Issue des quartiers populaires de São Paulo, Clara (Isabel Zuua) traverse toute la ville pour postuler à un job de nounou pour un enfant à naître. Là, elle réalise qu’une autre candidate, plus expérimentée et qualifiée qu’elle, l’a devancée et a déjà bien négocié les termes de son contrat. C’est donc sans trop d’espoir qu’elle se présente devant Ana (Marjorie Estiano), la future maman, enceinte de 6 ou 7 mois. Mais contre toute attente, le courant passe entre les deux femmes, qui semblent avoir plus en commun qu’il n’y paraît.
Clara vient rapidement s’installer chez son employeur et noue avec elle de liens dépassant le simple cadre professionnel. Tout irait donc pour le mieux si Clara n’avait identifié chez Ana un trouble curieux, des crises de somnambulisme inquiétantes, ne se produisant qu’à une certaine période du mois… Elle l’ignore encore, mais ce mal étrange va bouleverser leurs vies, ainsi que celle de l’enfant, après sa naissance…


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Il est dommage de dévoiler le fin mot de l’intrigue, mais en même temps, au vu de l’affiche du film, le mystère est déjà éventé. Si on ajoute à cela que le réfrigérateur d’Ana ne contient que de grosses pièces de viande rouge saignante à souhait, que la période durant laquelle la future maman a ses crises de somnambulisme correspond aux nuits de pleine lune, et que Miguel Lobo, le jeune acteur jouant l’enfant, sept ans plus tard, a un nom en phase avec le projet, il y a vite de quoi avoir la puce à l’oreille…
Vous l’aurez compris, Les Bonnes manières revisite le mythe de la lycanthropie, l’un des grands thèmes classiques du cinéma d’épouvante. Mais les cinéastes ont la bonne idée de traiter le sujet à leur façon, en s’affranchissant des codes du genre et en proposant à la place un séduisant mélange de chronique sociale et de mélodrame, le tout enrobé dans une bonne dose de poésie noire et de bossa nova qui donnent à l’oeuvre un ton atypique, mystérieux et envoûtant.


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L’intérêt principal du récit de Juliana Rojas et Marco Dura, ce sont le différents niveaux de lecture qu’il offre au spectateur. Au premier degré, on peut se contenter d’une jolie fable fantastique, portée par des effets spéciaux quasiment “à l’ancienne”, avec une bonne dose d’animatronique pour les métamorphoses du personnage principal en loup-garou. Le second niveau de lecture pousse à s’interroger sur ce qui définit réellement la maternité : le fait de donner la vie, de transmettre un patrimoine génétique ou l’éducation que l’on apporte à l’enfant, les “bonnes manières” qu’on lui inculque? Enfin, on peut aisément y voir une allégorie politique et sociale, surtout dans le contexte du Brésil actuel, marqué par une importante fracture sociale et une vie politique des plus mouvementées. Ici, les personnages peuvent être rejetés à cause de leurs origines sociales, leurs préférences sexuelles ou de leur différence, tout simplement, qui les fait passer pour des monstres aux yeux de la majorité.


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On se laisse également séduire par l’interprétation des deux actrices principales, Isabel Zuua et Marjorie Estiano, toutes deux touchantes en mères dépassées par les évènements, par le jeu au poil du jeune Miguel Lobo, qui apporte à ce p’tit loup toute sa candeur juvénile, et par l’élégance de la mise en scène de Juliana Rojas et Marco Dutra qui confirment, après Trabalhar Cansa, remarqué sur la Croisette en 2011, qu’ils font partie des cinéastes brésiliens qui comptent.


les bonnes manièresLes Bonnes manières
As Boas Maneiras
Réalisateurs : Juliana Rojas, Marco Dutra
Avec : Isabél Zuua, Marjorie Estiano, Miguel Lobo, Cida Moreira, Andrea Marquee, Felipe Kenji, Nina Meideros
Origine : Brésil
Genre : T’en fais pas, mon p’tit loup, c’est la vie ne pleure pas
Durée : 2h15
date de sortie France : 21/03/2018
Contrepoint critique : Critikat

REVIEW OVERVIEW
Note :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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