Chalut les humains,

Un des petits plaisirs de ma vie de chat, c’est de vous voir vous énerver sur vos claviers d’ordinateur et ce que vous appelez bizarrement vos “souris” – rien à voir avec les vrais rongeurs, j’ai testé c’est pas comestible.
Vous râlez contre les programmes qui plantent sans raison, les pannes de serveur inacceptables (de chez Maven par exemple. Excusez, coup de griffe personnel…), les bugs inexpliqués et pleins d’autres petits trucs qui agacent et qu’on ne comprend pas.
Pourtant, il vous suffirait de regarder Tron, l’héritage pour tout piger aux mystères de  l’informatique.
Le nouveau film des studios Disney (les créateurs de Mickey la… souris – j’ai testé, c’est pas comestible non plus.) se passe en effet à l’intérieur d’un ordinateur. Et montre que c’est un sacré bordel là-dedans!

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Au départ de tout ça, il y a Kevin Flynn un inventeur/informaticien de génie, plus balèze que Steve Jobs et Bill Gates réunis, qui a découvert un moyen de se dématérialiser et de se projeter physiquement à l’intérieur de son ordinateur. Dans cet univers virtuel, les programmes ont apparence humaine, et le système d’exploitation agit comme un gouvernement, faisant respecter la discipline et assurant le bon fonctionnement de l’ensemble. Utopiste, Flynn essaie de créer un monde parfait, un logiciel parfait, aidé de ses programmes principaux TRON, une sorte d’antivirus surdoué et CLU, son double, censé administrer la grille informatique.

Un jour, l’expérience tourne mal et Flynn se trouve bloqué dans l’ordinateur. CLU le trahit et prend le pouvoir au sein du système (Faut dire, les histoires de CLU, ça se finit toujours mal. Hum…). Il instaure un régime totalitaire, ordonne une épuration ethnique au sein des programmes. Les programmes rebelles sont corrigés et reformatés pour être dociles ou envoyés participer à des jeux dans l’esprit des combats de gladiateurs romains, avec la destruction au bout du chemin.  En gros, quand un programme plante, c’est qu’il a tenté de se libérer du joug d’un régime fasciste…

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Le film se déroule vingt ans après la disparition du programmeur. Ce dernier vit exilé quelque part dans un circuit électronique inaccessible pendant que CLU laisse de plus en plus libre cours à sa mégalomanie. Sam, le fils de Kevin Flynn, découvre le laboratoire secret de son génial géniteur et se retrouve lui aussi propulsé dans la machine. Le père le fils et le saint es… pardon et Quorra, une créature aux clusters affriolants qui nous réconcilie définitivement avec l’informatique, n’ont que quelques heures pour trouver la sortie en évitant les gardes de CLU… C’est le début d’une grande aventure au sein d’un cyberespace très sombre…

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”Ouais coco, ce scénar’ il est super prévisible, et pis c’est troooop pompé sur Matrix, en moins génial et plus gamin, quoi… C’est tronul…”
Kssssss (coup de patte mode Freddy Kruger on)
Non mais! On se tait quand je parle! C’est ma critique, OK. Et puis d’abord, elles vont se calmer, les gâchettes critiques du net. On n’est pas à la foire du Tron, ici !
Bon d’accord, pour le scénario ultra-balisé, le romantisme familial forcé, les morceaux de bravoure téléphonés et les trahisons attendues c’est pas faux. Mais il s’agit d’un Disney. Il ne faut pas s’attendre à une intrigue tordue et cauchemardesque. Le scénario est conçu pour plaire plutôt à un public familial et notamment aux plus jeunes des spectateurs.
Et, cela dit, malgré son manque de complexité, le script développe quand même une intéressante variation sur l’instauration d’un régime totalitaire et la facilité avec laquelle une société “idéale” peut basculer dans le fascisme pur et dur…

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Quant à la comparaison avec Matrix laissez-moi rire. Euh, dois-je rappeler que Tron est sorti en 1982 alors que le film des frangins Wachovski n’est sorti qu’en 1999? C’était même un des pionniers du film en images de synthèse, tellement en avance sur son temps qu’il n’a pas rencontré l’accueil mérité mais qui a tout de même suffisamment marqué les esprits pour que le studio se décide à lui donner une suite 30 ans après. Tron a influencé de nombreux cinéastes et auteurs dont, ils ne s’en cachent pas, les frères Wachovski.
Et puis, il faut quand même dire que l’univers du film de Joseph Kosinski est bien plus beau que le dernier opus de la saga Matrix. La 3D n’est pas très spectaculaire, hormis une ou deux séquences très efficaces, mais elle donne de la profondeur aux images et permet une immersion totale dans le splendide environnement lumineux de Tron, l’héritage.

