Lubo affpro[Compétition Officielle]

De quoi ça parle ?

Du destin de Lubo Moser, un tzigane yéniche, pendant la Seconde Guerre Mondiale. De ce qu’il a dû faire pour survivre et de son combat pour retrouver ses proches.

Lubo (Franz Rogowski) et les siens sont des gens du voyage, des saltimbanques qui sillonnent les routes du canton des Grisons, en Suisse et vivent de leurs performances de rue. Un jour de 1939, il est arrêté par la police et enrôlé de force dans l’armée suisse pour défendre la frontière d’une éventuelle invasion allemande. Peu de temps après, il apprend que sa femme est décédée en tentant d’empêcher les policier de lui arracher ses trois jeunes enfants. Ceci est la conséquence d’une campagne lancée par le gouvernement suisse pour “rééduquer les enfants des rues” en les plaçant dans des orphelinats et des institutions religieuses comme Pro Juventute. Lubo décide de déserter pour retrouver ses proches.
Il parvient à s’enfuir et usurper l’identité d’un riche représentant de commerce. Sous cette identité, il peut se frayer une place dans la haute société, qui lui permet d’enquêter sur le système de rééducation des tziganes et de tenter de retrouver ses enfants.

Pourquoi on aime ?

Le destin de Lubo est un formidable matériau cinématographique. Cet homme libre, vivant sans autres attaches que ses liens familiaux, se retrouve brusquement séparé des siens, enrôlé de force dans l’armée d’un pays pourtant “neutre”. Tout son univers s’écroule, surtout quand sa femme décède et que ses enfants sont envoyés dans des centres d’accueil différents, loin les uns des autres.
Non-violent à la base, il se retrouve contraint de commettre un acte criminel pour retrouver sa liberté, puis se retrouve plongé dans un cercle social radicalement opposé à celui dans lequel il vivait. En cherchant en vain ses enfants, il rencontre une jeune femme qui peut représenter l’espoir d’une nouvelle vie, à condition qu’il ne soit pas rattrapé par les fantômes du passé.

Giorgio Diritti en fait une jolie fresque historique, certes un peu longue et réalisée sans panache, mais ayant le mérite de beaucoup s’appuyer sur la performance de Franz Rogowski, impeccable dans la peau de ce personnage fascinant, charismatique et opiniâtre. Le récit, inutilement étiré sur près de trois heures, séduit dans sa première partie, patine un peu dans la seconde , où les enjeux narratifs sont moins forts, mais reprend du poil de la bête dans un dernier tiers surprenant, qui fait évoluer le récit vers un film plus politique, dénonçant la politique scandaleuse des autorités suisses vis à vis des enfants gitans entre les années 1930 et 1970. Des milliers de gamins ont été enlevés à leurs parents, séparés les uns des autres pour être “rééduqués” dans des centre dirigés par Pro Juventute, une association “d’utilité publique”, fondée par un homme sensible aux idées eugénistes et proches d’Adolf Hitler.
Le sujet est intéressant et fait écho à bien d’autres scandales similaires, dans d’autres pays du monde – on pense aux enfants aborigènes australiens, enlevés à leurs parents pour être éduqués par des Blancs, loin de leurs coutumes ancestrales. Cette technique qui consiste à retirer des enfants à leurs parents est une tentative de tuer complètement une culture différente, une forme d’épuration ethnique tout aussi détestable que celle mise en place par les nazis en Allemagne. Cela témoigne de l’état d’esprit de plusieurs notables de l’époque et invite à se poser des questions sur notre époque contemporaine, où certaines idéologies nauséabondes refont malheureusement surface.

Contrepoints critiques

”Diritti privilegia le immagini alle parole, valorizzando al massimo le intense performance degli interpreti, ma anche l’uso delle location.”
(“Diritti privilégie les images aux mots, valorisant au mieux l’intense performance de l’acteur, mais aussi
(Valentina D’Amico – Movieplayer)

“Ultimo italiano in concorso a Venezia  – protagonista un notevole Franz Rogowski nei panni di un disertore dongiovanni nel secondo conflitto mondiale e membro della terza minoranza nomade dopo romanì e sinti. Film sovraccarico. Un’occasione mancata”
(“Dernier italien en compétition à Venise – avec un remarquable Franz Rogowski dans le rôle d’un déserteur don juan pendant la Seconde Guerre mondiale et membre de la troisième minorité nomade après les Roms et les Sintis. Film surchargé. Une occasion manquée”)
(Fabio Ferzetti – The hollywood Reporter Roma)


Crédits photos : Francesca Scorzoni – Images fournies par La Biennale di Venezia

REVIEW OVERVIEW
Note :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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