Child of God - 2

On vous disait hier que les films US indépendants  donnait une image généralement bien peu ragoûtante de l’Amérique profonde.
Child of God, le nouveau film réalisé par James Franco, d’après le roman de Cormac McCarthy, en donne une nouvelle fois la preuve. Il suit l’errance de Lester Ballard (Tim Blake Nelson), un marginal qui bascule peu à peu dans la délinquance, le voyeurisme, la violence physique, et même la nécrophilie. Charmant…
Le film se focalise sur le personnage, essayant de forcer le spectateur à s’attacher à ce jeune homme pour le moins perturbé. Pas simple, vu son faible capital-sympathie et l’atrocité des actes qu’il commet. Tim Blake Nelson fait ce qu’il peut, mais son jeu outrancier tend à renforcer le rejet du spectateur.
On comprend ce qui a attiré Cormac McCarthy et James Franco dans cette histoire : la régression d’un être humain jusqu’à un état purement animal, sous la pression des honnêtes citoyens “civilisés”, mais finalement assez peu charitable au regard de leur apparente bigoterie. Simplement, à l’écran, cela passe moins bien qu’à l’écrit. Le récit est inutilement étiré et finit par s’essouffler assez rapidement.
( Notre note : ●●●○○○)

Et ce déluge de situations sordides, est-ce bien raisonnable? A quand les films légers, les comédies, les feel-good movies? Hein, où sont-ils???
Aaaaahh!Les voilà!

Philomena - 2

Déjà, Philomena, le nouveau film de Stephen Frears. Une oeuvre lumineuse, drôle et émouvante, tirée de l’histoire vraie de Philomena Lee et du livre qu’en a tiré le journaliste britannique Martin Sixsmith.
Cette irlandaise a, dans sa jeunesse, cédé aux avances d’un garçon et s’est retrouvée enceinte très jeune. Dans l’Irlande catholique des années 1950, cela était fortement réprouvé par la morale. Elle a dû accoucher au couvent, mais son fils a finalement été adopté par un couple, sans que Philomena puisse s’y opposer. Depuis, elle a eu d’autres enfants, et même des petits-enfants, mais elle n’a jamais pu oublier ce premier enfant, qui lui a été arraché. Martin Sixsmith, alors désoeuvré et vaguement dépressif, a accepté de l’aider à retrouver sa trace. Le film est le récit de leur enquête, qui les a conduit des vertes vallées irlandaises jusqu’à Washington, aux Etats-Unis, et a permis à Philomena, désormais âgée, de retrouver la sérénité.
L’histoire en elle-même est déjà très émouvante, mais ce qui fait le prix de cette adaptation sur grand écran, c’est l’opposition de caractères entre la pieuse et droite Philomena, jouée par Judi Dench, en état de grâce, et le journaliste, cynique et athée, incarné par un Steve Coogan bien plus sobre qu’à l’accoutumée – et donc très bon. Les joutes verbales entre les deux personnages sont savoureuses et la complicité entre le journaliste et la vieille dame s’accentue au fil des minutes, rendant le film de plus en plus émouvant, sans sombrer dans le pathos.
Soyons clairs, ce n’est ni le film le plus abouti de Stephen Frears, mais c’est un joli film, tendre et drôle, qui traite d’un problème de société assez peu connu – les enfants retirés à ces filles-mères irlandaises par les autorités religieuses, trop strictes.
(Notre note : ●●●●●○)

We are the best - 5

Ensuite, dans la section Orizzonti, We are the best! une comédie nostalgique de Lukas Moodysson, sur trois adolescentes suédoises qui montent un groupe de rock-punk féminin au début des années 1980.
On retrouve là toutes les conventions du genre : L’idée de la création du groupe, le recrutement de ses membres, les répétitions, cacophoniques puis nettement plus convaincantes à mesure que le récit avance, le premier concert qui tourne à l’émeute, le premier clash… Mais ici, tout est vu à travers le regard de ces adolescentes rebelles, ce qui est déjà assez savoureux dans un pays réputé pour ses idées progressistes.
Ce n’est pas un grand film, mais l’énergie que ces trois gamines mettent à bousculer l’ordre établi est communicative, tout comme leur bonne humeur.
Punk is not dead!
(Notre note : ●●●●○)