Esthétiquement, il n’y a rien à redire, c’est un spectacle époustouflant, et la musique du duo électro français  Daft Punk participe à l’intensité de l’expérience sensorielle. On voit d’ailleurs les silhouettes robotisées des deux frenchies dans le film. Ils jouent des DJ/fichiers MP3 dans la discothèque virtuelle tenue par le fourbe Castor – pas le rongeur, j’ai goûté, il est pas comestible…

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Enfin, les acteurs sont plutôt bons. Jeff Bridges s’amuse à jouer à la fois le méchant CLU et le vieux sage Kevin Flynn, la zénitude incarnée (le Dude, man, le Dude…).
Le jeune Garrett Hedlund, jusque-là cantonné aux seconds rôles, se montre assez convaincant en jeune loup téméraire et rebelle. Il pourrait être la révélation du film s’il ne se faisait voler la vedette par la superbe Olivia Wilde, qui réussit à nous convaincre qu’une ISO n’est pas juste une norme bureaucratique issue des cerveaux malades des responsables qualité et destinée à casser les bonbons des honnêtes travailleurs. La jeune actrice, connue surtout pour son rôle dans la série Docteur House montre qu’elle peut aussi s’imposer sur grand écran.

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Bref, tout ça pour dire que Tron, l’héritage n’est peut-être pas le film de l’année, mais c’est un divertissement de première classe et un spectacle de toute beauté. Et c’est exactement ce que l’on attendait.
Donc, au lieu de vous exciter sur vos claviers d’ordino, allez plutôt vous calmer les nerfs au cinéma devant ce film (ou un autre, hein, vous faites comme vous le sentez…)

Bon, il faut que je vous laisse, je dois aller voir ce qui se passe sur mon PC (personal coussin). Et après une bonne sieste, j’irai m’occuper de cette souris qui rôde dans l’appart’ – une vraie, hein… J’ai pas encore goûté, mais ça ne saurait tarder.

Pleins de ronrons,
Scaramouche

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Tron, l'héritage Tron, l’héritage
Tron legacy

Réalisateur : Joseph Kosinski
Avec : Jeff Bridges, Garrett Hedlund, Olivia Wilde, Bruce Boxleitner, Michael Sheen
Origine : Etats-Unis
Genre : divertissement lumineux
Durée : 2h06
Date de sortie France : 09/02/2011
Note pour ce film : ●●●●○○

contrepoint critique chez :  L’Express

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Scaramouche est un... chat. Son heureux maître, Boustoune, l'a baptisé ainsi après l'avoir vu escalader les rideaux et pratiquer l'escrime contre les plantes vertes, à la manière d'un héros de film de cape et d'épée. (Il a longtemps hésité avec Channibal et Cat Vador, mais bon...) Evidemment, avec un tel nom, l'animal ne pouvait que devenir cinéphile. Comme il n'avait rien d'autre à faire que de glander toute la journée sur le canapé, il s'est gavé de DVD et s'est forgé sa culture cinématographique, avant d'accepter de devenir critique pour Angle[s] de vue. Sa spécialité ? Les films dont les félins sont les héros. Et les films qui parlent de boxe et de sports de combat (il kiffe). Mais il doit aussi se farcir la plupart des critiques de films pour enfants (il kiffe aussi, sans l'avouer...). Il aime donner quelques coups de griffes aux films qu'il n'aime pas, et complimenter ceux qu'il aime de sa plus belle plume (volée à un pigeon trop téméraire). En tout cas, il n'aime pas les critiques qui ronronnent. Qu'on se le dise...

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