Le dernier jour du festival de Cannes est traditionnellement dédié à la reprise de l’intégralité des films en compétition officielle et, en soirée, à la cérémonie de clôture.
Cela laisse pas mal de temps aux festivaliers pour s’amuser à livrer leurs pronostics, à défendre leurs coups de coeur, à se lancer dans de grandes polémiques critiques avant de se réconcilier autour d’un verre autour des films qui font l’unanimité.
Mais cette année, l’ambiance fut légèrement différente. Aucun des films de la compétition n’a réellement fait l’unanimité et du coup, les débats autour des pronostics ne furent guère animés. Tout le monde se demandait surtout si le jury présidé par Tim Burton allait choisir la voie du classicisme en offrant la palme à des oeuvres brassant “large” – pour du cinéma d’auteur, s’entend… – (Biutiful, Another year, Des hommes et des Dieux) ou pour un cinéma plus radical, expérimental (Oncle Boonmee, Un garçon fragile – the Frankenstein project, My joy)…

Maintenant on le sait. Le suspense insoutenable (enfin, pas vraiment… Façon de parler) a pris fin entre 19h15 et 20h, avec la cérémonie de remise des prix, animée par Kristin Scott-Thomas. En fait, le jury a décidé de primer à la fois le cinéma traditionnel et le cinéma plus radical, pour accoucher d’un palmarès assez équilibré et cohérent, malgré une ou deux aberrations.

Uncle Boonmee - 2

On se disait bien que le film d’Apichatpong Weerasethakul, Oncle Boonmee qui se rappelle de ses vies antérieures pouvait, par son aspect fantastique et ses thématiques – la mort, la réincarnation, la relation entre l’homme et la nature – avoir séduit Tim Burton, mais on doutait que ce jury oserait attribuer la récompense suprême à un film aussi radical. Même s’il s’agit du film le plus “accessible” de Weerasethakul, on reste dans du cinéma volontairement très lent, à la narration complexe…
Et pourtant, ils l’ont fait. C’est le cinéaste thaïlandais qui repart avec la palme d’or.
Certains grinceront probablement des dents, et d’ailleurs certains festivaliers sont sortis furibards de la salle Lumière, hurlant à la parodie de palmarès. Mais franchement, cette palme d’or n’a rien de scandaleuse. Oncle Boonmee sortait du lot de par son audace, son histoire atypique et ses choix radicaux de mise en scène. Il est donc logique de l’avoir primé. Après, on peut se dire que Biutiful, Des hommes et des Dieux ou Poetry  auraient aussi constitué de belles palmes d’or et seraient mieux passées auprès du grand public, mais c’est ainsi…

Bardem Germano

On retrouve quand même ces films au palmarès : le film de Xavier Beauvois obtient le Grand Prix, celui de Lee Chang-dong glane le prix du scénario.
Biutiful est primé via son acteur principal Javier Bardem, prix d’interprétation masculine, ex-aequo avec Elio Germano, l’acteur de La Nostra vita.
Pas de surprise, les deux hommes étaient grandissimes favoris.
En revanche, le prix d’interprétation féminine pour Juliette Binoche est plus discutable. L’actrice aurait mérité ce prix à maintes reprises dans sa riche carrière, mais pas pour son rôle dans Copie Conforme. Peut-être s’agit-il d’une récompense à-postériori, ou d’une façon de faire figurer le film d’Abbas Kiarostami au palmarès…
On aurait plus donné le prix à Yoon Jung-hee (Poetry), Jeon Do-youn (The housemaid) ou aux filles de Tournée de Mathieu Amalric.

D’ailleurs Amalric devait aussi penser qu’on l’avait rappelé sur la Croisette pour primer ses actrices. Il avait l’air tout étonné (et nous donc…) de son prix de la mise en scène, et a fait monter sur scène toute la troupe pour partager la récompense avec “ses” filles : “La mise en scène, c’est elles…”.

Un outsider figure au palmarès : Un homme qui crie obtient le prix du jury et met en lumière le travail d’un cinéaste tchadien, Mahamat Saleh Haroun. Pour le grand retour du cinéma d’Afrique Noire en compétition officielle, ce prix est très symbolique et doit être vu comme un encouragement à soutenir la production artistique dans cette région du globe…

Saleh Haroun

Un mot sur les autres prix : la très crue Année bissextile du mexicain Michael Rowe a obtenu la Caméra d’or, après avoir apparemment divisé le public, et Serge Avedikian a décroché la palme du court-métrage pour Chienne d’histoire.

La Cérémonie de clôture, rondement menée malgré la nonchalance du président du jury qui prenait son temps pour annoncer les lauréats, a laissé place à l’ultime film de la sélection officielle. Après les arbres et les esprits d’Apichatpong Weerasethakul, nous avons pu découvrir L’arbre de Juile Bertucelli. Un beau film sur le deuil et la reconstruction, à la frontière du fantastique. Il montre la réaction d’une famille face à la mort d’un des leurs, père et mari, se concentrant sur l’attachement d’’une fillette au gigantesque figuier situé près de leur maison, persuadée que l’âme de son père y est emprisonnée.
On retiendra surtout la beauté des images, mettant en valeur le superbe décor naturel du film, dans les environs de Brisbane, le jeu des acteurs, de Charlotte Gainsbourg, impeccable, aux jeunes comédiens, dont la petite Morgana Davies, qui semble promise à une belle carrière. Et, évidemment, la mise en scène sobre et élégante de Julie Bertucelli, qui effectue un retour remarqué derrière la caméra, neuf ans après son très bon premier film, Depuis qu’Otar est parti.
C’est probablement le meilleur film de clôture de la quinzaine cannoise depuis longtemps…

l'arbre cannes

De quoi terminer en beauté ce 63ème festival, qui, s’il n’a pas été un millésime exceptionnel, a quand même offert quelques belles surprises et un panorama assez complet de la production cinématographique internationale. Le Festival de Cannes reste un rendez-vous incontournable pour cinéphiles et professionnels du septième art et j’espère pouvoir encore assister à cette belle fête l’an prochain…

En attendant, il est grand temps que je m’attaque aux critiques en retard… Promis, je m’y mets dès que j’ai fini de publier bilan et palmarès du Festival. 
Pour terminer cette ultime chronique cannoise, je tiens à remercier toutes les lectrices et les lecteurs qui ont suivi mes comptes-rendus quotidiens et à celles et ceux qui, sur place, m’ont encouragé à continuer encore et toujours à améliorer notre site, pour défendre encore et toujours les oeuvres et les auteurs…

Bye-bye Cannes, et à l’année prochaine !

Cannes 2010 bandeau

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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