Si le Festival de Cannes a débuté officiellement hier soir, les choses sérieuses commencent aujourd’hui, avec la présentation des deux premiers films en compétition officielle (Sieranevada et  Rester vertical), une montée des marches pleine d’étoiles (Money Monster avec Jodie Foster, Julia Roberts et George Clooney sur le tapis rouge), l’ouverture de la section “Un Certain Regard”, de la “Quinzaine des Réalisateurs” et de la “Semaine de la Critique” et plein d’autres plaisirs cinématographiques…

rester vertical

Dès la projection de 8h30, Alain Guiraudie a réveillé les festivaliers avec Rester Vertical, une sorte de fable sociale et onirique trouble parsemée de scènes de sexe très crues, de saillies humoristiques et d’idées narratives qui ont heurté les esprits les plus étroits. (Lire notre critique).

sieranevada - 4

Cristi Puiu a pris le relais pour tester l’endurance des festivaliers avec son Sieranevada. Il s’agit d’un film-choral de 2h50, tourné presque à huis-clos dans un petit appartement de Bucarest, qui montre les joutes verbales d’une vingtaine de personnages, axées autour du thème du mensonge – que ce soit des secrets de famille ou des mensonges d’Etat. Le dispositif de mise en scène est plutôt habile, exploitant parfaitement la configuration de l’appartement pour capter des bribes de dialogues et des petites tranches de vie, la construction narrative propose de beaux moments de cinéma. Mais les scènes sont souvent beaucoup trop étirées et nuisent au rythme général du film, perdant des spectateurs en cours de route. (Lire notre critique).

Pour un objet cinématographique plus rythmé – mais aussi plus formaté, hélas – il fallait voir Money Monster. Le nouveau long-métrage de Jodie Foster est un thriller mâtiné de drame social, avec pour toile de fond les dérives du système capitaliste et de la mondialisation.  Le résultat est correct pour un blockbuster hollywoodien, mais un peu léger pour une projection cannoise, même hors-compétition… (Lire notre critique)

money monster - 4

Un Certain Regard s’est ouvert avec Clash, le nouveau film de l’égyptien Mohamed Diab, qui s’intéresse aux clivages au sein de la société égyptienne d’après la révolution de 2011 à l’aide d’un scénario assez malin. Après des émeutes, au lendemain de la chute de Mohamed Morsi, les policiers embarquent plusieurs manifestants, qui représentent différentes sensibilités politiques ou religieuse. Dans le fourgon qui les emmène au poste de police, ce petit microcosme ne peut s’empêcher de s’affronter…

Autre film présenté dans la section Un Certain Regard, autre conflit, Omor Shakhsiya, de Maha Haj, s’intéresse à la vie à la frontière israélo-palestinienne à travers des saynètes poétiques et humoristiques.

La Quinzaine des Réalisateurs a également débuté, avec un hommage au cinéaste finlandais Aki Kaurismaki, à qui le Carrosse d’Or a été remis, et la projection de Fais de beaux rêves de Marco Bellochio, un mélodrame sur le thème du deuil qui a bouleversé les festivaliers.

Album - 2

De son côté, la Semaine de la Critique a choisi de présenter Victoria de Justine Triet, avec Virginie Efira, Vincent Lacoste et Melville Poupaud, et Album de famille, de Mehmet Can Mirtoglu.
Dans ce dernier, le cinéaste turc utilise le prétexte d’une chronique familiale – les déboires d’un couple qui va adopter un enfant et se constitue un album de grossesse factice pour cacher la vérité à leur voisinage –
pour dresser un portrait acide de la Turquie contemporaine, empêtrée dans ses contradictions, entre une modernité affichée et de vieux réflexes ultra-conservateurs. Mais le coeur du film, qui rejoint le thème central de Sieranevada, c’est la facilité avec laquelle il est possible de falsifier l’histoire, de proposer une version altérée de la réalité, à l’échelle des hommes et des états.
Le film est plus court que celui de Cristi Puiu, mais cela n’empêche pas, hélas, quelques ennuyeuses baisses de régime et le cinéaste ne réussit jamais vraiment à exploiter tout le potentiel des situations et des personnages. Cependant, Mehmet Can Mirtoglu démontre un indéniable sens du cadre et de la mise en scène. Pour un premier long-métrage, c’est prometteur. Et pour une première journée de festival, c’est également très encourageant!

A demain pour la suite de ces chroniques cannoises.

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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