Viceroy's_HouseViceroy’s house raconte les derniers jours de l’hégémonie britannique en Inde et la partition du pays en deux entités, l’Inde et le Pakistan.
Lord Mountbatten (Hugh Bonneville) arrive en Inde accompagné de son épouse (Gillian Anderson), pour assumer la fonction de vice-roi. Il a pour mission d’accompagner l’Inde vers son indépendance, et de calmer les tensions entre les communautés religieuses du pays. Alors que le personnel du palais s’attend à voir débarquer un militaire austère et aigri, l’homme se montre au contraire chaleureux et ouvert à la culture indienne. Il gagne la confiance de ses différents interlocuteurs, Nehru et Gandhi d’un côté,  Jinnah de l’autre, et peut donc espérer arriver assez vite à un terrain d’entente entre les différents artisans de l’indépendance de l’Inde. L’intérêt de tous serait de se mettre d’accord sur un gouvernement d’union nationale, laïque et incluant tous les groupes indépendantistes. Mais, en coulisses, certaines personnes ont intérêt à attiser les tensions. Sous leur impulsion, l’hostilité grandit entre les différents groupes religieux, imposant l’idée d’une partition du pays en deux entités distinctes, l’une réservée à la communauté hindi, l’autre à la communauté musulmane. Sans le savoir,  Mountbatten se fait manipuler et porte le projet en son nom, contre l’avis de son épouse et celui de Gandhi. Il réalisera son erreur trop tardivement, quand le pays sera en proie au chaos, entre affrontements et exodes massifs, dans des conditions d’hygiène et de sécurité déplorables.

On ne doute pas un instant de la sincérité de la démarche de Gurinder Chadha qui, à travers ce film, a voulu rendre hommage à sa grand-mère, qui a vécu cette période difficile, connu l’exode et la peur, mais on peut trouver dommage qu’elle ait hésité sur la structure à adopter pour porter cette histoire à l’écran. Son Viceroy’s house se veut à la fois un film historique classique, dans l’esprit des films de Richard Attenborough, et un mélodrame flamboyant façon David Lean, mais la combinaison de ces deux idées ne fonctionne pas totalement, rendant l’oeuvre bancale. La partie mélodramatique, corsetée dans la rigidité du classicisme, ne distille l’émotion qu’au compte-gouttes, tandis que le propos politique du film est pollué par la romance assez mièvre que la cinéaste a imaginée, entre un jeune hindi et une servante musulmane.

Heureusement, le film atteint quand même son objectif principal, d’utilité pédagogique, qui était d’expliquer clairement les enjeux de la partition de l’Inde, et notamment les manoeuvres du gouvernement britannique pour garder la main sur cette région du Monde, porte ouverte vers le Golfe et ses ressources pétrolières et frontière naturelle avec le bloc soviétique.
Viceroy’s house a le mérite de rappeler aux pays occidentaux, et notamment au Royaume-Uni, leur responsabilité vis-à-vis de ce chaos, qui prend, dans le contexte contemporain, entre guerres civiles et montée de l’Islam radical, une résonnance toute particulière.

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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