Connaissez-vous l’humour luxembourgeois? Euh, c’est… assez spécial… Du moins si on se base sur le seul film Les Gars pour en juger.
Le film d’Adolf El Assal est en effet un véritable objet filmique non-identifié, sorte de mix entre Les Kaïra, pour les tribulations de son trio de lascars des cités, Les Profs et Les Sous-doués en vacances, pour le ton potache qui y règne, les films de Max Pécas, pour le côté Z fauché de l’ensemble, et…
Et rien de connu, vraiment, pour toutes ces idées absurdes jetées en vrac dans le récit.

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Ca commence par une jeune femme – à moins que ce soit un transsexuel – qui se transforme en distributeur à jus de pamplemousse dans la séquence pré-générique, avant qu’un panneau d’avertissement n’indique que “ce film contient un cheval, public non averti s’abstenir”. Un crétin hystérique qui parle comme un méchant de la série “Nicky Larson” se fait estourbir par une flèche en caoutchouc, un gamin à tête d’écran démolit un immeuble à coups de rayon laser, on assiste à une poursuite en montgolfière, à l’irruption des frères Schpeck, les célèbres cyclistes luxembourgeois, à une imitation de Lady Gaga en rotant, ou encore à un jeu télévisé dont les participants doivent relever des défis aussi saugrenus que d’avaler une centaine de flambys sans vomir ou donner des coups de casque dans un panneau signalétique.
On y croise des vrais rappeurs (Orelsan, Taïpan), des faux-rappeurs, le chien policier qui se la pète le plus au monde, les flics les plus crétins de la Terre, des psychopathes, des faux-monnayeurs, des escrocs, des vendeurs de glaces timbrés et des vendeurs de kebabs naïfs…  Bref, un joyeux foutoir…

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L’intrigue ne sert que de prétexte à ces saynètes délirantes : parce que leurs camarades de la classe des “génies” ont remporté un prix prestigieux, tous les élèves d’une école luxembourgeoise ont gagné un voyage d’une semaine au Portugal. Même les cancres de la classe de réadaptation ont le droit d’y aller. Parmi eux, Steven Cariera, le personnage principal, tchatcheur invétéré, Henri, qui a “été étranglé par son cordon ombilical à la naissance et est resté un an à la maternité” et Armand, un type qui a des envies de meurtre quand il n’a pas pris ses médicaments.
Une fois sur place, évidemment, les trois lascars se font la malle et les ennuis commencent…

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A vrai dire, nous avons nous aussi eu envie de nous faire la malle devant ce spectacle “différent”. La voix du comédien principal est assez horripilante, le jeu de la plupart des acteurs est honteusement forcé, le scénario ferait passer le script des Kaïra pour un prix Goncourt et la mise en scène est aussi plate que la Belgique voisine… Et surtout, le film ne nous a pas procuré les frémissements zygomatiques attendus, hormis le final du film, qui parodie un célèbre thriller manipulateur et modifie notre perspective sur le tissu d’âneries que nous venons de voir.
Mais pour être tout à fait honnêtes, nous ne sommes pas vraiment le public adéquat pour ce genre de comédie potache. Le film cible clairement les ados peu exigeants et amateurs de petites vidéos délirantes sur le web, les amateurs d’humour trash façon Michael Youn. Eux pourront peut-être prendre du plaisir devant ce long-métrage à la crétinerie assumée. Pas nous…

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Un mot, quand même, pour nuancer notre jugement. Si ce film ne vole pas bien haut, il faut bien reconnaître qu’il n’en a pas non plus la prétention. Adolf El Assal et sa bande ont bien conscience de ne pas révolutionner le septième art avec ce long-métrage. Ils se sont fait plaisir en tournant leurs petites histoires, entre potes. Et le résultat vaut bien, en terme de qualité, certaines productions plus friquées, plus ambitieuses et plus prétentieuses, mais tout aussi foireuses. Et eux ont le bon goût de ne pas squatter les écrans, privilégiant d’autres circuits de distribution pour montrer leurs oeuvres.
Nous ne sommes pas clients de leur travail, donc. Mais nous soutenons malgré tout leurs initiatives pour faire connaître leur film à son public-cible…

 

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Les Gars Les Gars
Les Gars  

Réalisateur : Adolf El Assal
Avec : Diego “Godié” Castello, Tony “Nytt” Bitegets, Armando “Last’Ar” Medina, Vincent “Taïpan” Habey
Origine : Luxembourg
Genre : Fume, c’est du luxembourgeois…
Durée : 1h22
Date de sortie France : 09/12/2013
Note pour ce film : :
Contrepoint critique : A voir à lire

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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