61226-LE_SORELLE_MACALUSO__THE_MACALUSO_SISTERS__-_Official_Still__16_[Compétition Officielle]

De quoi ça parle?

De Maria, Pinuccia, Lia, Katia, Antonella, cinq soeurs qui vivent dans l’appartement familial, au dernier étage d’un appartement, dans une ville côtière proche de Palerme.
De leurs relations à trois étapes cruciales de leurs vie : l’enfance, l’âge adulte, le troisième âge. De leurs souvenirs, certains joyeux, d’autres déchirants.
De leur maison, témoin muet de leurs vies.
De la sororité et des liens familiaux, de le vie et de la mort, du temps qui passe et de ses ravages…

Pourquoi on a pleuré toutes les larmes de notre corps?

Parce que le film nous a bouleversés, par son sujet et la mélancolie qu’il communique, mais aussi par sa construction brillante, pleine de poésie et de subtilité.
Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance, car les mélodrames italiens ne brillent généralement pas par leur finesse. Les premiers plans sont d’ailleurs pleins de bruit et de fureur. La caméra navigue au milieu de l’impressionnant bric-à-brac entassé dans la maison familiale. Il y a des jouets partout, des bouquins, des photos, des vêtements et des oiseaux, échappés du pigeonnier sur la terrasse de l’appartement. Pendant que l’aînée se prépare pour aller travailler, les autres se préparent pour aller à la plage. Les filles bavardent bruyamment, se chamaillent, se réconcilient à coups de câlins.
En fait, c’est la vie qui envahit l’espace et l’écran. C’est aussi ce que l’on ressent lors de la première séquence sur la plage, où les jeunes femmes improvisent une danse entraînante, rient et chahutent joyeusement.
Mais certains éléments laissent à présager de l’imminence d’un drame : un plan sur une poupée qui prend l’eau, un autre filmant le groupe à distance, avec une caméra qui surnage difficilement, une bourrasque de vent prête à tout emporter sur son passage, une sirène d’ambulance qui retentit au loin…

Une ellipse nous emmène quelques trente années plus tard, quand les demoiselles sont devenues adultes. Elles organisent un dîner dans la maison familiale, qui n’est plus occupée que par trois d’entre elles. Le climat a un peu changé dans la maison. Les relations entre les soeurs sont également plus tendues. Pinuccia et Lia se déchirent. Maria n’a pas l’air dans son assiette. D’ailleurs, on ne voit que quatre assiettes sur la table. Antonella, la benjamine, manque à l’appel…

Une dernière ellipse nous fait visiter une dernière fois l’appartement, qui est peut-être le véritable personnage du film. Il a mal vieilli. Ses murs sont défraîchis et grisâtres. Les poignées des fenêtres ne tiennent qu’à un fil. Le pigeonnier est encore là, mais ses pensionnaires sont bien moins nombreux.
Les soeurs aussi sont marquées par le passage du temps, du moins celles qui restent. Elles ont désormais un âge avancé et n’ont plus les jambes pour escalader l’escalier montant au dernier étage. Elles le font pourtant une dernière fois, pour récupérer leurs affaires. Jouets, robes d’été et de produits de maquillage ont été remisés depuis longtemps dans des cartons, mais ont tout de même été conservés comme les trésors d’une époque heureuse et insouciante.
Le plan final montre l’appartement vide, peuplé par un unique pigeon égaré. un rai de lumière vient frapper les murs, révélant les endroits où étaient placés les meubles, les cadres photos, tout ce qui constituait le décor d’une vie. C’est à la fois déchirant et sublime.

C’est une oeuvre sur le temps qui passe et sur les épreuves de la vie. Chaque spectateur pourra se reconnaître dans cette histoire qui traite de liens familiaux, de souvenirs d’enfance et de problèmes d’adultes, de deuil et de fantômes du passé.  Evidemment, un tel récit ne peut que provoquer un sentiment de mélancolie et de nostalgie, serrer le coeur et humidifier les yeux. Mais c’est aussi une oeuvre lumineuse et pleine de vie, portée par une bande-son remarquable et des performances d’actrice magnifiques, toutes générations confondues.

Emma Dante n’a peut-être pas signé le film le plus politique, ni celui à la mise en scène la plus élégante ou la plus élaborée, mais elle remporte assurément le prix du film le plus émouvant, celui qui aura fait pleurer tous les lions et les lionnes du Lido. Rien que pour cela, pour ce beau moment d’émotion qui a perduré bien après la projection, on la remercie du fond du coeur.

Prix potentiels

Pour l’instant, c’est notre Lion de coeur  (et non pas notre coeur de Lion). Tout prix serait le bienvenu – sauf celui d’interprétation masculine, car c’est un film essentiellement féminin. Un prix collectif d’interprétation féminine serait une belle idée. Un prix du scénario, un prix de la mise en scène récompenserait le travail d’Emma Dante. Un Lion d’Or nous plairait assez.

Autres avis sur le film

”Le sorelle Macaluso è un film semplicemente riuscito, coinvolgente, a suo modo brutale e dolce.”
(“Le Sorelle Macaluso est un film simplement réussi, enthousiasmant à sa manière, à la fois brutale et douce”)

(Davide Turrini – Il fatto quotidiano)

”Che meraviglia #LeSorelleMacaluso di #EmmaDante appena visto qui al Lido! Sto piangendo da cinque minuti e non solo il solo “
(“Quelle merveille!  J’ai pleuré pendant 5 minutes à la fin et je n’étais pas le seul!”)
(@GiFantasia sur Twitter)

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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