The party - aff engThe Party est exactement ce que The Dinner, présenté plus tôt en compétition, aurait dû être : un jeu de massacre réjouissant, plein d’esprit et de cynisme, mettant des caricatures de petits-bourgeois, d’universitaires moralisateurs et de politiciens bien-pensants face à leurs contradictions et leurs erreurs de jugement.
Contrairement au film d’Oren Moverman, celui de Sally Potter a également l’avantage d’être beaucoup plus court, un format qui implique une narration plus dynamique, recentrée sur l’essentiel, notamment sur les répliques, souvent cinglantes, que s’échangent les différents protagonistes.

Parmi eux, il y a déjà Janet (Kristin Scott-Thomas), une femme politique qui vient d’être nommée à la tête du “Shadow Cabinet” dédié à la Santé. Pour fêter ce qui constitue le sommet de sa carrière politique, elle a convié plusieurs de ses amis et collaborateurs pour une petite soirée à son domicile.
Pendant qu’elle s’affaire en cuisine, Bill (Thimothy Spall), son mari, ne semble pas très en forme. L’air hébété, il sirote du vin en écoutant  de vieux 33 tours sur la platine du salon. Et l’arrivée des premiers invités ne semble pas le sortir de sa torpeur. Il faut dire qu’April (Patricia Clarkson), la meilleure amie de Janet, et Gottfried (Bruno Ganz), forment un couple assez curieux. Elle est une bourgeoise un brin anarchiste qui n’a pas la langue dans sa poche. Lui est un post-soixante-huitard allemand porté sur le mysticisme et la méditation.
Arrivent ensuite Martha (Cherry Jones), icône féministe qu’April décrira plus tard comme “une lesbienne de première classe et une moralisatrice de seconde zone”, et sa compagne Jinny (Emily Mortimer), qui vient d’apprendre qu’elles attendent non pas un mais trois heureux évènements.
Doivent aussi assister au dîner Margaret, l’une des proches collaboratrices de Janet et son compagnon, Tom (Cillian Murphy), un banquier d’affaires. Mais ce dernier se présente seul au dîner, apparemment agité et troublé, le nez aussi chargé que le revolver qu’il cache dans sa poche.
C’est toutefois Bill qui dégaine le premier, assommant l’assemblée avec deux révélations successives qui vont gâcher l’ambiance et contraindre chacun à balancer à l’autre ses quatre vérités, forçant tout ce petit monde à remettre en question leurs conceptions de la vie, de l’amour, de l’amitié…

Le dispositif n’est pas vraiment novateur. Théâtre et cinéma britanniques sont friands de ces jeux de massacre réjouissants, prétextes à de superbes joutes verbales. Mais encore faut-il que cela soit bien mis en scène et porté par d’excellents acteurs. C’est le cas ici.
Les répliques fusent avec d’autant plus d’efficacité que les comédiens sont tous formidables, chacun assumant son rôle avec gourmandise sans jamais chercher à voler la vedette aux autres. On peut néanmoins saluer particulièrement les performances de Patricia Clarkson, qui délivre avec classe et panache les lignes les plus drôles et percutantes du texte, et Bruno Ganz, irrésistible en gourou teuton illuminé, autant à sa place dans ce milieu d’intellectuels athées que Hrundi V. Bakshi chez les producteurs hollywoodiens,dans le film éponyme de Bake Edwards.

La mise en scène de Sally Potter se révèle également être un modèle de sobriété et de concision. Consciente de la nature très théâtrale de son script – un huis-clos ne reposant que sur les interactions entre les personnages – elle imprime suffisamment de rythme pour que les spectateurs n’aient pas le temps d’en observer la structure et se laissent porter par le rythme enivrant de cette comédie acide.
Apparemment, à entendre les nombreux rires qui s’élevaient de la salle de projection, le plan a bien fonctionné. Reste à voir si le jury partagera cet enthousiasme…

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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