aussi dans la mise en scène de Lee Chang-dong, très fine. De film en film, le cinéaste sud-coréen tend vers de plus en plus d’épure, de simplicité. Secret sunshine, son précédent film, tranchait déjà avec ses oeuvres “de jeunesse”, Oasis et Peppermint candy, très réussies mais non exemptes de tics de mise en scène. Poetry va encore plus loin.
Même si on retrouve toujours, dans sa construction narrative, une densité qui nous rappelle qu’il a été romancier avant de s’exprimer avec une caméra, le cinéaste s’appuie surtout sur un rythme lent, contemplatif, et se débarrasse de tous les artifices classiques du mélodrame. Pas de musique tire-larmes omniprésente, pas de scènes grandiloquentes, pas d’effets de styles, de gros plans appuyés, etc…
La beauté surgit des cadrages, des paysages, des expressions que l’on tente de déchiffre sur les visages, de tout ce qui nous est donné à voir, y compris quelques séquences audacieuses, filmées avec une infinie pudeur (la scène charnelle entre Mija et l’un de ses clients, un vieillard priapique).
Et l’émotion, finalement, viendra des mots. Ceux de Mija, qui réussira à achever son poème en y projetant ses émotions, son ressenti. Bouleversant…
On tient là, sans aucun doute, tous les éléments permettant de mettre en place une véritable poésie cinématographique. Enfin, presque… Il faut y ajouter une actrice capable de porter entièrement le film sur ses épaules, sans jamais céder à la facilité d’une composition dramatique trop lourde…
Le cinéaste l’a trouvée, en la personne de Yun Junghee. Cette ancienne gloire du cinéma coréen n’avait plus tourné depuis quinze ans. Elle montre ici qu’elle n’a rien perdu, ni de son talent, évident, ni de son envie de cinéma (cette grande dame a quand même joué dans plus de 300 films et obtenu 24 prix d’interprétation dans son pays ! Sacrée carrière !).
Dès les premiers plans, on s’attache à cette vieille femme élégante, digne, courageuse et généreuse, et, par identification, on se retrouve aussi perdus qu’elle face à la beauté du monde et à la complexité de l’âme humaine.
Evidemment, certains n’adhéreront pas du tout à ce lent et long film (2h20, quand même…) qui refuse tout sensationnalisme, toute emphase dramatique, contrairement aux précédents films de Lee Chang-dong.
Mais pour qui saura se laisser porter, prendre le temps d’apprécier la finesse de ce récit, Poetry offrira toutes ses richesses…
Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, ce beau film humaniste a dû se contenter d’un prix du scénario certes mérité. Pour beaucoup, il était un postulant très sérieux à la Palme d’Or. Mais les fantômes d’Apichatpong sont passés par là…
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Réalisateur : Lee Chang-dong
Avec : Yoon Jung-hee, Lee David, Kim Hira, Ahn Nae-sang, Kim Yong-taek
Origine : Corée du Sud
Genre : drame poétique
Durée : 2h19
Date de sortie France : 25/08/201
Note pour ce film : ●●●●●○
contrepoint critique chez : Tout est neutral
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“Le bruit des glaçons” de Bertrand Blier
Plus cancéreux que moi, tumeur (*)
On sait que Bertrand Blier aime à confronter ses personnages à l’irruption inopinée de la mort, cruelle faucheuse d’âmes encore jeunes et insouciantes ou de personnes à bout de souffle, ayant trop profité de la vie…
C’était déjà le cas dans Les Valseuses, avec le suicide mémorable du personnage joué par Jeanne Moreau, ou quand le trio Miou-Miou/Depardieu/Dewaere prenait la route à bord d’un véhicule dangereusement défectueux et finissait par quitter la route… Dans Merci la vie et 1,2,3… soleil, la mort rôdait autour d’Anouk Grinberg, confrontée, d’une part, au SIDA et à la barbarie nazie, et, d’autre part, aux fantômes d’amis disparus… Et dans Buffet froid, elle se manifestait par l’apparition d’une Carole Bouquet vengeresse…
Enfin, dans Les Côtelettes, Blier lui donnait un visage et un corps, en la personne de Catherine Hiegel. La “grande faucheuse” y râlait contre son travail incessant et ingrat…
Dans son nouveau film, Le bruit des glaçons, il continue sur la même voie puisque son personnage principal, Charles (Jean Dujardin), un écrivain alcoolique reçoit un beau jour la visite d’un individu antipathique (Albert Dupontel) qui n’est autre que… son cancer.
