Depuis quelques jours, la Cité des Doges est plongée dans un climat caniculaire. Soleil de plomb, plus de 30°C à l’ombre, atmosphère étouffante… Touristes et indigènes suent à grosses gouttes et cherchent désespérément un coin d’ombre ou un bar pour se rafraîchir.
Mais le meilleur endroit pour se rafraîchir reste encore les salles de cinéma. Cela tombe bien, la 71ème Mostra a démarré officiellement hier, offrant ses salles climatisées aux cinéphiles venus de toutes les régions du globe. Et, pour contraster fortement avec le climat ambiant, le film d’ouverture a emmené les spectateurs au sommet de l’Everest et au coeur d’une violente tempête, avec ce que cela suppose en vents glacés, températures négatives et chutes de neige.

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Bon, disons-le tout de suite, Everest n’est pas un sommet du 7ème Art. C’est un film catastrophe assez classique, conventionnel, qui souffre d’effets dramatiques inutilement appuyés, d’une musique envahissante et d’un scénario forcément prévisible puisque tiré de faits réels, survenus en 1996. Cependant, la mise en scène des séquences spectaculaire est suffisamment efficace pour nous tenir en haleine jusqu’au bout et le cinéaste a le bon goût de ne pas sombrer complètement dans le mélodrame tire-larmes. Et le film bénéficie d’un casting solide et joliment employé : Jason Clarke, Jake Gyllenhaal, Josh Brolin, John Hawkes, Emily Watson, Keira Knightley, Robin Wright.

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Autre coup de froid, hélas, avec le film présenté en ouverture de la section Giornate degli Autori, El Desconocido.
A en juger l’ambiance dans la salle avant la projection, tout le monde attendait avec impatience ce qui est annoncé comme le film de la rentrée en Espagne. Et pour cause : un thriller, genre dans lequel nos amis Ibères excellent, avec en toile de fond la crise économique et le comportement peu scrupuleux des banques, et mettant en vedette Luis Tosar, un des meilleurs acteurs espagnols, tout était réuni pour enthousiasmer les festivaliers.
Hélas, les belles promesses du scénario s’effilochent à mesure que le film avance. Si la force du cinéma de genre espagnol est de réussir à rendre crédible les situations les plus improbables grâce à un sens aigu du rythme et de la mise en scène, cela ne fonctionne pas du tout ici. Les rebondissements sont plus grotesques les uns que les autres et la critique sociale simpliste (“la Finance, c’est le Mal”) que l’on sent poindre derrière le récit tombe complètement à plat.
A oublier d’urgence…

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Finalement, la vraie bouffée d’oxygène du jour nous est venue du Mexique, avec Un Monstruo de mil cabezas, le nouveau film de Rodrigo Plà, proposé en ouverture de la section Orizzonti. Enfin, “bouffée d’oxygène” est sans doute une expression impropre pour un film communiquant un tel sentiment d’oppression et d’aliénation.
Dès le début, on sent qu’un étau se resserre sur le personnage principal, une femme qui cherche à se faire prescrire le traitement permettant à son mari de guérir. En France, elle n’aurait qu’à aller voir son médecin traitant, passer à la pharmacie et se faire rembourser par la sécurité sociale. Mais au Mexique, c’est différent. Il n’y a pas de sécurité sociale mais des compagnies d’assurance privées très onéreuses, qui prennent en charge les soins médicaux et les traitements. ¨
La femme essaie de prendre rendez-vous en urgence avec le médecin, l’appelle, se rend sur place. En vain. Le type n’a pas du tout envie de s’embarrasser de son cas.
Alors elle se décide à lui rendre une petite visite chez lui. Et évidemment, les choses vont déraper…
Ce qui est intéressant, ce n’est pas tant la forme du film, qui prend doucement des allures de thriller, que le fond, qui dénonce un système d’assurances kafkaïen, vicié et corrompu à tous les niveaux. La critique sociale est ici beaucoup plus subtile  et corrosive que le message anticapitaliste naïf de El Desconocido.
Rodriguo Plà confirme, après La Zona et Desierto Adentro, qu’il est un auteur de tout premier plan, analysant avec beaucoup de finesse la société mexicaine et maîtrisant l’art de la mise en scène cinématographique.

A demain pour la suite de ces chaudes critiques vénitiennes…

Venise 2015 bandeau

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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