Nǐ hǎo les humains, Mǐ hǎo les p’tits chats

Au Festival du Film Asiatique de Deauville, c’était la première grosse journée de projections dans les deux salles du festival.
Dans la superbe salle du CID – une des plus belles de France, il faut bien l’avouer – il y avait pas moins de trois films en compétition officielle, plus le premier long-métrage de la compétition Action Asia. Dans la salle du Casino, c’était le début de la rétrospective Kiyoshi Kurosawa, avec cinq films de ce cinéaste japonais inclassable, invité d’honneur du festival cette année.

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Côté compétition officielle, les festivaliers ont tout d’abord pu découvrir Death is my profession, film du réalisateur iranien Amir Hossein Saghafi. Il s’agit d’un drame noir, très noir, dans lequel trois ouvriers se retrouvent obligés de voler des câbles électriques sur les lignes à haute tension pour subvenir aux besoins de leurs proches. Un jour, un des vols tourne mal. L’un d’entre eux meurt électrocuté sur un pylône, tandis que les deux autres sont surpris par un vieux paysan. L’affrontement se termine par le décès du vieillard.  De voleurs, ils deviennent des criminels traqués. Seul un des membres du trio parvient à échapper à la vindicte de la population locale, mais traqué, il doit prendre la fuite avec sa petite fille, en direction de la montagne, sous le froid et la neige…
Le réalisateur était présent et a dit son attachement aux films venus de sa région, et d’Asie en général, car ils sont centrés sur l’humain. Chose que lui aussi a tenté de faire dans son long-métrage. Boustoune vous dira ce qu’il en a pensé dans son compte-rendu en fin de festival.

Ce que je peux en dire, moi, c’est que ce film fait écho à celui d’hier soir. The Sun-beaten path  se déroulait quasi-exclusivement en extérieurs, dans une zone montagneuse aride et chaude, balayée par les vents. Death is my profession se déroule quasi-exclusivement en extérieurs, dans une zone montagneuse humide et glaciale, balayée par les vents. Une façon de souffler le chaud et le froid sur les festivaliers?  

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Sans transition, on passe des vents aux ventres. Ceux, joliment arrondis, des femmes enceintes qui se retrouvent dans Baby Factory, film philippin à mi-chemin entre documentaire et fiction, tourné dans ce qui est la plus grande maternité du monde. 100 naissances par jour, 700 patientes prises en charge quotidiennement. Assez impressionnant par rapport à ce que nous connaissons en France.
Le cinéaste, Eduardo Roy Jr., présent à Deauville, n’a pu s’empêcher de caractériser ce film comme son premier enfant, de comparer  le tournage à un accouchement et de dire que toute la conception s’est faite grâce à la passion (du cinéma) et l’amour (de ceux qui l’ont encouragés à faire le film).
Ah! C’est facile de faire des introductions comme ça! Est-ce que moi, je verse dans la facilité pour faire des transitions  entre les films présentés dans mes chroniques, hein?

Est-ce que, par exemple, je dis que dans le troisième film  en compétition, Saya zamuraï, il est aussi question de vent et de ventre? Euh… Oui, c’est vrai, c’est ce que je viens de faire, mais je ne vous en dirai pas plus sur ce film-là. De toute façon, le film est assez irracontable et inclassable.
Comme son cinéaste gentiment frappadingue, Hitoshi Matsumoto, qui a fait son show sur scène en clamant son amour pour la France avec un enthousiasme débordant, en français dans le texte : “Putain! J’adore France! Putain! J’adore Jean-Pierre Pernaud! Putain J’adore Mireille Mathieu!”. Voilà qui tranche singulièrement avec les présentations de films conventionnelles… Effet garanti sur le public, venu assez massivement découvrir ce film sur grand écran.

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Bon, je ne m’étendrai pas sur les films de la compétition, puisque c’est mon maître et néanmoins rédac-chef qui vous en parlera ultérieurement… Hé, qui a dit que je ne fichais rien?!? Même pas vrai, chat, d’abord…
Déjà, j’ai vu le premier film de la compétition Action Asia, moi, Môssieur. Warriors of the rainbow : Seediq Bale que ça s’appelle Et croyez-moi, ce n’est pas du long-métrage de 90 minutes, tout calme, tout sage, tout tranquille. Non Môssieur. C’est une fresque épique de 2h35 avec moult combats titanesques et effets pyrotechniques. On en prend plein les yeux!  Et on aurait bien voulu en redemander!