Au début, il refuse d’ouvrir sa porte. Non mais c’est vrai, ça… Il est déjà en pleine dépression depuis que sa femme l’a quitté, lassée de le voir sombrer dans l’alcoolisme. Alors, il ne peut pas avoir aussi un cancer… Ca fait beaucoup pour un seul homme.
Mais le cancer insiste… Maintenant qu’il est là, autant que Charles et lui apprennent à se connaître. Et puis il ne restera pas longtemps… “Pas plus de trois mois…”, promet-il…
De toute façon, Charles n’a pas le choix. Il doit maintenant vivre avec cet intrus qui lui colle en permanence aux basques et/ou à l’organisme, qui n’hésite pas à lui faire des réflexions sur chacun de ses faits et gestes ou à lui saper le moral à coups d’histoires sordides… Oh, il jubile, l’affreux crabe quand il observe sa victime écluser les bouteilles de blancs, mises à rafraîchir dans un seau à glaçons (d’où le titre du film). Avec ce régime éthylique de choc, cela va lui faciliter la tâche, d’autant que le médecin local est un bouffon incapable de distinguer un rhume des foins d’une pathologie en phase terminale…
Bien sûr, au début, Charles réagit assez violemment à cette intrusion dans sa vie privée, en expulsant manu militari l’indésirable. Il n’aime pas trop qu’on l »’emmerde quand il se tape un coup de blanc…
Mais on ne se débarrasse pas si facilement d’un cancer comme cela, surtout quand il est aussi malin… Il revient à la charge, menace de frapper le pancréas, très douloureux et très rapide, si son hôte n’est pas plus docile…
Charles se résigne. Le cancer a raison : rien ne le retient sur cette terre. Sa carrière est fichue, vu qu’il ne pourra probablement plus rien écrire. De toute façon, il a déjà eu le Goncourt, alors à quoi bon continuer, sinon pour se retrouver parmi les vieux gâteux de l’Académie Française… Son fils (Emile Berling) vole de ses propres ailes et n’a plus besoin de lui. Sa femme (Audrey Dana) l’a quitté définitivement et la présence à ses côtés de la jeune Evguenia (Christa Théret), une russe juste intéressée par son argent et sa notoriété, ne suffit pas à combler ce vide. Il passe ses journées à se morfondre et à “boire comme un con”. Bref, sa vie est merdique…
Pourtant, quelque chose d’inattendu, d’inespéré, va lui donner envie de se battre, et contrarier ainsi les projets de son Mr Tumeurs : l’amour.
Dans son malheur, Charles a la chance d’avoir à ses côtés une personne attentionnée, dévouée, prête à rester à ses côtés jusqu’au bout : Louisa (Anne Alvaro), la bonne. Une vieille fille un peu terne, effacée, pas vraiment le genre de femme qui attire les regards… Mais une amoureuse transie qui attend patiemment le moment où son Roméo et elle pourront enfin connaître le plaisir physique et l’harmonie spirituelle. Et, de surcroît, une âme noble, qui dispense à tous ceux qui l’entourent de la sympathie, de l’affection, voire de la tendresse. Y compris pour les femmes de la vie de Charles, pourtant ses rivales…
C’est une sorte de figure maternelle, protectrice et rassurante…
C’est sans doute pour cela que Blier, toujours cruel et provocateur, l’a elle aussi dotée d’un cancer… du sein. Un pot-de-colle tout aussi ignoble que le cancer de Charles, qui prend les traits et la gouaille de Myriam Boyer…
Le duel tragi-comique entre Dujardin et Dupontel prend alors une autre dimension. Les deux crabes s’encouragent l’un l’autre à accélérer le passage aux métastases, aux premières douleurs insoutenables nécessitant de la morphine…
Dans le même temps, Charles et Louisa se soutiennent mutuellement, profitent des moments passés ensemble, trouve une bonne raison de s’accrocher à la vie…
L’amour peut-il être plus fort que la mort ?
