Transit - affpro - © Schramm Film Marco KrugerLa bonne idée de Christian Petzold, c’est d’avoir transposé l’intrigue de Transit, adaptation du roman éponyme d’Anna Seghers de la période de l’occupation nazie à un espace-temps indéfinissable, avec des éléments vieillots – les vieux immeubles, la machine à écrire- et d’autres contemporains – les véhicules, les cités HLM… On est à la fois dans une évocation de la seconde guerre mondiale, au moments des rafles visant les opposants au régime nazi, les déserteurs, les Juifs,…, et dans une fable d’anticipation située dans un futur proche. Ainsi, le film rappelle que les erreurs du passé pourraient bien se reproduire si l’on n’y prend pas garde. Et des nos jours, certains signes peuvent inquiéter, de la montée des idées extrémistes aux crises migratoires.

Mais hélas, plutôt que de creuser cette idée d’intemporalité et de développer les échanges entre les personnages issus de cultures et horizons différents, Christian Petzold se concentre surtout sur l’ébauche de romance entre son personnage principal, Georg (Franz Rogowski ) et Marie (Paula Beer) et en fait un mélodrame aux effets beaucoup trop appuyés pour convaincre.

L’intrigue débute dans un Paris occupé par un régime fasciste. Georg, un jeune allemand opposé à cette dictature, est chargé par un ami de remettre deux lettres à un de leurs compatriote écrivain, Weidel. La première est une lettre de son épouse, qui lui demande de la rejoindre à Marseille, en zone libre. La seconde est une lettre du Consulat du Mexique, qui accepte sa demande d’asile. Mais Georg arrive trop tard. Face à l’imminence des rafles dans la capitale, l’écrivain s’est suicidé. Le jeune allemand garde les deux lettres, ainsi que le manuscrit inachevé du défunt. Quand il arrive à Marseille, on lui fait comprendre qu’il ne peut rester en ville que s’il peut prouver qu’il n’est qu’en transit. Alors, il décide de se faire passer pour Weidel et obtenir un visa pour le Mexique.

En attendant le départ du bateau, il s’attache à la famille d’un de ses camarades d’infortune, décédé lors du voyage vers la zone libre, et fait la rencontre d’un médecin, Richard, et de sa petite amie, Marie, dont il tombe sous le charme. Il ne sait pas, alors, qu’elle est l’épouse de Weidel, et elle ignore que ce-dernier est décédé et que Georg se fait passer pour lui… Ceci génère de nombreux quiproquos et de rebondissements. Les personnages donnent tous l’impression de vouloir partir, mais en fait, ils cherchent juste à rester avec celui ou celle qu’ils aiment. Marie veut retrouver Weidel. Richard veut être près de Marie. Georg est tenté de séduire Marie, mais il entrevoit aussi la possibilité de s’occuper de Driss, le fils de son camarade disparu, ou de former un couple avec cette allemande en transit, qui semble chercher sa compagnie.

Tout ceci aurait mérité un traitement tout en finesse et en délicatesse. Malheureusement, Petzold surligne tous les jalons de l’intrigue avec une musique plombante et une voix-off intrusive. Il cède à la tentation du mélodrame à grosses ficelles, qui menaçait déjà son oeuvre précédente, Phoenix, et peine à tirer le meilleur de ses interprètes, sauf dans l’une des scènes finales, plus sobre et épurée, où Paula Beer et Franz Rogowski réussissent à faire passer l’émotion en un échange de regards.

Au final, cette adaptation de Transit n’est pas inintéressante, mais le résultat n’est pas à la hauteurs des attentes au regard du sujet ou de la filmographie du cinéaste allemand. Dommage…

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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