Alain Resnais - 2

Triste nouvelle pour les cinéphiles. Alain Resnais est décédé samedi 1er mars, à l’âge de 91 ans.
C’est un grand réalisateur, fort d’une carrière de plus de soixante ans et d’une œuvre riche d’une quarantaine d’œuvres, qui vient de nous quitter.

On se souviendra de ses courts-métrages documentaires sur les artistes peintres (Van Gogh, Gauguin, Guernica…), les lieux historiques (Toute la mémoire du monde) ou les nouveaux matériaux (Le Chant du styrène), très inventifs pour l’époque – et encore aujourd’hui. Mais aussi, évidemment, de son bouleversant Nuit et brouillard, évocation d’une finesse et d’une pudeur absolue des victimes des camps de concentration nazis.

On se souviendra aussi de ses premiers longs-métrages, qui ont dynamité les conventions de l’époque en proposant un « nouveau cinéma » équivalent au courant littéraire du « nouveau roman ». Un cinéma expérimental qui a accompagné la Nouvelle Vague des années 1960. Parmi ceux-là, Hiroshima mon amour, d’après Marguerite Duras, et L’Année dernière à Marienbad, sur un scénario d’Alain Robbe-Grillet.

On se souviendra aussi de ses œuvres engagées. Son manifeste contre la guerre du Vietnam, Loin du Vietnam, cosigné avec des cinéastes comme Chris Marker, Jean-Luc Godard ou Joris Ivens, ses Cinétracts sur mai 68, mais aussi Muriel ou le temps d’un retour, sur la guerre d’Algérie, ou La Guerre est finie sur la guerre civile espagnole…
Toutes témoignent d’une profonde envie de faire bouger les choses, de changer le monde.
Alain Resnais était un cinéaste vivant avec son temps.

C’était aussi un cinéaste intemporel, travaillant beaucoup autour de l’onirisme et du fantastique. On retrouve cette tendance dans des œuvres comme Providence, La Vie est un roman, I want to go home ou, plus récemment, dans Les Herbes folles.

Mais ce sont surtout ses adaptations de pièces de théâtre ou ses hommages au théâtre qui ont bâti sa réputation.
Mélo a été un triomphe public et critique et a consacré le trio d’acteurs fétiches de Resnais : Sabine Azéma, sa compagne à la ville, Pierre Arditi et André Dussollier.
Smoking/No smoking, le diptyque tiré des pièces d’Alan Ayckbourn a remporté de nombreuses récompenses et suscité l’adhésion du public.
Il a également signé Cœurs, également d’après une pièce d’Ayckbourn, Pas sur la bouche, une opérette, et, il y a deux ans, Vous n’avez encore rien vu.

On aurait voulu voir dans ce titre une prémonition, le signe que le cinéaste allait continuer à nous enchanter encore longtemps avec ses films, comme son confrère centenaire Manoel de Oliveira. Mais Alain Resnais a préféré rejoindre les étoiles et partir folâtrer dans les herbes folles du Paradis.
Il nous laisse sur cet ultime tour de passe-passe, à quelques jours de la sortie de son ultime long-métrage, toujours et encore tiré d’une pièce d’Alan Ayckbourn : Aimer, boire et chanter.
Un titre alléchant, qui résume bien la personnalité d’Alain Resnais : un amoureux de la vie.

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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