Bertrand Blier signe une fois de plus un film parfaitement inclassable, entre la fable fantastique et l’étude de moeurs réaliste, entre comédie hilarante – à l’humour noir et grinçant, savoureux – et drame poignant – mais dénué de pathos.
Le spectateur est désarçonné car il ne sait pas s’il doit être amusé, terrifié ou bouleversé devant ce qui lui est présenté. Le film est non pas tour à tour, mais à la fois sombre et lumineux, pessimiste et optimiste, angoissant et apaisant…
Un peu comme Buffet froid, le chef d’oeuvre du cinéaste, qui était truffé de répliques délectables et faisait régner un climat totalement anxiogène, de banlieue trop grise en campagne trop verte, aussi déshumanisées l’une que l’autre…
Le bruit des glaçons évoque bien sûr beaucoup à ce film-là.
Même précision des cadrages, même façon de nous lier à des personnages pas franchement sympathiques (Charles est un sale con égocentrique, appelons un chat un chat, et Louisa est, de prime abord, agaçante, de par sa présence molle. Quant aux cancers, ils ne sont évidemment pas très agréables…), même qualité d’écriture – ah! ces répliques aux petits oignons - et même finesse dans le choix des musiques composant la bande-son…
Et surtout, Blier retrouve cet équilibre délicat entre le récit “classique”, tout en sobriété et en linéarité, et les expérimentations narratives tordues vers lesquelles il semblait aller de plus en plus depuis Merci la vie… Son nouveau film est relativement “simple”, même s’il baigne dans une ambiance délicieusement surréaliste…
Certains verront sans doute cela comme le signe d’un regain de forme du cinéaste après les échecs relatifs de ses films depuis le début des années 1990, tant vis-à-vis de l’accueil du public que de la critique – à tort, d’ailleurs, car lesdits films étaient bien meilleurs que ce que l’on a pu dire ça et là, et mériteraient une réhabilitation…
D’autres profiteront de cette comparaison pour démontrer que justement, Bertrand Blier n’est plus ce cinéaste qui nous enchantait jadis, car elle tourne nettement à l’avantage de Buffet froid…
Evidemment, on ne peut pas leur donner tort sur ce dernier point : oui, les tribulations du trio Bernard Blier / Jean Carmet / Gérard Depardieu étaient bien plus enthousiasmantes, novatrices, profondes que celles du quatuor Dujardin/Dupontel/ Alvaro/Boyer. Mais c’était un véritable chef d’oeuvre, un film en état de grâce…
On ne peut pas exiger d’un cinéaste qu’il atteigne ce niveau d’excellence à chaque fois !
Et cela dit, bien qu’inférieur, “mineur” dans la carrière de Blier, diront certains, Le bruit des glaçons fait montre de bien plus d’audace, d’intelligence, de richesse thématique que nombre de films sortis en salle cette année…
Déjà, ceux qui peuvent se targuer d’être portés par une interprétation aussi brillante ne sont pas légion. Bertrand Blier a toujours su mettre en valeur ses acteurs, en extirper le meilleur. C’est encore le cas ici.