Il faut préciser ici que c’est la version internationale “courte” du film qui nous a été présentée. A Taïwan, son pays d’origine, le film était composé de deux parties de plus de 2h chacune, qui ont été condensées en un long-métrage unique, délesté de nombreuses séquences. Un peu comme Les Trois royaumes, de John Woo – par ailleurs producteur du film – qui était sorti dans une version européenne tronquée. Mais au moins, le film de Woo parvenait à garder une assise solide, un rythme soutenu et une certaine cohérence. Là, c’est plus confus. Il manque clairement des pans entiers du film, notamment des scènes d’exposition importantes, ce qui nuit parfois à la compréhension du récit. D’autant que le contexte historique – la révolte des tribus indigènes Seediq contre les Japonais, en 1930 – déjà peu connu des taïwanais eux-mêmes, est totalement nébuleux pour le public occidental.

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Tout commence en 1895, quand la Chine cède Taïwan (alors appelé Formose) à l’Empire du Soleil Levant.
La population locale, composée de Han et d’autochtones, s’oppose à la domination japonaise, mais la révolte est réprimée par la violence. Considérés comme des sauvages par les administrateurs nippons, les peuples indigènes, les Seediq, sont dépossédés de leurs terres ancestrales, de leurs terrains de chasse et surtout, se retrouvent dans l’interdiction de pratiquer leurs rituels – sacrifices pour l’honneur et tatouages tribaux.
35 ans plus tard, les forêts qu’ils habitaient sont rasées pour construire des bâtiments et des ponts. Les enfants indigènes vont à l’école pendant que leurs parents triment comme ouvriers au service des soldats japonais. Le puissant chef Mouna Rudo, s’il n’a rien perdu de son aura, semble lui aussi résigné. Mais quand quelques personnes de son clan lui proposent d’unifier les principales tribus pour mener une attaque contre l’occupant, il se lance à corps perdu dans la bataille.
Le 27 octobre 1930, les Seediq massacrent la garnison japonaise dans le village de Wushe et tentent de prendre par surprise le contrôle des postes de police. Ils sont tout près de réussir quand le Japon envoie des renforts équipés d’armes lourdes et les contraignent à battre en retraite sur le Mont Chilai.
Dans la forêt, ils se préparent à livrer l’ultime bataille contre l’ennemi, celle qui leur rendra leur honneur bafoué et les rendra digne de leurs ancêtres. Ils sont tout juste 300 hommes armés de sabres et de fusils contre des milliers de soldats armés de mortiers, de mitrailleuses et de grenades, sans compter les renforts aériens et leur cargaison de gaz toxiques…

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Warriors of the rainbow – Seediq Bale est le récit de ces événements et de cette bataille d’anthologie qui fit vaciller le puissant Empire japonais. Globalement, on comprend de quoi il retourne, même si la mise en place des enjeux politiques et stratégiques se retrouve délestée de quelques explications qui n’auraient pas été superflues. En revanche, on a parfois du mal à s’y retrouver dans les antagonismes entre les tribus elles-mêmes, qui semble évoluer au gré des alliances et des trahisons. C’est là qu’on s’aperçoit des  coupes franches effectuées dans le récit.
De même, on se rend compte à plusieurs reprises que le montage a été refait à la va-vite pour cette version internationale. La beauté de certaines scènes se retrouve ainsi sacrifiée au profit du rythme de l’ensemble, et ceci nuit à la puissance émotionnelle du film.
Pourtant, l’oeuvre ne manque ni de séquences bouleversantes – celle dans laquelle les femmes Seediq libèrent leurs maris de leurs obligations de protection en se suicidant est particulièrement poignante – ni de morceaux de bravoure. Car les scènes de guerre sont particulièrement réussies. Combats au couteau, au sabre, à mains nues, combats au fusil, à l’arc, à la lance, pièges et traquenards, tout y passe dans un tourbillon d’action effrénée. On est d’autant plus conquis que les personnages sont attachants.
On pense à ce soldat japonais qui, d’abord sympathisant de la cause Seediq, change d’avis quand sa femme se fait tuer par les indigènes, ou ce petit garçon-soldat courageux qui donne des leçons d’héroïsme aux adultes. Et bien sûr,  Mouna Rudo, incarné avec talent par Lin Ching-Tai. Un de ces héros charismatiques que l’on apprécie au cinéma. Taiseux, monolithique, autoritaire de par sa simple présence. Le genre de mec capable de faire taire un insupportable clébard d’un seul mot, ou de faire peur à un officier japonais d’un simple regard. Et surtout, le genre de mec qui tranche les têtes comme Steven Seagal casse des bras : fréquemment et sans une once de pitié.

