Jacques Sauvageau (Alexis Martin), un acteur de théâtre québécois est passionné par le jeu. Pas par le jeu d’acteur, non… Sur scène, il est peu impliqué et se contente d’ânonner mollement se répliques. Le jeu auquel il est accro, c’est celui auquel il s’adonne quand il quitte le théâtre : les machines à sous, les vidéo-pokers, les jackpots électroniques. Et cela lui a fini par lui occasionner quelques petits déboires financiers, l’obligeant à emprunter à un usurier local. Au bout d’un moment, ce-dernier vient réclamer le remboursement et il n’est évidemment pas ravi de constater que Jacques continue de dilapider ses cachets dans les casinos. Pour lui échapper, Jacques est contraint de prendre la fuite et il se retrouve en rase campagne, pris dans une tempête de neige, juste vêtu de son costume de scène. Il trouve refuge auprès de Simon Boulerice (Gilles Renaud), un vieux fermier solitaire.

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L’homme se montre accueillant. Il offre à Jacques le gîte et le couvert le temps que ses poursuivants l’oublient. Et il lui propose même un emploi, ce qui lui permettra d’économiser pour rembourser l’usurier. En échange, Simon, usé et malade, demande au comédien de l’aider à effectuer sa récolte. Une récolte assez particulière, il est vrai, puisque le fermier cultive… du cannabis!
Jacques se montre réticent. Tabernacle! Il n’a pas envie de faire le larbin, ni d’être accusé de complicité de trafic de drogue… Mais, à vrai dire, il n’a pas vraiment le choix. Il n’a pas vraiment de possibilités de quitter la zone, complètement isolée, et n’a pas envie de se retrouver face aux gangsters qui sont à ses trousses.
Alors, un peu malgré lui, il devient donc narcotrafiquant, et même complice de kidnapping et séquestration. Francesca (Emmanuelle Lussier-Martinez), une jeune employée de la compagnie électrique venu vérifier le compteur, se montre un peu trop curieuse et découvre le hangar abritant les plants de cannabis. Elle aussi va devoir travailler pour Simon avant de pouvoir retrouver sa liberté. En échange, elle bénéficiera d’un salaire plus élevé que celui qu’elle touche actuellement.

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Finalement, tout le monde trouve son compte dans cet arrangement. Simon trouve une main d’oeuvre inespérée et va pouvoir s’assurer une bonne récolte. Jacques et Francesca se voient donner la chance d’un nouveau départ, lui en pouvant se désintoxiquer de son addiction au jeu, elle en trouvant dans ce trio une famille de substitution, plus compréhensive que ses propres parents.
La famille, c’est vraiment ce qui est au coeur de cette histoire, car on comprend vite que Simon n’est pas un gangster. Il n’y connaît pas grand chose en culture du chanvre et s’il s’est lancé dans ce business, c’est uniquement pour son côté lucratif. Le vieil homme rêve d’offrir à son fils, avec qui il est fâché depuis des années, une exploitation sylvicole dans la région. En somme, cette entorse à la loi, c’est pour la bonne cause…

S’il débute comme une comédie acide et politiquement incorrecte, un Breaking bad avec l’accent du Québec, Les Mauvaises herbes finit par bifurquer vers un mélodrame un peu plus sage et plus classique. Mais, porté par un trio d’acteurs qui fonctionne plutôt bien, le long-métrage de Louis Bélanger pogne avec son ton singulier, entre humour “capoté ben raide” et tendresse. Ce n’est certes pas un chef d’oeuvre dont la consommation vous envoie au septième ciel du septième Art, mais c’est une de ces petites comédies dramatiques sympathiques comme le cinéma québécois sait en cultiver.


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Les Mauvaises herbes
Réalisateur : Louis Bélanger
Avec : Alexis Martin, Gilles Renaud, Emmanuelle Lussier-Martinez, Luc Picard, Stéphane Jacques, Patrick Hivon
Origine : Québec
Genre : Breaking bad arrosé au caribou
Durée : 1h48
date de sortie France : 05/04/2017
Contrepoint critique : Télérama

REVIEW OVERVIEW
Note :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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