Martin Eden - affproDe quoi ça parle?

De Martin Eden (Luca Marinelli), un jeune marin napolitain issu d’un milieu pauvre, qui, par amour pour Elena (Jessica Cressy), une jeune fille de bonne famille, s’essaie à la lecture et à l’écriture de poèmes. Ayant pris goût à la littérature et la culture, il se forge une solide culture et nourrit le projet de devenir écrivain. Il rédige des centaines de nouvelles et de poèmes, qu’il envoie à des revues et des éditeurs dans l’espoir d’être publié. Hélas, il essuie refus sur refus. Sa dulcinée le presse de renoncer et de trouver un travail stable, seule façon de se voir accorder sa main, mais Martin s’accroche à son rêve. Son destin bascule quand il rencontre Brissenden, un intellectuel partisan des idées socialistes, qui l’initie à la politique et à la philosophie.

Pourquoi cet Eden ne nous a pas entraîné au Paradis?

Le roman de Jack London dont Martin Eden est tiré développe des thèmes passionnants, toujours d’actualité aujourd’hui : la lutte des classes, l’opposition entre le collectivisme et l’individualisme, la difficulté de trouver sa place dans le monde lorsqu’on est à contre-courant des idées dominantes ou en décalage avec son époque… Le problème, c’est que la mise en scène de Pietro Marcello n’est pas à la hauteur et que ses choix artistiques sont très discutables.
Déjà, on peine à déterminer l’époque à laquelle est supposé se dérouler le récit. Certains éléments semblent ancrer le film au tout début du XXème siècle, mais certains vêtements, accessoires ou décors évoquent plus les années 1950/1960, sans oublier les chansons choisies, clairement représentatives des années 1970. Ce flou est probablement volontaire, pour souligner justement le côté intemporel et universel du récit. Il n’empêche qu’on est un peu gênés d’entendre Joe Dassin chanter “Salut” dans l’adaptation d’un roman censé se dérouler au début du XXème siècle, au moment de l’essor des idées marxistes et juste avant le début de la Première Guerre Mondiale…
Ensuite, le choix de confier le rôle principal à Luca Marinelli s’avère une fausse bonne idée. Certes, l’acteur italien, sorte de sosie transalpin de Camille Lacour, carrure de nageur et sourire enjôleur, fait illusion quand il s’agit de camper un Martin Eden prolétaire, aventurier et séducteur, mais dès qu’il doit incarner l’écrivain maudit, écoeuré par vie, son jeu d’acteur ne tient plus vraiment la distance. Son cabotinage nous empêche de nous attacher au personnage et, faute de compatir à ses tourments existentiels, d’éprouver un  peu d’émotion au moment de sa chute inéluctable. Comme le cinéaste centre surtout le récit autour de lui, en ne prenant pas suffisamment  le temps de développer les personnages et de poser les enjeux humains, politiques et sociaux, on finit par décrocher peu à peu.
Mais le vrai problème concerne le manque d’ampleur de la mise en scène. Avec un tel matériau romanesque, on aurait aimé un peu plus de souffle, de passion, de folie. Si on retrouve cela à l’excès dans le jeu de Marinelli, ce n’est pas le cas de la réalisation de Pietro Marcello, trop brouillonne et trop sage, semblable à un mauvais téléfilm. Il y avait des centaines de façons de raconter cette histoire tragique, notamment en invoquant les mânes du cinéma italien classique – le néoréalisme, le cinéma social des années 1970, la poésie sauvage de Pasolini…  Le cinéaste choisit la plus mauvaise option, entre film académique lénifiant et mélodrame bas de gamme. Désolé, mais on ne comprend pas vraiment l’engouement de nos confrères transalpins, qui semblent, eux, avoir adoré le film.


Angles de vue différents :

”Magnifiquement interprété, Martin Eden charrie un souffle romanesque puissant porté par des somptueuses images d’archives qui ne sont jamais illustratives, des images qui résonnent toujours poétiquement avec les émotions des personnages.”
(Jean-Christophe Ferrari, Transfuge)

”Il Martin Eden napoletano di Pietro Marcello conquista tutti al Festival di Venezia”
(Antonia Fiorenzano, Napoli Today)


Prix potentiels ? :

A en croire la rumeur générale, ce serait le Lion d’Or, la meilleure réalisation; le meilleur scénario et le prix d’interprétation masculine pour Luca Marinelli.
Pour nous, le film ne mérite pas grand chose. On ne partage pas l’enthousiasme de nos confrères concernant Marinelli et le film ne nous a pas du tout touchés.

Crédits photo :
Copyright Pietro Marcello/Match Factory
Images fournies par La Biennale di Venezia

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Note :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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