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Seule ombre au tableau dans cette partie du film, l’utilisation abusive d’effets visuels très laids. On pense ici à ces explosions, vers la fin, qui sont assez ridicules à l’écran. 
Dans le dossier de presse, le réalisateur dit avoir découvert les effets spéciaux avec ce tournage. Oui, ça se voit qu’il s’est fait plaisir sur les effets pyrotechniques. Il faudra juste qu’on lui dise de ne pas trop forcer sur les CGI à l’avenir, car ça dessert méchamment son film.
 
Warriors of the rainbow n’est donc pas exempt de défauts et souffre d’un montage international trop confus pour convaincre, mais c’est quand même un récit entraînant, au souffle épique indéniable. Il donne envie de découvrir la version longue…

Pour ceux qui ont privilégié au même horaire l’autre salle du Festival, c’est un autre type de forêt qui les attendait, celle de Charisma, où pousse un arbre aux pouvoirs étranges. Le film était projeté dans le cadre de la rétrospective Kiyoshi Kurosawa. Je me souviens bien de ce film complètement barré, peuplé de personnages tous aussi dingues les uns que les autres, s’affrontant pour détruire ou défendre l’arbre en question, sous le regard perplexe d’un policier dépressif… C’est avec ce film que j’ai découvert Kiyoshi Kurosawa, et il est conforme à ce qui se dégage de l’oeuvre du cinéaste, épuré et fou, oscillant entre le film d’auteur intimiste et le thriller fantastique, mélangeant les genres avec un sens de la narration assez incroyable. 

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N’ayant pas le don d’ubiquité, je ne l’ai pas revu. Mais j’ai quand même vu ou revu ses autres films : Tokyo Sonata  et sa vision cynique de la société japonaise, un jeu de massacre oscillant entre mélo familial et comédie loufoque; License to live et son jeune héros sorti miraculeusement du coma, flottant dans un monde où il a perdu ses repères; Retribution et son flic dérangé; Kaïro et ses fantômes qui passent par le net pour chopper leurs victimes. Euh… Dites, ça ne vous dérange pas si j’arrête de taper cette chronique tout de suite. Parce que là, du coup, je flippe grave… 

Une bonne nuit de sommeil et, si je survis, hop!, je serai prêt pour la grosse journée de demain, avec quatre gros films au programme, dont une histoire de… démons.
Glups… J’ai peuuuuuuuuur….

Plein de ronrons et Chat-yonara,

Scaramouche

스카라무슈 (en coréen)
スカラムーシュ (en japonais)
美人如玉剑如虹 (en chinois)

    

Chatrisma

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Scaramouche est un... chat. Son heureux maître, Boustoune, l'a baptisé ainsi après l'avoir vu escalader les rideaux et pratiquer l'escrime contre les plantes vertes, à la manière d'un héros de film de cape et d'épée. (Il a longtemps hésité avec Channibal et Cat Vador, mais bon...) Evidemment, avec un tel nom, l'animal ne pouvait que devenir cinéphile. Comme il n'avait rien d'autre à faire que de glander toute la journée sur le canapé, il s'est gavé de DVD et s'est forgé sa culture cinématographique, avant d'accepter de devenir critique pour Angle[s] de vue. Sa spécialité ? Les films dont les félins sont les héros. Et les films qui parlent de boxe et de sports de combat (il kiffe). Mais il doit aussi se farcir la plupart des critiques de films pour enfants (il kiffe aussi, sans l'avouer...). Il aime donner quelques coups de griffes aux films qu'il n'aime pas, et complimenter ceux qu'il aime de sa plus belle plume (volée à un pigeon trop téméraire). En tout cas, il n'aime pas les critiques qui ronronnent. Qu'on se le dise...

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