Non, malgré le titre de cet article, Venise ne subit pas encore les Acqua Alta.
En revanche, deux films que l’on voyait bien figurer dans la course au Lion d’Or se sont joliment vautrés au moment de plonger dans le grand bain de la compétition officielle. L’un a fait un plat douloureux (El Clan de Pablo Trapero), l’autre s’est carrément noyé (A Bigger splash de Luca Guadagnino).
Plouf!

A bigger splash - 2

Le remake de La Piscine  de Jacques Deray, histoire de passion amoureuse et d’amitié vénéneuse, nous semblait constituer le matériau idéal pour permettre à Luca Guadagnino de continuer les expérimentations stylistiques qui faisaient l’intérêt de son précédent film Amore. On attendait beaucoup de la part du cinéaste italien et de son A Bigger splash. Trop, sans doute, car le remake s’avère inférieur sur tous les plans à l’original et montre clairement les limites du réalisateur.
C’est un film vain et prétentieux, qui ne réussit jamais à retrouver l’ambiguïté et le caractère sulfureux de l’oeuvre de Jacques Deray et qui ne propose rien à la place, hormis une ou deux séquences parfaitement ridicules. Et cette fois, le cinéaste ne peut pas s’appuyer sur ses comédiens. Tilda Swinton et Mathias Schoenaerts font ce qu’ils peuvent, mais leur duo n’est pas crédible et ne fait jamais oublier le couple Romy Schneider & Alain Delon. Dakota Johnson, aussi affriolante qu’une endive, minaude devant la caméra. Et Ralph Fiennes se lance dans un numéro de cabotinage tellement insupportable qu’on a vite envie de le noyer dans ladite piscine.
Bref, une très grosse déception.
Plouf!

El-clan-2

Autre déception : El Clan de Pablo Trapero.
Là aussi, on attendait beaucoup du cinéaste argentin, dont on avait beaucoup aimé Mundo Grua, Leonera ou Carancho. Mais son nouveau long-métrage, El Clan est clairement une oeuvre mineure dans sa filmographie.
Le scénario s’inspire d’une série de faits divers ayant défrayé la chronique dans l’Argentine des années 1980, après la fin de la dictature. Il  suit le parcours criminel de la famille Puccio, un clan spécialisé dans les enlèvements et les séquestrations de riches bourgeois.
Pablo Trapero se contente d’illustrer platement cette histoire. Il reste cantonné au simple film de genre, certes joliment exécuté et parfaitement rythmé, plutôt que d’essayer d’élargir le propos et de donner plus d’ampleur au film. Résultat : El Clan  ne se distingue pas suffisamment d’autres films du même type (Animal Kingdom, par exemple) pour se fixer durablement dans les mémoires des cinéphiles, et il manque trop de consistance pour espérer séduire le jury de cette 72ème Mostra…
Plouf!

L'hermine - 2

Heureusement, les films de la compétition officielle du jour n’étaient pas tous source de déception. Christian Vincent a bien relevé le niveau avec son nouveau film, L’Hermine, qui revisite le film de procès façon Douze hommes en colère en l’entrelaçant avec une trame de comédie dramatique aussi subtile et élégante que celle de La Discrète, l’un de ses plus beaux succès, avec Fabrice Luchini en tête d’affiche. On le retrouve ici, irrésistible, dans la peau d’un président de cour d’assises cynique et pince sans rire, subitement transformé au contact d’une belle jurée (Sidse Babett Knudsen).  Le charme du film repose beaucoup sur la relation qui se noue entre ces deux-là, mais aussi sur les liens qui se créent entre les différents jurés. Car contrairement à la plupart des films de procès, l’intrigue criminelle n’a ici aucune importance. Ce qui compte, c’est avant tout l’Humain, avec ses bons et ses mauvais côtés, les relations entre les individus, la capacité à éprouver de la compassion, de la tendresse, de l’amour…
Pas besoin de faire compliqué pour séduire le public. Pas besoin de chichis de mise en scène, de scénario prétentieux et alambiqué, d’esthétisation à outrance. Christian Vincent prouve qu’on peut faire des miracles avec des idées simples, des dialogues finement ciselés, des numéros d’acteurs bien canalisés.
Enfin un film enthousiasmant parmi les films du jour!
Ouf!

Deux grosses déceptions pour une belle surprise, le bilan comptable de la journée est mitigé. Pour se remettre, une seule solution, aller consommer des Spritz, le cocktail local, jusqu’au crépuscule. Du Prosecco, de l’Aperol, de l’eau gazeuse, des glaçons, une tranche d’orange et une olive verte à plonger dans le verre…
Plouf! A votre santé!

A demain pour la suite de ces chroniques vénitiennes…

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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