Angle mort - aff belLe nouveau film de Nabil Ben Yadir se déroule dans un contexte très actuel, celui de l’inquiétante montée en puissance des partis nationalistes et des mouvements d’extrême-droite en Europe.
Le personnage principal, Jan Verbeeck (Peter Van Den Begin), chef de la police des stups d’Anvers, décide de quitter la police pour devenir l’un des candidats-phares d’un parti extrémiste Flamand, où son discours axé sur la sécurité, les dangers de l’immigration et l’identité flamande fait fureur. A ses détracteurs, qui lui reprochent d’être xénophobe, il rétorque que son bras droit le plus fidèle est d’origine maghrébine. Effectivement,  Dries (Soufiane Chilah) admire depuis longtemps Verbeeck, qu’il estime être un flic-modèle et qu’il considère un peu comme un père de substitution. Il est toujours là pour arranger les choses quand les opérations policières glissent à la frontière de la légalité et il est évidemment prêt à soutenir la campagne électorale de son mentor, quitte à s’attirer l’hostilité de sa communauté et des habitants de son quartier.

Avant de partir conquérir les urnes, Veerbeck doit accomplir une dernière mission en tant que flic. Un indicateur a mis la brigade sur la piste d’un local à Charleroi, abritant un laboratoire fabriquant de la drogue pour le compte d’un gangster Turc que le commissaire rêve de coffrer depuis des années. Mais sur place, les policiers n’interpellent que des petites frappes et des sans-papiers syriens. Pas de labo clandestin, pas de came, pas de preuves de l’implication de la mafia Turque. En revanche, Veerbeck découvre sur l’indicateur une photo le montrant, plus jeune, avec l’une de ses vieilles connaissances. Cela ne peut pas être une coïncidence. Quelqu’un essaie de lui rappeler son passé et cette perspective, alors qu’il va devenir n personnage public exposé, ne le ravit pas du tout. Alors, Verbeeck se lance dans un jeu de piste ultra-glissant qui va l’obliger à enfreindre les lois et à affronter ses vieux démons. Chacun de ses actes, chacun de ses mouvements l’entraîne un peu plus dans un engrenage implacable. Comme à son habitude, Dries prend parti pour son ancien chef, mais il découvre peu à peu que ce dernier n’est peut-être pas vraiment le flic honnête et vertueux qu’il admirait.

Ce thriller est plutôt bien mené, sans temps morts, et repose sur la belle performance de Peter Van Den Begin, qui réussit à rendre attachant ce personnage, pourtant antipathique, aux idées politiques nauséabondes et aux méthodes douteuses. En revanche, le scénario patine un peu, à cause d’un empilement de situations improbables et d’un final mélodramatique décevant, qui nuit au propos général du film.
On aurait préféré que Nabil Ben Yadir aille jusqu’au bout de sa démarche et donne au contexte politique un rôle plus central dans l’intrigue, à l’instar de sa dernière scène, glaçante, qui démonte comment les partis extrémistes surfent sur les faits divers pour prendre le pouvoir et faire voter des lois liberticides et contraires aux droits élémentaires. Dommage…

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Note :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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