ZuluAprès avoir assisté au meurtre sauvage de son père, lynché par des miliciens aux heures sombres de l’apartheid, Ali Neuman (Forest Whitaker) a choisi de continuer à se confronter à la violence et à la noirceur de l’âme humaine. Il est devenu chef de la la brigade criminelle du Cap, en Afrique du Sud.
Avec ses adjoints, la forte tête Brian Epkeen (Orlando Bloom) et le “bleu” Dan Fletcher, il mène de front trois enquêtes en même temps : le meurtre d’une jeune femme blanche de bonne famille, fille d’un célèbre rugbyman springbok, de mystérieuses disparitions d’enfants  noirs dans le Township, le ghetto du Cap, et l’émergence d’une nouvelle drogue aux effets secondaires dévastateurs.
Ils sont loin de se douter que ces trois affaires sont reliées les unes aux autres, conséquences d’une entreprise criminelle plus vate que ce qu’ils pouvaient imaginer. Leurs investigations vont également les conduire à affronter leurs propres démons. Ils n’en sortiront pas indemnes…

Les amateurs de polar sombre et nihiliste reconnaîtront là l’intrigue du roman “Zulu”, de Caryl Ferey (1), multi-récompensé à sa sortie (2).
Il s’agit bien, en effet, de l’adaptation de ce roman, dont le producteur Richard Grandpierre a acquis les droits, et a confié à Jérôme Salle la réalisation de la version cinématographique.

Zulu - 2

Du strict point de vue du récit, le film est relativement fidèle au roman, malgré quelques coupes franches imposées par la densité du texte original. C’est un polar noir, tendu, parcouru d’éclairs de violence qui feront probablement déguerpir les spectateurs les plus sensibles.
Dans l’esprit, en revanche, c’est moins réussi. Le cinéaste passe en effet à côté de l’aspect ethnologique de l’intrigue, qui faisait la force du livre. Peut-être parce que la psychologie des personnages, les références à la culture zulu et les enjeux de cette Afrique du Sud encore meurtrie par l’apartheid, se retrouvent dilués dans l’intrigue policière, menée à un rythme effréné. Cela va bien trop vite. Les péripéties s’enchaînent sans aucun temps mort, si bien que, comme pour l’adaptation du Dahlia Noir par Brian De Palma, il n’est pas certain que les spectateurs qui n’ont pas lu le livre comprennent aisément les tenants et les aboutissants de l’enquête…
Et ce tempo prestissimo ne permet pas non plus de s’attacher aux personnages. Jérôme Salle ne prend pas le temps de les détailler, de montrer leurs failles, leurs blessures, de raconter leurs parcours personnels, de pointer leurs caractéristiques communes et leurs différences. En bref, il se prive de tout ce qui fait le prix d’un bon film noir.

Zulu - 4

Rageant, vu la profondeur du roman original… On regrette qu’un David Fincher, par exemple, ne se soit pas chargé de l’adaptation du bouquin de Ferey. Nul doute qu’il aurait su en tirer autre chose qu’un banal thriller de série, correctement exécuté, mais trop formaté et manquant sérieusement d’intensité et de relief.

Bon après, soyons francs, on a vu pire…
Déjà, on ne peut pas dire que le film soit ennuyeux.
Ensuite, il bénéficie déjà de belles performances d’acteurs, à commencer par le duo Forest Whitaker/Orlando Bloom, qui incarnent parfaitement le duo de flics imaginé par Ferey. Le premier prête sa carrure massive au vieux flic, pugnace et rusé, apparemment maître de ses émotions. Le second campe un jeune chien fou, au comportement imprévisible.
Enfin, même s’ils sont un peu dilués dans l’intrigue policière, les sujets de fond restent passionnants : les traces de la ségrégation raciale, le clivage social qui perdure en Afrique du Sud et ses conséquences, la criminalité dans les quartiers pauvres, la politique néocolonialiste des laboratoires pharmaceutiques en Afrique…

Zulu nous laisse un goût d’inachevé, mais il permet de faire découvrir à un public international le talent singulier de l’écrivain français Caryl Ferey. Il donnera peut-être à d’autres cinéastes l’idée d’adapter ses autres romans, comme “Mapuche” (3) ou la saga Maori “Haka & Utu”, pour un résultat que l’on espère plus convaincant.

(1) : “Zulu” de Caryl Ferey – coll. Folio Policiers – éd. Gallimard 
(2) : Dont le Grand prix du Roman Noir Français remis au festival du film policier de Beaune en 2009. 
(3) : Le romancier est lui-même en train de travailler sur un scénario tiré de son roman.

Notre note : ●●●○○○

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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