60722-SPY_NO_TSUMA__WIFE_OF_A_SPY__-_Official_still__3_[Compétition Officielle]

De quoi ça parle?

D’un couple Japonais pris dans la tourmente de la seconde Guerre Mondiale.
Tout commence en 1940, à Kobe, avec l’arrestation d’un citoyen britannique. L’homme est soupçonné d’être un espion et est embarqué par la police nippone pour subir un interrogatoire musclé. Yusaku Fukuhara chez qui s’est déroulée l’arrestation, proteste auprès du chef de la police, un vieil ami de son épouse. Il explique que le soit-disant espion est un de ses fournisseurs de longue date, et même un “ami”. Le policier lui répond, glacial, qu’il devrait mieux choisir ses amis. Le Japon s’est allié avec l’Allemagne nazie et s’apprête à déclarer la guerre aux Etats-Unis. La bonne attitude serait de refuser tout ce qui s’apparente au mode de vie occidental pour afficher son attachement aux traditions japonaises. Fukuhara comprend que le vent est en train de tourner et que la guerre approche. Il part faire un dernier voyage commercial en Mandchourie, en compagnie de son neveu. Il revient plus tardivement que prévu et semble cacher quelque chose à Satoko, son épouse. A-t-il été infidèle pendant son voyage d’affaires? A-t-il été déloyal envers sa patrie? A-t-il été transformé par son voyage en Mandchourie?

Pourquoi on reste assez indifférents?

Parce que Wife of a spy semble curieusement assez lisse, sans relief, sans aspérité et sans ambiguïté, ce qui est assez ennuyeux pour un “film d’espionnage”, si tant est que le film puisse rentrer dans cette catégorie.
La mise en place fonctionne plutôt bien. On comprend bien les enjeux du récit, les questionnements de Fukuhara face aux changements qui s’annoncent, sa tentation, peut-être, de fuir le pays, mais aussi ceux de Satoko, qui voit son mari lui échapper peu à peu et se laisse envahir par la jalousie.
Mais de tout cela, Kurosawa ne fait pas grand-chose. A partir du moment où il révèle le fin mot de l’affaire, les choses que Fukuhara a découvertes en Mandchourie, le rythme retombe, l’intérêt du récit s’effiloche. Rien ne vient vraiment redynamiser un récit devenu prévisible jusque dans ses rebondissements. Et comme les personnages ne laissent jamais vraiment exprimer les sentiments qui les unissent, on peine à s’attacher à eux.

C’est regrettable, car la mise en scène de Kiyoshi Kurosawa est comme toujours impeccable. Comme pour accompagner les tourments de Yusaku, tiraillé entre son attachement à sa terre natale et sa passion pour le mode de vie occidental, elle évoque autant les films d’Alfred Hitchcock et Orson Welles que ceux de Kenji Mizoguchi. Ses plans sont composés avec beaucoup de précision et de méticulosité, trouvant toujours la bonne distance pour filmer ses personnages. Mais là encore, c’est un peu trop lisse, trop froid, pour qu’on puisse adhérer à son intrigue et ses protagonistes.
Ce n’est qu’avec le plan final, qui évoque avec une poésie cruelle la fin de la guerre et les bombardements de Nagasaki et Hiroshima, que l’écran s’embrase enfin, que l’on ressent un peu d’émotion. On n’en sort que plus frustrés, conscients d’être passés à côté d’un grand film, faute de plus d’audace et de lâcher prise.

C’est toutefois bien supérieur aux précédents films du cinéaste japonais, qui s’était perdu dans ses histoires d’invasion extra-terrestre, ses thrillers autoréférentiels et sa curieuse parenthèse française. Le fait qu’il retrouve de sa superbe et s’essaie à d’autres genres est plutôt une bonne nouvelle pour le cinéma. Reste à confirmer sur la durée globale d’un long-métrage…

Prix potentiels ?
Eventuellement un prix du scénario, si un agent double du jury vient à trahir ses congénères…

Autres avis sur le film

Kiyoshi Kurosawa esconde, bajo las costuras de un film de espías de serie B, una audaz reflexión (todo modernidad) sobre la doble naturaleza de las imágenes: simulacro y verdad histórica.”
(“Kiyoshi Kurosawa, sous l’apparence d’un film d’espionnage de série B, livre une audacieuse réflexion (très moderne) sur l’ambivalence des images : simulacre ou vérité historique”.)

(@ManuelYanezM sur Twitter)

”Set in #Kobe (#Japan) several years before the Second #WorldWar, the drama that develops after a #business trip which reveals a hugely disturbing and violent scenario.”
(@Rcoolmovies sur Twitter)

Crédits photos : Official stills fournies par la Biennale di Venezia

REVIEW OVERVIEW
Note :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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