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De quoi ça parle?

D’une chasse au trésor dans le sous-sol d’une école à Téhéran.
Ce trésor est la cible d’Ali, un gamin d’une douzaine d’années, et de ses trois meilleurs amis, qui entendent ainsi se sortir de la misère dans laquelle ils vivent depuis trop longtemps. Leurs pères sont partis depuis longtemps ou ne sont pas en état de s’occuper de leurs familles. Leurs mères sont elles aussi absentes ou trop engluées dans les problèmes pour s’occuper d’eux correctement. Ce sont eux qui, par leur travail sous-payé ou leurs petits larcins, pour le compte de voyous tirant profit de la situation, assurent la survie du foyer familial. Un gangster les recrute pour récupérer un trésor situé dans un conduit souterrain, car le seul accès possible est le sous-sol de l’école du Soleil, une école s’occupant de la réinsertion d’enfants comme eux, livrés à eux-mêmes, violents et rebelles.
Leur mission est de se fondre dans la masse des écoliers et de creuser un passage jusqu’au précieux paquet.

Pourquoi on trouve que ce film est un trésor ?

Parce que le récit est mené sur un tempo enlevé, digne des meilleurs « films de casse ». On suit avec bonheur les préparatifs de l’opération, les manigances des gamins pour intégrer l’école, contre l’avis du directeur, puis les stratagèmes leur permettant de creuser un tunnel juste sous les salles de classes, les péripéties liées au manque de matériel ou à la présence d’obstacles imprévus…
Puis peu à peu, le ton change. Il devient plus sombre, plus désespéré. Ali voit les membres de sa bande déserter un par un, pour des raisons variées, et c’est seul qu’il finit par chercher le bout du tunnel, censé lui apporter la solution à tous ses problèmes ou le mener à sa perte.

Le film peut alors délivrer son véritable message : Le vrai trésor, ici, ce n’est pas l’hypothétique paquet que les enfants trouveront après des nuits de labeur à ramper dans la boue et casser des cailloux, c’est assurément l’école elle-même et la rencontre avec des éducateurs engagés, prêts à se sacrifier pour que quelques-uns de leurs protégés prennent un bon départ dans la vie. Car avant d’accéder au tunnel, les quatre gamins doivent étudier et participer aux activités du groupe. C’est ainsi qu’au cours de cette épopée, un petit Afghan découvre qu’il a les capacités pour étudier, un jeune Iranien prend conscience de son talent de footballeur qui lui permettra peut-être de devenir professionnel, les deux autres prennent conscience de ce qui est vraiment essentiel dans la vie et pourquoi il est important de le préserver. Au final, ces gamins trouveront peut être leur voie ou du moins auront tiré des leçons de cette aventure, ce qui constituera un premier pas vers la liberté.

Majid Majidi signe un beau film, dans la lignée des Enfants du ciel et de Baran, ses deux films les plus connus. On retrouve cette même fluidité de mouvement, cette façon de filmer les êtres à bonne distance, avec bienveillance et respect, de tisser entre eux des liens subtils.
Il est aidé ici par un casting de jeunes acteurs amateurs impressionnants, forcément très justes puisqu’ils incarnent des personnages très proches de ce qu’ils sont dans la vie.

Esthétiquement sublime, jouée et réalisée avec conviction, cette fable lumineuse atteint sa cible. Elle dénonce le sort de milliers d’enfants livrés à eux-mêmes et exploités par des adultes sans scrupules, mais aussi le manque de structures d’ état capables de les sortir de cette situation, notamment en Iran, où ni les autorités, ni les investisseurs privés ne participent à la réinsertion des enfants défavorisés. Pour ces enfants, l’accès à l’éducation et la formation professionnelle est la clé d’une vie meilleure, en tout cas plus sécurisée et plus normale.

Prix potentiels?

Le film de Majid Majidi a les qualités pour prétendre à peu près à toutes les distinctions, dont le Lion d’Or. En tout cas, il a déjà réussi à séduire les festivaliers et s’ouvrir les portes d’une distribution à l’international bien méritée.

Autres avis sur le film

“Iranian director Majid Majidi has made some of the most visually stunning and emotionally stirring films in world cinema about the plight of under-privileged, exploited and abused young people, and Sun Children (Khorshid) is one of his very best”
(Deborah Young – The Hollywood Reporter)

”It’s been patchy competition so far at #Venezia77, but my word, Majid Majidi’s « Sun Children » is on a different level of horrendousness. Patronizing, didactic, and insufferably tedious. It’s Stanley Kramer without the compassion, intelligence, and humor.”
(@joseph_fahim sur Twitter)

Crédits photos : Official stills – photos fournies par La Biennale di Vennezia

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Note :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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