Cold war aff proAprès le très beau mais très austère Ida, Pawel Pawlikowski revient avec une oeuvre qui ne respire pas spécialement la félicité… Cold war raconte une histoire d’amour morcelée, ballotée entre est et ouest, de chaque côté du rideau de fer, pendant les heures les plus dures de la Guerre froide. Elle commence dans un petit village de la campagne polonaise. Viktor (Tomasz Kulesza), chef d’orchestre réputé, est chargé de collecter les chansons folkloriques traditionnelles du pays et de recruter les plus belles voix féminines pour les interpréter sur scène, lors d’une tournée devant les hauts dignitaires du bloc de l’est. C’est ainsi qu’il repère la sublime Zula (Joanna Kulig), dont il tombe instantanément sous le charme.
Ils deviennent amants et, lorsque Viktor comprend qu’il est surveillé activement par les autorités, décident de fuir ensemble à Paris. Mais rien ne va se passer comme prévu, et il faudra du temps avant que le couple puisse finalement trouver la stabilité et le bonheur, après avoir surmonté bien des épreuves et accepté bien des compromis.

L’intérêt et la force du film repose sur un choix de mise en scène audacieux et radical. Pawel Pawlikowski a en effet choisi de raconter cette histoire, étalée sur plus de dix ans, en seulement 1h20 (une bizarrerie, dans un festival où la plupart des films sont excessivement longs) et un découpage elliptique qui ne montre que les éléments essentiels à la compréhension de l’intrigue.
A peine a-t-on compris que Viktor et Zula sont amants qu’ils sont déjà séparés à l’écran, lui à Paris et elle en Russie, devant chanter pour Staline. A peine l’a-t-elle rejoint qu’elle veut déjà repartir, le couple ne résistant pas à ce déracinement, loin de leur terre natale. La passion n’a jamais le temps de s’installer entre les deux amants, étouffée par ce climat politique pesant, par la grisaille ambiante, ou maintenue en dehors du cadre.
Comme pour Ida, le cinéaste a opté pour un format d’image carré et un noir & blanc minimaliste, qui imprime au film une atmosphère lourde, oppressante.

Avec ce dispositif atypique, le cinéaste permet au spectateur d’éprouver le même sentiment de frustration que ses personnages, qui doivent se contenter de fragments de vie commune sans jamais parvenir à trouver le bonheur. Mais évidemment, ce choix est à double tranchant, car ainsi condensé, vidé de sa substance, Cold War prend le risque de n’être considéré que comme une oeuvre anecdotique, formellement sublime, mais ne procurant aucune émotion, aucun plaisir cinématographique.

Si le jury choisit de primer la radicalité artistique, Pawel Pawlikowski a une chance de figurer au palmarès. En revanche, s’il opte pour l’émotion brute, ce film sec et glacial risque fort d’être laissé de côté.

REVIEW OVERVIEW
Note :
SHARE
Previous article[Cannes 2018] “Plaire, aimer et courir vite” de Christophe Honoré
Next article[Cannes 2018] “Arctic” de Joe Penna
Avatar
Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

LEAVE A REPLY