Le duo Jean Dujardin/Albert Dupontel fonctionne parfaitement. Le premier est parfaitement canalisé, d’une sobriété exemplaire – étonnant pour un rôle ‘alcoolique, d’ailleurs… – le second est épatant de méchanceté et d’ignominie…
Du côté des femmes, c’est tout aussi bon. Même si elles n’ont que peu de temps de présence à l’écran, Christa Théret et Audrey Dana font toutes deux preuve d’une belle présence. Myriam Boyer est le parfait homologue en jupons de Dupontel, assénant ses répliques avec beaucoup de délectation et Anne Alvaro apporte son physique atypique, ce mélange de douceur et d’étrangeté qui a fait le bonheur de nombre d’auteurs de théâtre, ou celui, cinématographique, de Raoul Ruiz ou d’Agnès Jaoui… Voilà un beau personnage féminin qui ne manquera pas de faire taire tous ceux qui considèrent Blier comme un affreux misogyne – une réputation traînée comme un boulet depuis Calmos…
Et puis, il fallait un sacré culot pour aborder de manière aussi frontale cette saloperie de maladie, qui continue de frapper, chaque année, des millions de foyer dans le monde, qui sème la souffrance, le deuil, le chagrin… Le film n’élude rien de la maladie, son aspect intrusif et malin, son emprise grandissante, la façon avec laquelle elle pousse le patient à baisser les bras… Il montre l’angoisse du malade face à sa mort programmée à plus ou moins brève échéance, le désarroi des proches, l’impuissance des médecins – et leur manque de tact, parfois…
Ceux qui ont été un jour confrontés à ce fléau seront probablement touchés par ce film, mais ce n’est absolument pas un film déprimant.
Au contraire ! Tout est enrobé dans un humour noir réjouissant et un optimisme assez inhabituel chez Blier… Car, même s’il est habité du début à la fin par l’ombre de la mort, c’est bien la vie que célèbre ici le cinéaste. Et l’amour…
Que le cinéma est beau quand il est aussi percutant et aussi lumineux !
Alors merci, Monsieur Blier, de continuer à faire des films de ce calibre. Le bruit des glaçons est fort rafraîchissant et ne manquera pas, on le souhaite très fort, de faire fondre de plaisir plus d’un spectateur !
(*) : Sous-titre de cette critique empruntée à Pierre Desproges in « Almanach » – éd. Rivages
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Le Bruit des glaçons
Le bruit des glaçons
Réalisateur : Bertrand Blier
Avec : Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro, Myriam Boyer, Christa Théret, Audrey Dana
Origine : France
Genre : Buffet froid & crabes farcis
Durée : 1h27
Date de sortie France : 25/08/201
Note pour ce film : ●●●●●○
contrepoint critique chez : Chronicart
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Parce qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie – ni sur ce site, d’ailleurs – aujourd’hui nous parlons bande dessinée (si, si !) dans la Rubrique-à-Brac :
Critique de Pour l’Empire, 2 tomes parus aux éditions Dargaud.
Comme chaque mois, retrouvez le classement évolutif des meilleurs films de l’année, initié par Vance et l’équipe de Millénium Visions et élaboré d’après les notes attribuées par une communauté de blogueurs, dont Angle[s] de vue.
A noter la progression de la Palme d’or cannoise, l’Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, qui double Inception et Toy Story 3 pour prendre la tête du classement.
Mais attention, il n’est pas encore sorti en salles… Et avec son côté radical, il a tout pour prendre la tête… des spectateurs…
Certains blogueurs risquent donc de lui donner des notes plus sévères et faire chuter sa moyenne…
A suivre, donc…
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| Titre | Progression | Note moyenne /5 | |
| 1 | Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures | +2 | 4.67 |
| 2 | Toy Story 3 | - | 4.52 |
| 3 | Inception | -2 | 4.46 |
| 4 | L’épine dans le coeur | - | 4.34 |
| 5 | Policier, adjectif | +11 | 4.13 |
| 6 | Fantastic Mr. Fox | +1 | 4.08 |
| 7 | Poetry | -1 | 4.05 |
| 8 | Achille et la tortue | -3 | 4.05 |
| 9 | Shutter Island | -1 | 4.00 |
| 10 | Cellule 211 | -1 | 4.00 |
| 11 | Daniel y Ana | -2 | 4.00 |
| Huit fois debout | -2 | 4.00 | |
| 13 | When you’re strange | - | 3.92 |
| 14 | 8th wonderland | - | 3.88 |
| 15 | A single man | - | 3.84 |
| 16 | Mother | - | 3.83 |
| 17 | L’illusionniste | -5 | 3.82 |
| 18 | La reine des pommes | - | 3.80 |
| 19 | The Ghost Writer | +1 | 3.78 |
| 20 | Dragons | +1 | 3.80 |
Comme d’habitude, analyses, commentaires et suite du Top 50 chez nos confrères de Millénium Visions…
Parce qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie – ni sur ce site, d’ailleurs – aujourd’hui on vous propose deux petites vidéos bien barrées.
