58632-PADRENOSTRO_-_Francesco_Gheghi_and_Mattia_Garaci[Compétition Officielle]

De quoi ça parle?

D’un petit garçon de dix ans à l’imagination débordante, qui voit son monde soudain bouleversé par l’irruption de la violence et de la peur.
L’intrigue se déroule en Italie en 1976, en plein pendant les “années de plomb”, le petit Valerio est témoin de l’attaque de son père, Alfonso (Pierfrancesco Favino), vicequestore de la police romaine, par un commando lié aux Brigades Rouges. La violence de l’attaque le traumatise, mais les jours qui suivent sont encore plus difficiles à vivre, les adultes essayant tant bien que mal de le tenir à l’écart de l’évènement et de ses conséquences. La rencontre d’un garçon un peu plus âgé que lui, Christian, va l’aider l’enfant à s’échapper d’un domicile familial devenu étouffant.
Quelques mois plus tard, la famille part passer les vacances d’été en Calabre, chez les parents d’Alfonso. Sur place, Valerio a la surprise de retrouver Christian, qui est finalement autorisé à passer quelques jours auprès de son ami. L’amitié qui se noue entre les deux garçons aide Valerio à grandir, même s’il se surprend à jalouser cet ami plus grand plus fort et plus doué que lui.

Pourquoi on est partagés?

Ce qui est réussi, c’est l’ambiance que le cinéaste réussit à façonner. Les images, souvent sublimes grâce au beau travail du chef-opérateur Michele d’Anattasio, ont la texture des souvenirs d’enfance, ceux d’un adulte qui se rappelle du petit garçon qu’il était dans les années 1970, fan de football et de films de cowboys. Elles ont aussi la texture des songes, hantés, à l’époque, par le climat politique pesant et les éclats de violence terroriste. En tout cas, elles poussent à mettre en doute la réalité de l’environnement de Flavio, enfant traumatisé par l’attentat dont il a été témoin. Son père est-il réellement sorti indemne de l’attentat? La famille part-elle vraiment en vacances en Calabre ou n’est-ce qu’un rêve? Christian existe-t-il vraiment? Est-ce un ami imaginaire, comme celui à qui Flavio apporte à manger au début du film? Est-ce un fantôme, comme ceux que le gamin annonce avoir déjà croisés?
Comme on sait que Flavio a une imagination débordante, tout est possible et cette question se pose tout au long du récit.
De la même façon que le fantasme vient contaminer la réalité, l’angoisse vient aussi s’immiscer dans le quotidien de la famille de Flavio. Après l’attentat, chaque appel, chaque bruit suspect, chaque irruption de personnages dans le champ de la caméra devient source d’angoisse. Pour le cinéaste, c’est surtout cette peur permanente, ancrée dans la vie quotidienne, qui caractérise les années de plomb. Sa génération l’a ressentie à l’époque et la ressent encore par moments, quand la menace terroriste réapparaît, servant d’autres causes, d’autres combats.

Toute la première partie est plutôt bien menée. La présentation du protagoniste principal cède illico la place à l’attentat lui-même, puis à ses suites, perçues à hauteur d’enfant, reconstituées à partir de bribes de conversations d’adultes saisies ça et là, avant que Christain ne fasse son apparition.
La seconde partie du film, à partir du moment où la famille part en vacances en Calabre, est plus laborieuse. De manière assez paradoxale, elle est à la fois trop longue, souffrant d’un net essoufflement passée l’heure de jeu, surtout une fois que l’on a compris les tenants et les aboutissants du film, et trop courte, le dénouement étant asséné trop rapidement pour que les spectateurs puissent tous en saisir la portée.

A l’arrivée, c’est plutôt la déception qui l’emporte. On a l’impression d’avoir vu un bel objet cinématographique, mis en scène avec élégance et porté par un casting impeccable, à commencer par le jeune protagoniste, Mattia Garaci, mais aussi un film trop fabriqué pour être honnête et manquant un peu d’âme, un comble quand on sait que le film est inspiré de la propre histoire familiale de Claudio Noce! L’attentat cité dans le film a bien eu lieu. La victime en était le père du cinéaste, haut-gradé de la police romaine, et nul doute que cela a pesé sur l’enfance du réalisateur. la différence, c’est que le cinéaste ne peut pas être Flavio, puisqu’il n’avait qu’un an et demie quand le drame a eu lieu. Il s’agit donc plus d’une autofiction que d’une autobiographie, une réinterprétation des évènements de manière plus romanesque. Un peu trop pour le coup. Dommage…

Prix potentiels ? :

De notre point de vue, le film ne mérite aucune récompense. Mais ce genre d’histoire filmée par le prisme d’un regard d’enfant est de nature à séduire un jury de festival.

Autres avis sur le film :

”If Padrenostro winds up as a bit of a mess, it’s a beautiful mess, a glorious mess”
(Xan Brooks – The Guardian)

”Sovraccarico di rallenty, il film è un insieme di nostalgici quadretti familiari, confuso e prolisso.”
(“Surchargé de ralentis, le film est un portrait de famille nostalgique, confus et bavard”)
(Fata Morgana web sur Twitter)

Crédits photos : Emanuela Scarpa

REVIEW OVERVIEW
Note :
SHARE
Previous article[Venise 2020] “The Disciple” de Chaitanya Tamhane
Next article[Venise 2020] “Pieces of a woman” de Kornel Mundruczo
Avatar
Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

LEAVE A REPLY