EvaBenoît Jacquot a beau clamer que son Eva est plus une relecture contemporaine du roman noir de James Hadley Chase que le remake du film de Joseph Losey, avec Jeanne Moreau dans le rôle-titre, il est bien difficile pour un cinéphile d’oublier cette version, qui est un classique du genre. Et, hélas pour lui, sa propre adaptation ne fait pas vraiment le poids, cinématographiquement parlant.

Certes, il a ajouté d’intéressants jeu de miroirs, notamment en faisant du personnage central, Bertrand,  un petit gigolo sans envergure, qui profite de la mort d’un de ses clients, un vieil auteur anglais, pour s’approprier son manuscrit et monter une pièce à succès, tandis qu’Eva, présentée comme une escort-girl, dissimule en réalité une femme bourgeoise, se prostituant pour payer l’avocat qui pourrait tirer son mari de prison. Cependant, c’est au détriment de l’essentiel, car le cinéaste peine à restituer le principal moteur du roman original : l’obsession dévorante de Clive Thurson/Bertrand Valade vis-à-vis d’Eva, ce qui le conduit peu à peu à perdre pied et détruire sa vie. Bien sûr, on ressent la fascination du personnage pour cette femme libre et indomptable, mais pas l’ampleur de son obsession pour elle, qui pourrait justifier qu’il délaisse sa sublime fiancée, Caroline (Julia Roy). Le problème se situe clairement au niveau de la narration, qui, trop rapide ou trop lente, ne trouve jamais le tempo adéquat. Benoît Jacquot aurait gagné à développer un peu plus certains personnages secondaires pour dépeindre la lente descente aux enfers du personnage central ou mettre davantage l’accent sur Eva, femme fatale malgré elle.

Cette version cinématographique 2018 du classique de James Hadley Chase n’arrive pas non plus à restituer l’atmosphère noire et mystérieuse du texte original, et ne retrouve à aucun moment l’élégance vénéneuse du film de Losey. On peut donc légitimement se demander quel est son intérêt, si ce n’est d’offrir de beaux rôles à Gaspard Ulliel et Isabelle Huppert, malgré tout très convaincants. C’est mieux que rien, et il faudra s’en contenter…

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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