Everest Tiré du livre du journaliste Jon Krakauer,”Tragédie à l’Everest”, Everest relate l’expédition mouvementée de deux groupes d’alpinistes sur le plus haut sommet du Monde, les 10 et 11 Mai 1996.
On suit essentiellement le guide de Haute-Montagne Rob Hall (Jason Clarke) et ses élèves, quasiment tous des alpinistes chevronnés, dans leurs préparatifs pour affronter l’Everest. Notamment leur adaptation à un effort prolongé à très haute  altitude, où l’oxygène est rare.
La formation du petit groupe se passe plutôt bien, même si certains de ses stagiaires se montrent plutôt fébrile à l’approche du jour de l’expédition, comme les vétérans Doug Hansen (John Hawkes) et Beck Weathers (Josh Brolin), conscients qu’il s’agit là de leur dernière chance de gravir le plus haut sommet de leur carrière d’alpiniste.

On suit également le groupe mené par Scott Fischer (Jake Gyllenhaal), qui veut justement relever le défi d’une ascension sans utiliser de bouteilles d’oxygène.
Entre les deux expéditions rivales, les rapports sont parfois un peu difficiles. Mais tout ce petit monde va devoir coopérer pour atteindre le sommet et surtout pour en redescendre. Car malheureusement pour eux, des conditions climatiques extrêmes vont transformer leur rêve d’aventures en un véritable cauchemar…

Pour le spectateur aussi, le rêve de grand cinéma d’aventures s’évanouit à mesure que l’ascension se rapproche, car même si le film de Baltasar Kormakur relate des faits réels, on a constamment l’impression d’être devant un film-catastrophe américain fabriqué de A à Z, archi-formaté, reposant sur de vieilles ficelles et des effets dramatiques appuyés. Les séquences s’organisent selon une logique prévisible. On peut prédire tel dialogue entre les personnages, telle péripétie servant de prémisse au grand final.
Heureusement, le cinéaste a le bon goût de ne pas verser dans la surenchère mélodramatique inhérente à ce genre de film. Au contraire, il fait même preuve d’une certaine pudeur.
En fait, c’est comme si Baltasar Kormakur était constamment tiraillé entre l’envie d’un film naturaliste relatant de manière fidèle l’expédition et celle d’un vrai film catastrophe hollywoodien à grand spectacle. A l’arrivée, il risque de ne satisfaire personne, les amateurs d’action pouvant trouver le film trop sage et les autres pouvant l’estimer trop caricatural.

Soyons francs, le résultat est loin d’être honteux. L’ensemble est suffisamment efficace pour nous tenir en haleine quasiment jusqu’au bout et le film bénéficie de l’apport d’un casting cinq étoiles, même pour les seconds rôles. A ce sujet, si la décision de confier des rôles mineurs à des actrices chevronnées (Emily Watson, Keira Knightley, Robin Wright) pouvait sembler saugrenue de prime abord, cela se révèle vite une excellente idée, car malgré leur faible temps de présence à l’écran, ce sont elles qui sont chargées de véhiculer  toute les émotions du film.
Techniquement, le film a aussi quelques arguments à proposer. Les prises de vue en relief sont très réussies et, pour une fois, apportent vraiment une plus-value au film. Et on apprécie également le gros travail des ingénieurs du son pour nous plonger au coeur de la tempête. Dommage que cela soit gâché par le choix d’une musique envahissante, qui surligne bien inutilement l’action.

Malgré les quelques qualités de l’oeuvre, on reste sur notre faim. Everest aurait pu être un très beau film d’aventures, une réflexion sur la foi, sur le besoin de dépasser ses limites, sur la place des hommes face à la Nature,… Il n’est finalement qu’une attraction foraine, une expérience immersive pour le spectateur en mal de sensations fortes. C’est déjà ça, mais on attendait plus du film d’ouverture d’un festival comme la Mostra de Venise.

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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