La première est un rebond sur le billet de PaKa sur les 20 ans de la FMAC : puisqu’il y a cité l’hilarant Villemolle 81 de Winshluss, nous vous proposons un bref extrait du film : L’histoire de la saucisse de hamster de Villemolle
(tout un programme!)
La seconde est une parodie de bande-annonce de blockbuster américain, une publicité pour la SNCF commandée à l’occasion du film américain de Deauville :
The Paris-Deauville Code
Parce qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie – et qu’il n’y a pas que la BD dans la mienne - aujourd’hui nous vous parlons d’une expo’ dans la Rubrique-à-Brac :
“Expendables – Unité spéciale” de Sylvester Stallone
Les "Sacrifiés" (au profit de Stallone)
Pour les amateurs de films d’action, l’affiche de Expendables : unité spéciale sonnait comme une belle promesse. Celle de la rencontre et/ou des retrouvailles sur grand écran les plus grands action-heroes de ces dernières décennies, pour un film fleurant bon la testostérone, la camaraderie virile et les bastons homériques, revival spectaculaire des blockbusters musclés des années 1980…
En fait, on voit surtout Sylvester Stallone…
Comme dirait Rambo, c’est de bonne guerre, mon colonel, car c’est lui qui est à l’origine de ce projet un peu fou… Il en est à la fois le scénariste, le producteur et le réalisateur. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, il s’est octroyé le rôle principal, taillé sur mesure, de Barney Ross, le leader des Expendables, un groupe de mercenaires spécialisé dans les missions impossibles et les interventions délicates. Pour peu que l’on apprécie l’acteur, on prend donc un certain plaisir à le voir jouer de son image de vieux lion encore rugissant, de sa pseudo-rivalité avec les autres rois de l’action musclée…
Le problème, c’est qu’il est tellement présent à l’écran qu’il vole la vedette aux autres acteurs, dont les personnages sont soit très mal dégrossis, soit très mal exploités, avec dans tous les cas, un temps de présence à l’écran réduit à peau de chagrin…
On voit un peu Jet Li, qui, en tant que demi-portion, hérite d’un demi-rôle ; un peu Mickey Rourke, pas franchement convaincant en tatoueur/philosophe de comptoir; un peu moins Steve Austin (non, pas l’homme qui valait trois milliards, le catcheur homonyme…), pourtant impressionnant en armoire à glace pas commode… ; encore moins Randy Couture et Terry Crews, même s’ils ont chacun droit à une scène destinée à les mettre en valeur.
Quant à Bruce Willis, dont le nom apparaît en gros sur l’affiche, et Arnold Schwarzenegger, non-crédité, lui, ils ne font qu’une très brève apparition conjointe (ou presque). Ce minuscule caméo est d’autant plus frustrant qu’il s’agit ni plus ni moins de la meilleure scène du film, joli numéro d’autodérision – sans armes, ni haine, ni violence – de la part de ces cadors du film d’action des 80’s / 90’s…
Une joute verbale réjouissante… hélas pourrie par un montage assez laid en champ-contrechamp où on ne voit jamais Stallone, Willis et Schwarzy ensemble.
