Shoplifters Un soir, en rentrant chez eux, Osamu (Lily Franky) et son fils Shota trouvent Juri, une petite fille qui semble perdue et livrée à elle-même. Ils la recueillent, la nourrissent et décident de la raccompagner chez elle, mais juste au moment de la déposer, ils entendent ses parents se disputer à son sujet. Ils comprennent que la fillette, non seulement n’est pas aimée par ce couple en crise, mais qu’elle est de surcroît maltraitée, ce qui explique sa fugue nocturne. Ils décident donc de s’occuper d’elle comme si elle était leur fille. Tant pis si cela fait une bouche de plus à nourrir dans un foyer qui manque cruellement de ressources pour vivre correctement. Osamu et son épouse Nobuyo (Sakura Andô) ne gagnent que de petits salaires, lui en tant qu’ouvrier du bâtiment, elle en tant que femme de ménage. Ils sont contraints d’effectuer des petits vols à l’étalage pour arrondir les fins de mois et garnir le garde-manger. Ils habitent dans un logement exigu, qu’ils partagent avec Hatsue (Kirin Kiki), la doyenne, qui vivote sur sa pension et part régulièrement taper quelques yens auprès du voisinage et Aki, la soeur de Nobuyo, qui travaille dans un peep-show pour gagner quelques billets.
Malgré ces conditions de vie précaires, ces individus semblent avoir trouvé un certain équilibre au sein de ce foyer. Même la petite Juri semble se reconstruire auprès de cette famille d’adoption. Mais une succession d’aléas va briser ce rêve et nous obliger à considérer différemment cette Affaire de famille.

Le nouveau long-métrage d’Hirokazu Kore-Eda est la parfaite synthèse de l’ensemble de son oeuvre. On y retrouve tous ses thèmes de prédilection : la force des liens familiaux, comme dans Notre petite soeur ou I wish, les rapports intergénérationnels, comme dans Still walking, le combat d’individus pour se sortir de leur survie, comme le paumé magnifique d’Après la tempête, les questionnements autour de ce qui définit le lien parent-enfant, comme dans Tel père, tel fils, les apparences trompeuses, comme dans The third murder et l’évocation de faits divers ancrés dans un contexte social, comme dans Nobody knows. Quand on parle de synthèse des thématiques habituelles de kore-Eda, on parle d’une sorte de quintessence, pas d’un “best-of” censé camoufler une perte d’inspiration, comme cela arrive parfois avec des cinéastes en bout de course. Ici, tout est entrelacé au coeur d’un récit finement écrit, destiné à toucher le spectateur.

Le cinéaste prend d’abord le temps de nous présenter ses personnages, de nous attacher à eux, à l’aide de scènes souvent tendres et drôles, à la façon de ses habituelles chroniques intimistes, pleines de vie et de poésie, avant de faire basculer le récit subitement dans un autre registre, plus grave, plus poignant. Il nous oblige alors à considérer différemment les personnages, en les montrant sous un jour moins flatteur, presque antipathique. Mais in fine, cela ne fait que renforcer leur profonde humanité et à mettre en exergue l’amour qui les unit les uns aux autres, au-delà de ce qui définit les liens familiaux au sens strict.

Avec un art de la mise en scène au zénith, des plans finement composés et ciselés, et une direction d’acteurs une fois de plus remarquable, Hirokazu Kore-Eda nous enchante et nous bouleverse.
Une affaire de famille est assurément l’un des plus beaux films de ce 71ème Festival de Cannes. Après avoir reçu le prix du jury pour Tel père, tel fils, le cinéaste nippon recevra-t-il enfin la très convoitée Palme d’Or? On lui souhaite de tout coeur, même si la 71ème compétition cannoise est encore loin d’être terminée…

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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