The Bad batch était l’une des oeuvres  les plus attendues de la 73ème Mostra de Venise. Déjà parce qu’il s’agit du nouveau long-métrage d’Ana Lily Amirpour, la réalisatrice du remarqué A girl walks alone at night, une fable fantastique qui revisitait le mythe du vampirisme tout en parlant de la condition de la femme au Moyen-Orient. Ensuite parce que peu de choses avaient filtré sur l’intrigue de ce nouveau film, si ce n’est qu’il se déroule dans un futur proche et prend la forme d’un conte dystopique, sauvage et violent, autour de laissés pour compte tentant de survivre dans une zone désertique. De quoi attiser la curiosité des amateurs de cinéma de genre. Hélas, le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur des attentes. Certes, The Bad batch est un film d’anticipation porté par de belles idées narratives, et propose ne critique sociale efficace, en phase avec l’actualité, mais le récit souffre de problèmes de rythme et de choix de mise en scène discutables. C’est plutôt la déception qui domine…

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On préfère cependant mille fois le film d’Ana Lily Amirpour à celui de Kim Rossi Stuart, Tommaso, qui est, lui, complètement raté.
Le cinéaste/acteur/scénariste nous propose une comédie articulée autour de la crise de la quarantaine de Tommaso, un cinéaste/acteur/scénariste en proie à une crise de couple, des tourments familiaux et à des projets professionnels qui stagnent. Pourquoi pas… Après tout, ce schéma nombriliste est à la base de nombreux films de Woody Allen, parmi lesquels des chefs d’oeuvre tels que Manhattan, d’ailleurs projeté cette année dans la section “Venezia Classici Restauri”. Mais Kim Rossi Stuart ne possède pas le même talent. Ni comme réalisateur, à en juger par sa mise en scène plate, mollassonne, sans imagination, ni comme acteur, son numéro de cabotinage éhonté finissant rapidement par nous taper sur les nerfs. Sa tentative tardive de donner un second souffle au récit en le faisant basculer dans le trip psychanalytique n’arrange pas la situation, car,dans un festival sur lequel plane l’ombre du Maestro Federico Fellini, voir des scènes oniriques aussi cheap, aussi grotesques, fait mal au coeur.
On suggère de l’expédier pour un moment dans le désert de The Bad batch. Se faire chasser par des cannibales féroces lui remettra peut-être les idées en place.

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En revanche, on épargnera volontiers Stéphane Brizé, le réalisateur d’Une vie, adaptation réussie du roman éponyme de Guy de Maupassant.
Dans La Loi du marché, il utilisait une série de tranches de vie pour décrire le quotidien difficile d’un homme modeste, confronté à la dureté du monde du travail d’aujourd’hui et à un système ultralibéral qui détruit à petit feu les individus les plus faibles. Ici, il emploie la même méthode pour décrire la vie, guère plus enviable, d’une jeune femme de bonne famille, dans la France du début du XIXème siècle.
A peine sortie du couvent, où elle a passé toute son enfance et son adolescence, recevant une éducation stricte et rigide, Jeanne revient s’installer auprès de ses parents, barons possédant plusieurs fermes en Normandie. Elle a à peine le temps de profiter de ces jours heureux qu’elle doit épouser Julien de Lamarre, un jeune nobliau sans le sou. Jeanne, formatée pour être une épouse et une mère de famille modèle, accepte son sort sans broncher, mais la vie avec cet homme s’avère difficile, tant l’homme est pingre, froid, désagréable et volage. Plus tard, elle devra aussi composer avec un fils rebelle et distant et de nombreux problèmes financiers.
Stéphane Brizé filme de courtes saynètes retraçant l’existence de cette femme, ses rares moments de joie et ses nombreux moments de tristesse, de frustration, d’humiliation. Il utilise un format d’image carré pour accentuer l’impression d’enfermement et d’oppression. Et, comme dans La Loi du Marché, il confronte son héroïne à des personnages qui, plutôt que de l’aider, cherchent à l’accabler davantage, à l’humilier, à la soumettre.
Le résultat, avouons-le, n’est pas franchement un grand moment de rigolade. C’est une oeuvre froide, sèche, austère, qui se refuse à utiliser des artifices mélodramatiques pour susciter l’émotion. Mais c’est ainsi que le cinéaste réussit à retranscrire l’esprit du roman de Guy de Maupassant et, de façon plus générale, de nombreux classiques de la Littérature française du XIXème siècle. Et, pour un réalisateur dont l’oeuvre était jusqu’ici très contemporaine, il se sort plutôt bien de l’exercice, souvent délicat, du film d’époque en costumes.
Même si Une vie a reçu un accueil mitigé sur le Lido, on le soutient pleinement. Pour cela, nous sommes prêts à affronter tous les critiques cannibales et les spectateurs blasés…

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Bons lots, mauvais lots… Cela est de toute façon très relatif. Les spectateurs n’ont pas tous les mêmes goûts, les mêmes attentes, les mêmes critères d’appréciation des œuvres. L’important, dans un festival, est que chacun y trouve son compte et de ce point de vue-là, cette 73ème Mostra est d’ores et déjà une réussite.

A demain pour la suite de ces chroniques vénitiennes.

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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