César 2011 - 2 

Les César – 36ème saison – viennent de rendre leur verdict au terme d’une soirée assez terne.
Pourtant, tout avait bien commencé avec  joli discours, dans un français parfait, de Jodie Foster, présidente de la cérémonie cette année, puis un petit speech rigolo et plein de classe de Jean Rochefort qui a remis les clés de la cérémonie à Antoine de Caunes. Et enfin, un petit montage vidéo montrant ce dernier au coeur des grands films français de l’année, dans l’esprit des séquences jadis tournées par Billy Crystal aux Oscars. 

Mais après, ça s’est un peu gâté : Vannes qui tombent à plat car pas drôles ou un peu trop offensives (Les oreilles de Jean-Luc Delarue ont dû siffler…), qui n’ont extirpé que des rires gênés à un public un brin coincé. Gags lourdingues à forte connotation animalière, comme ces“fuck” tarantinesques qui se transforment en “phoque” sur scène (ça sentait le poisson et pourtant, on n’est pas en avril…) ou la venue de Vincent Pérez avec un poussin dans les mains (what the fuck, justement?). Ridicule célébration du 1000ème lauréat d’un César (en l’occurrence David Fincher pour son Social network, prix du meilleur film étranger) avec un chèque de 2000 et quelques euros, comme à un tirage du loto (un poussin d’avril?). Et ennuyeux, aussi, les vrai/faux numéros de François Damiens et Pascal Elbé en nommés vexés de n’avoir pas eu le César (car déjà vus au moins dix fois…).
Bref, ce fût, comme souvent, trop plat, trop long, trop et pas assez farfelu en même temps…

Mais revenons aux récompenses.
Grand favori de la cérémonie de par sa capacité à fédérer critiques, cinéphiles et grand public, Des hommes et des dieux a gagné le César du meilleur film, mais n’a pas remporté le raz-de-marée attendu. Il doit se contenter des César du meilleur second rôle masculin pour Michael Lonsdale et de la meilleur photo pour Caroline Champetier (ce n’est que justice!).

Le film de Xavier Beauvois doit partager son sacre national avec The Ghost writer, qui remporte le trophée de la meilleure adaptation, celui du meilleur montage et celui de la meilleure musique, pour les variations hermanno-hitchcockiennes d’Alexandre Desplat. Mais surtout celui du meilleur réalisateur pour Roman Polanski, qui remporte sa troisième statuette de meilleur cinéaste, record égalé…

Les prix d’interprétation ont réservé leur lot de surprises. On attendait Lambert Wilson, mais c’est Eric Elmosnino qui remporte le César du meilleur acteur. C’est amplement mérité tant l’acteur est bluffant dans la peau de Serge Gainsbourg, dans Gainsbourg, vie héroïque.
Et Sara Forestier, après son César du meilleur espoir féminin en 2005, triomphe des favorites Catherine Deneuve et Kristin Scott Thomas et gagne le trophée de meilleure actrice pour son rôle dans Le Nom des gens.

Ces films sont les deux autres grands gagnants de la cérémonie.
Le film de Joann Sfar obtient les trophées de meilleur premier film et du meilleur son. Celui de Michel Leclerc et Baya Kasmi glane le prix du meilleur scénario original.
De quoi nous ravir puisque ce sont deux films que nous avons aimés et défendus dans ces colonnes.  
 
Nous sommes aussi très content de voir le César du meilleur film d’animation – le premier du nom – revenir au magnifique film de Sylvain Chomet, L’Illusionniste.
Une bonne idée… Il est juste bizarre que l’Académie ait mélangé courts et longs métrage dans cette même catégorie, alors qu’il y avait suffisamment de postulants pour deux catégories distinctes. Une catégorie spécialement dédiée aux courts-métrages d’animation aurait permis de récompenser Logorama et de laisser le César du meilleur court-métrage à un autre prétendant. Le court de François Hervé de Crécy, François Allaux et Ludovic Houplain fait le doublé après l’Oscar de l’an passé…

La cérémonie a été marquée par de nombreux hommages aux gens de cinéma disparus cette année : Bernard Giraudeau, Claude Chabrol, Maria Schneider…
De façon curieuse, beaucoup de ces hommages ont eu lieu dans des sketches de présentation des nommés… Parmi les plus marquants, celui de Jodie Foster à Chabrol, la chaise vide de Jafar Panahi et surtout la prière inattendue adressée par Michael Lonsdale à… Michael Jackson. 

