En 2001, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud nous avaient offert Le Peuple migrateur, un spectaculaire documentaire sur les oiseaux migrateurs, qui a obtenu un succès critique et public mérité.
Après avoir parcouru le ciel un peu partout autour de la planète, ils se sont mis en tête d’explorer les fonds marins et ont mis cinq ans à concocter Océans, leur nouveau documentaire, où ils restent fidèles à leur style habituel : images léchées, montage poétique, économie de commentaire au profit d’une belle musique de Bruno Coulais.

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A moins d’être allergique à la nature, tel le personnage de Bernard Blier dans Buffet Froid, difficile de ne pas être admiratif devant le spectacle proposé par les cinéastes – ballets de poissons chamarrés, courses avec les dauphins, et face-à-face avec les créatures étranges des fonds marins – le tout filmé en haute définition, avec beaucoup d’application. On devine qu’il a fallu de longues et patientes heures de tournage pour réunir le matériau nécessaire au montage, et l’on respecte donc infiniment le travail accompli.

Mais on a également le droit de trouver le film un peu ennuyeux, voire assez lénifiant. Ce show aquatique sur grand écran n’a en effet rien de particulièrement novateur, ni passionnant, hélas…

Le problème, c’est que les fonds marins ont déjà inspiré, outre d’innombrables documentaires télévisés (Thalassa, National Géographic, etc…), quelques longs-métrages cinématographiques tels que Le monde du silence, de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle, Atlantis, de Luc Besson, ou plus récemment, La Planète bleue, d’Alastair Fothergill.
Océans arrive un peu après la bataille et regorge de scènes déjà vues dans d’autres films, et notamment dans le film de Fothergill, que Perrin connaît bien puisqu’il a fait le commentaire français du film.
Déjà vu, ce ballet de méduses… Déjà vue cette attaque des albatros sur un banc de poissons… Déjà vus, ces plans d’animaux bronzant sur la banquise… Déjà vue, la scène du phoque dévoré par un requin (c’était par un orque chez Fothergill, mais bon…)…

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Certes, quelques scènes sont un peu plus originales et aiguisent notre curiosité, comme cet affrontement épique entre un crabe et une sorte de grosse langouste, filmé comme un duel de cape et d’épée burlesque, mais globalement, peu de scènes ressortent du lot.

Ce qui amène à une épineuse question : quel intérêt y-a-t-il à filmer ce que d’autres ont déjà filmé avant, et de manière plus qu’honorable ?

Peut-être, sans doute même, à toucher un jeune public qui n’a pas eu l’opportunité de voir les films précités. Et à sensibiliser les enfants aux problèmes de l’écologie, les faire réagir au drame de la pollution qui dégrade nos mers et océans, à la pêche et la chasse massive d’espèces en voie de disparition… En espérant ainsi les faire devenir, plus tard, des citoyens éco-responsables.

Mais là, on se heurte à un autre problème : le film, avec son rythme particulier, son commentaire tellement rare que l’on perd un peu le fil du propos, de toute façon un peu trop lâche, est bien plus poétique que didactique. Du coup, pas sûr que le message écologiste, aussi basique soit-il, soit bien perçu par les plus jeunes…

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Cela dit, les intentions des cinéastes sont louables, et il faut bien reconnaître que les scènes les plus saisissantes du film sont celles où ils rendent compte des ravages de l’activité humaine sur l’écosystème, tel ce plan d’un phoque remontant à la surface pour découvrir une plateforme pétrolière particulièrement polluante, ou cette visite d’un musée, variante de la galerie de l’évolution, montrant toutes les espèces marines disparues du fait de la folie des hommes…

Belle initiative. En revanche, comme pour le Home de Yann Artus-Bertrand, on ne manquera pas de s’interroger sur les motivations réelles des généreux sponsors du film – la fondation Total, entre autres – riches groupes industriels qui contribuent largement à la pollution de la planète en général…

A l’image de ce paradoxe, Océans laisse une impression mitigée. Il s’agit d’un bel objet, techniquement irréprochable et moralement très défendable, dont on n’a pas envie de dire du mal, mais qui en même temps, n’émeut pas vraiment et laisse un peu perplexe. Le style documentaire de Jacques Perrin et de sa société Galathée, qui a donné quelques films admirables comme Microcosmos et Le peuple migrateur trouve donc ici ses limites. Dommage…

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OcéansOcéans
Océans

Réalisateurs : Jacques Perrin et Jacques Cluzaud
Avec : Jacques Perrin, Lancelot Perrin, des phoques, des baleines, des dauphins, des poissons…
Origine : France
Genre : la maman des poissons, elle a l’oeil tout rond…
Durée : 1h43
Date de sortie France : 27/01/2010

Note pour ce film : ●●○○○

contrepoint critique chez : Terraecologeek
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

1 COMMENT

  1. Je suis d’accord avec toi sur le côté « déjà vu » même s’il ne m’a pas trop choqué. Les images sont souvent très belles, et certains plans novateurs.

    En revanche, le message écologique m’a énervé. Je pense que les images (notamment celle avec les plateformes pétrolières, ou la fusée au début) suffisaient à faire passer le message, il n’y avait pas besoin de ce petit garçon, du narrateur, et de la galerie des espèces disparues !

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