Le seul qui réussit tant bien que mal à se faire une petite place dans ce jubilé Sylvester Stallone est Jason Statham, qui incarne le bras droit de Barney et a droit, à ce titre, aux meilleures répliques du film. Mais en contrepartie, il doit se coltiner une intrigue secondaire à l’eau de rose, un brin neuneu, avec la fadasse Charisma Carpenter. Une partie sentimentale presque aussi ridicule que celle reliant Sly à la mignonne comédienne brésilienne Gisele Itié, cantonnée au rôle de la potiche de service…
Les méchants ont eux aussi droit à un traitement un poil plus favorable. Stallone a fait appel à ses meilleurs ennemis, Eric Roberts (son adversaire dans L’expert) et Dolph Lundgren (son rival dans Rocky IV) et leur permet de briller un peu. Car, c’est bien connu, plus le méchant est réussi, plus le héros en sort grandi…
Roberts se montre donc fourbe à souhait et Lundgren est plus que convaincant en mercenaire psychopathe ayant pris goût au meurtre…
Le hic, c’est que le scénario s’avère particulièrement indigent… D’accord, les scripts des gros films d’action des années 1980 ne brillaient pas non plus par leur subtilité, mais quand même… Là, on frise le foutage de gueule… L’argument du film tient sur un post-it : La CIA charge les Expendables de renverser le dictateur d’une petite île sud-américaine (David Zayas, assez mauvais…) et d’éliminer l’ancien agent qui s’est allié à lui, pour développer et contrôler un juteux trafic de drogue. Pas de problème pour les hommes de Barney Ross qui, guidés par la chef des rebelles – qui se trouve également être la propre fille du général dictateur, va comprendre, Charles… – vont pouvoir aller jusqu’au QG des méchants et leur “péter la gueule”…
C’est tout… Les péripéties sont des plus prévisibles : explosions, fusillades, bastons au corps à corps, pour faire tomber, un à un, tous les hommes de main de l’agent renégat, prise de conscience morale du héros qui devient du coup bien plus qu’une montagne de muscles décérébrée…
Rien de nouveau sous le soleil du film d’action US, et rien de particulièrement excitant non plus, hormis l’introduction, amusante, et une ou deux explosions spectaculaires…
Script idiot, exploitation banale des clichés du genre, et Stallone qui la joue perso… Bof, bof…
On comprend mieux pourquoi les autres stars du genre, pourtant sollicitées, ont poliment décliné l’invitation… Pas de Chuck Norris, de Jackie Chan, de Steven Seagal, de Jean-Claude Van Damme, de Kurt Russell…
Dommage, car le casting, déjà pas si mal, aurait eu fière allure…
Si Stallone avait fait preuve de plus d’ambition et avait mis son ego de côté, il aurait peut-être pu les convaincre de se joindre à la troupe…
Et si le scénario avait été mieux ficelé, avec des rôles plus équilibrés, il y aurait eu matière à un film d’anthologie, dans la lignée des Douze salopards, des Professionnels ou des Sept mercenaires…
Mais avec des si…
Expendables –unité spéciale est juste un divertissement assez moyen, qui ne tient que par le charisme de ses acteurs, vieux copains qui ont visiblement pris du plaisir à se retrouver et à tourner ensemble. Mais on est quand même bien loin du film d’action ultime annoncé…
Allez soyons optimistes et disons-nous que ce sera pour la suite, d’ores et déjà en préparation, succès au box-office américain oblige… En espérant un film qui va “tout faire péter”…
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Expendables –Unité spéciale
The Expendables
Réalisateur : Sylvester Stallone
Avec : Sylvester Stallone, Jason Statham, Jet Li, Eric Roberts, Mickey Rourke, Dolph Lundgren, Gisele Itié
Origine : Etats-Unis
Genre : testostérone, big biscottos, guns & explosifs
Durée : 1h45
Date de sortie France : 18/08/201
Note pour ce film : ●●●○○○
contrepoint critique chez : Abus de Ciné
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Parce qu’il n’y a pas que le cinéma dans la vie – ni sur ce site, d’ailleurs – aujourd’hui nous parlons (quelle surprise !) de bande dessinée dans la Rubrique-à-Brac :
Critique du tome 3 de Dans Mon Open Space de James, à paraître demain aux éditions Dargaud.







