Chalut les humains,

Il y a quand même des films qui ne sont absolument pas crédibles. Des trucs dont on se dit, quand on les voit, “Foutaises, foutaises…” pour parler comme feu Marie-France Pisier ou “C’est trop nawak” pour parler comme moi.
Prenez Ted, par exemple. Nan mais c’est quoi ce film de ouf? C’est quoi cette histoire impossible à gober?
Hein? Non, le problème ne vient pas du fait que le rôle-titre soit un ours en peluche doté de parole. Après tout, il y a bien des chats critiques de films, comme moi, alors pourquoi pas des ours qui parlent comme Joeystarr (en français) ou Seth MacFarlane (en VO) ?
Il n’y a rien de choquant non plus dans le fait que le possesseur de ladite peluche soit quasiment quadragénaire. Ben oui, le gars a le droit d’être nostalgique de son enfance et de conserver son vieux nounours. Tant qu’il ne suce pas son pouce et ne fait plus pipi au lit…

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Non, le vrai problème, qui ruine totalement la crédibilité de l’intrigue, c’est que le garçon en question, John Bennett (Mark Wahlberg), sommé de choisir entre sa grosse peluche et sa pulpeuse fiancée (la belle Mila Kunis), n’arrive pas à trancher. L’abruti hésite et, comble de stupidité, préfère laisser seule sa dulcinée à la merci d’un dragueur sans scrupules pour aller boire des binouzes et sniffer de la coke avec son nounours et Sam Jones, l’acteur ringard du Flash Gordon de 1980.

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Et là, je dis non, non, non et non. Ce n’est pas crédible. Si Boustoune réussissait à séduire une fille de rêve comme Mila Kunis (l’espoir fait vivre) et qu’elle lui demandait de choisir entre elle et moi, je suis prêt à parier ma queue qu’il me virerait illico. Pas cool, c’est vrai. Mais je ne lui en veux pas. Parce que si j’étais dans la même situation, que je filais le parfait amour avec la féline Mila (qui, j’avoue, n’est pas mal pour une humaine) et qu’elle me sommait de me libérer du boulet, je le dégagerais aussitôt à coups de pattes dans le derrière.

Cela dit, c’est vrai qu’il est plutôt sympa, ce Ted.
Au premier abord, j’avais peur de voir un truc complètement gnangnan et politiquement correct. Mais visiblement, ce n’est pas trop son truc, au peluchon, qui s’avère être un glandeur alcoolo, fumeur de hasch, dragueur, hâbleur et doté d’un humour rentre-dedans qui ne fait guère dans la finesse. Ah ça, il assume son côté bête sauvage, le gros nounours! Bonne nuit les tous petits, le film ne s’adresse pas spécialement à vous. Et c’est tant mieux!

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A l’écran, cela donne une comédie plutôt agréable, une fois accepté le postulat de départ. La grande force du film, c’est que Seth MacFarlane réussit justement à rendre crédible ce concept farfelu d’amitié durable entre un grand couillon et son doudou d’enfance. Du coup, on s’attache assez vite aux personnages et on peut s’amuser des situations – pourtant des plus classiques – des répliques irrésistibles balancées par Ted – les échanges avec le gérant de l’épicerie où l’ours gagne sa vie sont crus, mais savoureux – et des parodies de films à succès – clins d’oeil à Indiana Jones, à E.T., à Y-a-t-il un pilote dans l’avion?, avec la reprise de la scène de la rencontre en boîte de nuit sur fond de “Saturday night fever”…
Même quand le film s’autorise des délires perso assez surprenants, comme la fixette sur Flash Gordon qui débouche sur une scène onirique kitschouille, ou qu’il vire au thriller avec l’intervention de fans psychopathes de l’ours en peluche, on reste séduits par les efforts déployés par le cinéaste et ses acteurs dans le but de nous divertir et nous faire passer un bon moment.

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D’accord, tout n’est pas toujours d’un très haut niveau intellectuel, et certains gags sont un peu trop lourdingues – la fixette sur les pets et les flatulences, comment dire… ne sent pas très bon. Mais Ted est une comédie bien plus réussie que ne le laissait présager sa bande-annonce. Un film attachant, à l’instar de son héros en peluche, dont je me sens finalement assez proche.

D’ailleurs, il faut que je vous laisse, Ted et moi on va aller se boire une binouze en se partageant un bong d’herbe à chat. Culture maison, pures sensations…
Ca déchire. Je reviens dès qu’on a fini de planer. Et Ted aussi d’ailleurs, qui reviendra dans un deuxième long-métrage, c’est promis…

Plein de ronrons,

Scaramouche

scaramouche Ted

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TedTed
Ted

Réalisateur : Seth MacFarlane
Avec : Mark Wahlberg, Mila Kunis, Sam Jones, Giovanni Ribisi, Norah Jones, et la voix de Seth MacFarlane
Origine : Etats-Unis
Genre : Bonne nuit les petits, fiesta les grands!
Durée : 1h47
Date de sortie France : 10/10/2012
Note pour ce film :

contrepoint critique chez : Libération
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Scaramouche est un... chat. Son heureux maître, Boustoune, l'a baptisé ainsi après l'avoir vu escalader les rideaux et pratiquer l'escrime contre les plantes vertes, à la manière d'un héros de film de cape et d'épée. (Il a longtemps hésité avec Channibal et Cat Vador, mais bon...) Evidemment, avec un tel nom, l'animal ne pouvait que devenir cinéphile. Comme il n'avait rien d'autre à faire que de glander toute la journée sur le canapé, il s'est gavé de DVD et s'est forgé sa culture cinématographique, avant d'accepter de devenir critique pour Angle[s] de vue. Sa spécialité ? Les films dont les félins sont les héros. Et les films qui parlent de boxe et de sports de combat (il kiffe). Mais il doit aussi se farcir la plupart des critiques de films pour enfants (il kiffe aussi, sans l'avouer...). Il aime donner quelques coups de griffes aux films qu'il n'aime pas, et complimenter ceux qu'il aime de sa plus belle plume (volée à un pigeon trop téméraire). En tout cas, il n'aime pas les critiques qui ronronnent. Qu'on se le dise...

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