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La 72ème Mostra d’Arte Cinematografica de Venise s’est achevée hier avec le sacre de Desde Allà, qui repart avec le Lion d’Or.
Le Jury présidé par Alfonso Cuaron semble avoir plus été séduit que nous par le premier long-métrage du vénézuélien Lorenzo Vigas, qui de notre point de vue, souffre autant qu’il ne bénéficie de l’influence de son producteur Michel Franco.

Nous ne sommes pas non plus sur la même longueur d’onde au sujet du Lion d’Argent de la mise en scène remis à Pablo Trapero. Le prix n’est pas immérité au regard de sa carrière, mais si on se replace dans le contexte de la compétition de cette édition 2015, on peut légitimement estimer que d’autres cinéastes (Skolimowski, Egoyan, Fukunaga, entre autres) auraient davantage mérité d’être récompensés.

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En revanche, nous partageons l’enthousiasme du jury pour L’Hermine, qui repart de la Cité des Doges avec deux prix dans son escarcelle. Le Prix du scénario, remis à  Christian Vincent, et la Coupe Volpi du Meilleur acteur, remise à Fabrice Luchini. Le comédien, en tournage en Normandie, n’a pas pu être présent sur la scène du Lido, mais il a tenu à envoyer ses remerciements au public de la Mostra. Les organisateurs ont dû piquer une suée, car quand on donne la parole à cette bête de scène, il ne la lâche pas facilement. Comme à son habitude, il a fait le show devant une assemblée complètement conquise.
Viva la Francia! Au triomphe de Fabrice Luchini, il faut ajouter celui d’un autre acteur français, plus discret : Dominique Leborne, le héros de Tempête, qui a attrapé dans ses filets de pêche  le prix d’interprétation masculine de la section Orizzonti. Et le prix du meilleur documentaire sur le cinéma, qui va à Yves Montmayeur pour The 100 eyes of Dr Maddin.

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Les cinéastes locaux n’ont pas été récompensés cette année, mais la belle Valeria Golino fait plus que sauver l’honneur de l’Italie. Elle remporte la Coupe Volpi de la Meilleure Actrice pour sa performance dans Per amor vostro. Elle aussi a été très applaudie par l’assistance.

L’autre grand vainqueur de cette Mostra est Brady Corbet, qui remporte deux prix pour The Childhood of a leader : Le Lion de l’Avenir du meilleur premier film et le prix du meilleur réalisateur de la section Orizzonti.

Mr Six - 2

Encore un film qui nous a laissés de marbre… Mais on aurait préféré revoir The Childhood of a Leader plutôt que d’assister au calamiteux film de clôture, Mr Six du chinois Guan Hu.
Comment, après avoir projeté pendant dix jours des films Art & Essai difficiles, des films d’Auteurs, des objets expérimentaux formellement sublimes, des documentaires capturant le réel avec beaucoup de sensibilité, les organisateurs peuvent-ils conclure leur festival avec un film aussi creux, aussi ennuyeux, aussi mal filmé? Même si toutes les grosses avant-premières sont au festival de Toronto, qui vient de démarrer, ils pouvaient sûrement trouver mieux.
Mr Six est une sorte de film de gangsters sans véritablement de gangsters. Le personnage principal, qui se fait appeler Six, est un ancien chef de gang, connu pour être un dur-à-cuire impitoyable envers ses ennemis. Il a payé ses erreurs et gagné en sagesse.  Aujourd’hui quinquagénaire, il continue à faire régner l’ordre dans son quartier de manière pacifique, aidant les personnes en difficulté ou servant d’arbitre dans les situations litigieuses entre les habitants. Il n’a pas l’allure habituel du voyou turbulent ou du chef de triades cruel. C’est un vieux monsieur à l’air inoffensif. Et ses nouveaux ennemis sont de jeunes crétins écervelés qui semblent plus doués pour faire les marioles avec leurs voitures tunnées que pour jouer les caïds.
Mr Six est aussi un film d’action sans action. Pendant tout le film, le cinéaste semble nous promettre un affrontement épique entre les ex-chefs de gang et les hommes de main des jeunes voyous, mais en fait, il ne se passe quasiment rien.
C’est sûrement ce concept qui a séduit les programmateurs : un film prenant toujours le contrepied des attentes des spectateurs. Le hic, c’est que Mr Six dure 2h15, et que plus de deux heures de vide, c’est long…  D’autant que le personnage principal est un insupportable donneur de leçons. Au début, on sourit de le voir apprendre la politesse à des malotrus, mais assez vite il nous tape sur les nerfs, car il est lui-même loin d’être irréprochable, adoptant un comportement plus que limite avec les femmes et avec son fils. Il est irritant avec son code de l’honneur d’un autre âge, ses petites manies, sa peur du progrès…
Mais il est moins agaçant que le cinéaste, qui multiplie les effets de mise en scène incongrus, comme ce moment absurde où la caméra abandonne le personnage pour aller se focaliser sur un chat n’ayant aucun rapport avec le scénario.
Non, six fois non, ce film n’avait pas sa place à la Mostra…

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Nous avons préféré le film de clôture des Giornate degli Autori, The Daughter, premier long-métrage de l’australien Simon Stone.
Il n’est pas extraordinaire non plus. C’est un mélodrame formellement assez classique, articulé autour des retrouvailles de deux amis et d’une cérémonie de mariage durant laquelle de vieux secrets de famille vont être révélés, menaçant de bouleverser la vie des personnages. Néanmoins, le travail est bien fait. La mise en scène de Simon Stone (acteur ayant joué notamment dans Jindabyne) permet de créer une atmosphère lourde et mystérieuse. Et le film bénéficie du jeu d’acteurs aussi confirmés que Geoffrey Rush, Miranda Otto, Sam Neill et Paul Schneider. On y retrouve aussi Odessa Young, l’héroïne de Looking for Grace, qui nous semble promise à une belle carrière.

Ainsi s’achèvent nos chroniques quotidiennes en direct de Venise. Nous quittons à regret la Cité des Doges, mais emportons avec nous de beaux souvenirs cinématographiques.
A l’année prochaine pour la 73ème édition de la Mostra!

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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