En ce moment en salles, hormis l’Avatar de James Cameron, qui squatte un peu les écrans (parfois trois écrans dans certains multiplexes, et même pas en 3D, est-ce bien raisonnable ?…), on a basiquement le choix entre une avalanche de films pour enfants et des œuvres qui ne leur sont pas destinées, du genre horrifique.
Cruel dilemme pour nous, à Angle(s) de vue, qui avons gardé une âme d’enfant mais qui aimons aussi les frissons cinématographiques… Pourtant, entre les écureuils popstars et la fillette psychopathe, notre décision n’a pas été trop difficile à prendre : Eh oui ! nous avons choisi de voir et chroniquer Esther, un thriller horrifique américain, mais signé par un cinéaste d’origine ibérique, Jaume Collet-Serra.

Esther - 5

Le scénario plante le décor dès une première scène éprouvante : Kate, une femme sur le point d’accoucher de son troisième enfant se rend à l’hôpital, mais les choses se passent mal. Elle perd du sang de manière abondante. Lorsqu’elle se réveille, elle est sur une table d’opération. Le bébé est mort et on est en train de lui retirer l’utérus /Cut/ C’était un cauchemar… Mais la cicatrice sur le ventre de Kate indique que le drame a bien eu lieu.
Depuis, elle a connu la dépression et l’alcoolisme, mais s’en est sortie. Pour aller de l’avant et surmonter leur douleur, Kate et John, son mari, décident d’adopter un enfant. A l’orphelinat, ils rencontrent Esther, une gamine très différente des autres. A neuf ans seulement, elle possède des dons artistiques développés, s’exprime de manière très correcte, très posée, et fait preuve d’une étonnante maturité. Le couple est conquis, et les premiers jours d’Esther dans son nouveau foyer les confortent dans leur choix. Petite fille modèle, elle se montre câline et reconnaissante avec ses parents adoptifs, prend sous son aile sa nouvelle sœur, manifeste un intérêt pour l’histoire de cette petite famille.
Mais peu à peu, Kate se rend compte que quelque chose cloche chez la jeune fille. Son attitude a évolué, passant de la sympathie à la froideur, et des événements tragiques se produisent autour d’elle. Kate décide alors d’en savoir plus sur le passé de la fillette. Mais peut-être est-il déjà trop tard…

Esther - 3

Le film repose sur des ressorts narratifs assez conventionnels. Le principe de l’intrus venant parasiter un foyer sans histoires et le faire basculer dans la peur a déjà inspiré beaucoup de scénaristes et de cinéastes, pour le meilleur, comme pour le pire. De fait, hormis le rebondissement final – un peu tiré par les cheveux, mais original – on devine assez rapidement tout ce qui va se passer, ce qui nuit un peu au suspense…
Même chose pour les mécanismes de terreur et les effets de surprise : Le coup du personnage que l’on voit surgir derrière l’héroïne dans le miroir de la salle de bains, c’est un peu comme le chat qui bondit au moment où on ne s’y attend plus : un grand classique du genre… La première fois, cela fonctionne, la seconde aussi, à la rigueur, mais après, on devine exactement à quel moment va être déclenché l’effet…Bon, ici, il n’y a pas de chat qui bondit, c’est déjà ça ! D’ailleurs aucun animal n’a été maltraité pendant le tournage, hormis un pigeon. Mais bon, quand on ne sait pas jouer au paintball, on s’abstient…

Bref, Esther n’est pas « le film le plus terrifiant de l’année », comme l’on affirmé certains de nos confrères de la presse écrite (ils n’ont pas dû voir Paranormal activity… euh…pardon…)
Cependant, c’est un thriller assez honorable, qui possède un certain cachet. Grâce à la façon perverse dont Esther manipule son entourage, semant la discorde chez les uns, menaçant les autres, usant de ruses diaboliques pour parvenir à ses fins. Et entachant l’innocence des enfants du couple en les associant malgré eux à ses forfaits…

Esther - 4

Grâce aussi aux comédiennes, parfaites : Isabelle Fuhrman, du haut de ses douze ans, est impressionnante dans le rôle-titre. Avec son visage passant en une seconde du sourire angélique à une dureté implacable, elle fiche réellement les jetons. Si Esther mériterait d’entrer au panthéon des méchants les plus réussis du cinéma, c’est essentiellement grâce au jeu de la jeune comédienne. A l’instar de son personnage, elle fait déjà preuve d’une grande maturité artistique et porte presque seule le film sur ses épaules. Presque, car face à elle, c’est l’excellente Vera Farmiga qui assure le métier, avec le talent qu’on lui connaît. Il en fallait pour rester convaincante dans un rôle des plus stéréotypés de mère rongée par les remords et le chagrin, dépressive et alcoolique, mais forte dès qu’il s’agit de protéger ses enfants… Sobre, touchante, attachante, elle est une fois de plus impeccable.
On n’en dira pas autant de son partenaire Peter Sarsgaard, assez fade, inexpressif et manquant de subtilité…

Sans être transcendant, Esther est donc un petit film efficace, un divertissement acceptable pour qui aime avoir peur au cinéma. Les âmes les plus sensibles, et les personnes sur le point d’adopter un enfant, elles s’abstiendront, et préféreront aller voir chanter des écureuils…

_______________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________________

EstherEsther
Orphan

Réalisateur : Jaume Collet-Serra
Avec : Isabelle Fuhrman, Vera Farmiga, Peter Sarsgaard
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller, Horreur
Durée : 2h03
Date de sortie France : 30/12/2009

Note pour ce film : ˜˜˜˜

contrepoint critique chez : Laterna magica  

_________________________________________________________________________________________________________________________________________

SHARE
Previous articleLe Massacre du Printemps
Next articleEloï, Eloï, lama sabbaqthani ?
Avatar
Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

LEAVE A REPLY