Mais l’émotion est surtout venue de la jeune génération : larmes de la charmante et talentueuse Leïla Bekhti, trémolos dans la voix d’Edgar Ramirez, respectivement primés en tant que meilleur espoir féminin et masculin. Energie folle et spontanéité de Sara Forestier, César de la meilleure actrice après avoir gagné le prix du meilleur espoir féminin il y a quelques années.

Sinon, on regrettera que repartent bredouilles non pas Les Petits mouchoirs, dont on se fiche royalement, mais Tournée d’Amalric, Carlos d’Assayas ou Mammuth de Kervern & Delépine. Et que Le bruit des glaçons  se contente d’un prix du second rôle féminin pour Anne Alvaro. 

Pour finir, félicitons-nous de la bonne santé du cinéma français et reprenons les mots de Quentin Tarantino, à qui l’académie a rendu hommage “Vive le cinéma !

César 2011

Palmarès complet

Meilleur film : Des hommes et des dieux
de Xavier Beauvois
Meilleur réalisateur :   Roman Polanski
pour The Ghost writer
Meilleure actrice : Sara Forestier
pour Le Nom des gens
de Michel Leclerc
Meilleur acteur : Eric Elmosnino
pour Gainsbourg, vie héroïque
de Joann Sfar
Meilleur second rôle féminin : Anne Alvaro
pour Le bruit des glaçons
de Bertrand Blier
Meilleur second rôle masculin : Michael Lonsdale
pour Des hommes et des dieux
de Xavier Beauvois
Meilleur espoir féminin : Leïla Bekhti
pour Tout ce qui brille
de Géraldine Nakache & Hervé Mimran
Meilleur espoir masculin : Edgar Ramirez
pour Carlos, le film
d’Olivier Assayas
 Meilleur premier film :
Gainsbourg, vie héroïque
de Joann Sfar
Meilleur film étranger : The Social Network
de David Fincher
Meilleur film d’animation : L’Illusionniste
de Sylvain Chomet
Meilleur scénario original : Michel Leclerc & Baya Kasmi pour
Le Nom des gens
de Michel Leclerc
Meilleure adaptation : Robert Harris & Roman Polanski pour
The Ghost writer
de Roman Polanski
Meilleur montage : Hervé Deluze
pour The Ghost writer
de Roman Polanski
Meilleure photo : Caroline Champetier
pour Des hommes et des dieux
de Xavier Beauvois
Meilleure musique : Alexandre Desplat
pour The Ghost writer
de Roman Polanski
Meilleur son : Daniel Sobrino, Jean Goudier, Cyril Holtz
pour Gainsbourg, vie héroïque
de Joann Sfar
Meilleurs décors : Hughes Tissandier
pour Les aventures fantastiques d’Adèle Blanc-Sec de Luc Besson
Meilleurs costumes : Caroline de Vivaise
pour La Princesse de Montpensier
de Bertrand Tavernier
Meilleur film documentaire : Océans
de Jacques Perrin & Jacques Cluzaud
Meilleur court-métrage :

 

Logorama
de François Hervé de Crécy, François Allaux et Ludovic Houplain.
César d’honneur : Quentin Tarantino
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

1 COMMENT

  1. Woohoo !
    Après avoir été de ceux qui ont révolutionné le monde poussiéreux de la BD, Joann Sfar fait une entrée remarquée au cinéma !!

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