May in the summer - 2

On continue avec May in the summer, de Cherien Dabis, présenté à Venice Days
Il s’agit d’une sorte de prolongement à l’excellent Amerrika qui avait enchanté la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2009. On y retrouve le même genre de personnages et les mêmes problématiques autour de l’identité et du mélange des cultures et des confessions au Moyen Orient.
Mais si les personnages d’Amerrika venaient faisaient le voyage de Palestine vers les Etats-Unis, ceux de May in the summer font le voyage en sens inverse.
May, l’alter-ego de la cinéaste – qu’elle interprète d’ailleurs elle-même – a quitté la Palestine pour s’installer à New-York, où elle est devenue écrivain à succès. Elle atterrit à Amman, en Jordanie, pour y organiser son mariage avec Ziad, son compagnon depuis quelques années. A peine a-t-elle retrouvé sa famille que les ennuis commencent… Sa mère (Hiam Abbas), fervente catholique, désapprouve son union avec Ziad, qui est musulman. Son cousin va encore plus loin et la voue à l’enfer éternel car elle-même est athée. Sa soeur cadette se comporte comme une adolescente en chaleur et la benjamine essaie de dissimuler tant bien que mal son homosexualité. Pour rajouter un peu plus à la confusion, son père (Bill Pullman), un chargé d’ambassade américain, veut lui présenter sa nouvelle compagne, une pakistanaise bouddhiste qui a l’âge de May… Dans ce chaos, May s’interroge sur ses attentes, son couple et à ce qui lui manque pour être heureuse…
Le film se déroule sur le même ton, à la fois drôle et tendre, qu’Amerrika. Il propose son lot d’engueulades, de réconciliations et de chassés-croisés amoureux, mais délivre surtout un beau message de paix et de tolérance à l’adresse du Moyen-Orient : Il est difficile de cohabiter avec des gens qui ont des coutumes différentes, des croyances différentes, mais il est tout aussi difficile, parfois, de se mettre d’accord entre gens de la même famille, de la même fratrie, et cela ne les empêche pas de s’aimer pour autant…
(Notre note : ●●●●●○)

Night moves - 2

Kelly Reichardt, dans Night moves, en compétition officielle, fait moins de sentiment.
Son film décrit la préparation et l’exécution d’un attentat par un trio d’activistes écologistes radicaux. Josh (Jesse Eisenberg), Dena (Dakota Fanning) et Harmon (Peter Sarsgaard) veulent faire sauter un barrage électrique, symbole, selon eux, de la puissance industrielle destructrice des ressources naturelles. Le film les suit dans leur préparation de l’attentat, de la création de faux papiers à l’achat de l’engrais chimique destiné à fabriquer une bombe artisanale. Puis la caméra filme leur passage à l’acte – les fameux “mouvements nocturnes”. Il ne se passe presque rien, mais la cinéaste réussit à créer le suspense avec le peu de matière dont elle dispose – cela doit être tendance chez les cinéastes Art & Essai ces derniers temps… Mais, dans son dernier tiers, le film se transforme en variation sur le thème du “crime & châtiment”, filmant la dérive psychologiques des personnages, rongés par la culpabilité et le remords, mais aussi rendus paranoïaques par la perspective d’être arrêtés. Le film prend alors une tournure plus conventionnelle et opacifie le message adressé par la cinéaste. C’est du cinéma d’auteur tout à fait correct, mais c’est une relative déception comparé à ses trois premiers films old Joy, Wendy & Lucy et La Dernière piste, dont le propos était plus fort.
(Notre note : ●●●●○○)

Et un qui fait encore moins de sentiment, c’est Greg McLean, avec son Wolf Creek 2, présenté en séance de minuit au Palazzio del Cinema. On n’a pas encore vu le film, mais à priori, une pluie de cadavres devrait s’abattre sur les  festivaliers. A tous les coups, cela se passe dans l’Amérique profonde… Ah non tiens, c’est en Australie…  On l’accepte quand même?

A domani pour la suite de ces chroniques vénitiennes,

Ciao a tutti

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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