Jason Blum a dû subir un traumatisme d’enfance lié à un déménagement, c’est pas possible… Ou alors il a regardé Amityville en boucle pendant ses jeunes années. Sinon, comment expliquer qu’il ne produise quasiment que des histoires de couples ou de familles emménageant dans une maison hantée.
On lui doit les calamiteux Paranormal Activity, mais aussi le beaucoup plus recommandable Insidious.
Et voilà qu’il remet le couvert avec un autre film calqué sur le même principe, Sinister, réalisé par Scott Derrickson, un cinéaste qui, de son côté, semble aimer tâter du démon (Hellraiser : inferno, L’exorcisme d’Emily Rose). 

Sinister - 3

On suit les mésaventures d’Ellison Oswalt (Ethan Hawke), un écrivain spécialisé dans les affaires criminelles à sensation, remettant souvent en question les conclusions de la police. Après les bides de ses trois derniers livres, son inspiration s’essouffle, et son compte en banque aussi. Il tente un dernier coup en s’intéressant à une affaire criminelle irrésolue : le massacre d’une famille entière par pendaison, à l’exception de la petite dernière, dont le corps n’a jamais été retrouvé. Mais, parce qu’il n’a pas consulté Stéphane Plaza, ou plus probablement, pour faire son intéressant, il décide de s’installer dans la maison où a eu lieu le drame, en compagnie de sa femme et leur deux enfants – et sans leur dire, bien entendu… 

Sinister - 5

Il est à peine installé qu’il découvre une boîte dans le grenier, pleine de vieux films super 8. Des films de famille un peu spéciaux, plus horribles les uns que les autres, qui se soldent systématiquement par un massacre.
Oswalt réalise qu’il est en train de pister un tueur en série particulièrement tordu – et sacrément moche. Au lieu d’alerter la police, il décide de continuer son enquête tout seul, pour en retirer toute la gloire.
Même quand des évènements étranges surviennent dans la maison, il ne peut se résoudre à arrêter son enquête, trop curieux et trop excité par ses macabres découvertes. Encore une fois, mauvais choix, car il se pourrait bien que le tueur qu’il traque ne soit pas vraiment de nature humaine… 

Sinister - 7

C’est pas cool ? Normal, c’est  Baghuul (prononcez Bagoul, sinon le jeu de mots tombe à l’eau). Un démon ou une sorte de divinité païenne dont la particularité est de… argh… Trop tard, je suis mort avant de vous révéler son secret… Vous n’aurez qu’à aller voir le film pour le savoir.

Bon, comme dans le film, il y a pas mal de revenants  (et là, je ne parle pas d’Ethan Hawke et de Vincent d’Onofrio, hein),  je peux quand même reenir à cette chronique pour vous dire que Sinister, sans être le chef d’oeuvre de l’année (loin de là…), vaut mieux que Paranormal Activity .
Pas spécialement grâce à son scénario, déjà vu et revu cent fois.
Et pas grâce à ses acteurs, qui sombrent parfois dans le ridicule, comme dans la scène de la dispute au sujet des priorités de l’écrivain, assez risible. Pourtant, le casting a été soigné, avec dans le rôle principal l’expérimenté Ethan Hawke, qui passe du Cercle des poètes disparus au cercle des disparus tout court, sans la poésie, donc… 

Sinister - 4

Mais le film, à la différence du nanar d’Oren Peli, contient quelques scènes de flippe efficaces, jouant aussi bien sur les peurs primales (scorpions, serpents et autres animaux peu amicaux, terreurs nocturnes…) que sur les effets de surprise déconseillés aux personnes cardiaques, sans oublier une ou deux scènes chocs du plus bel acabit (la boîte qui bouge toute seule dans l’entrée… coup de stress garanti…) 

Et puis, la mise en scène se montre parfois inspirée. Quand, par exemple, les meurtres se reflètent dans les lunettes d’Oswalt, ou que la caméra préfère montrer les réactions du personnage principal plutôt que de montrer les horreurs directement. Sans oublier les quelques facéties amusantes faisant intervenir ce bon vieux Baghuul, qui aimerait sans doute postuler au top 100 des plus effrayants méchants du cinéma…
Par ailleurs, le film nous pousse aussi à nous interroger sur notre voyeurisme face à des images violentes, et, plus généralement, sur la représentation de la violence à l’écran. 

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Pour ces qualités, Sinister vaut le coup d’oeil. Mais ne vous attendez pas non plus à une oeuvre qui bouleversera le genre, hein… C’est de la pelloche horrifique assez basique, juste un poil au-dessus de la moyenne…
Suffisamment pour qu’on ait envie de le défendre un peu après la réaction absurde d’une quarantaine de salles de le déprogrammer. Parce qu’il fait trop peur? Parce qu’il est d’une violence extrême? Parce qu’il incite des tarés à venir provoquer Batman?
Que nenni… Juste parce que quelques groupes d’adolescents débiles ont mis le boxon dans les salles, le jour d’Halloween, pendant les projections de… Paranormal Activity 4. Euh… C’est quoi le rapport entre les deux films, à part le producteur? Peut-être que le public a chahuté simplement parce que le film était une purge – on ne l’a pas vu, on ne jugera donc pas, mais bon, vu le niveau du premier… Ca ne veut pas dire que les spectateurs vont tout casser à chaque fois qu’un film d’horreur est projeté dans un cinéma. Et puis, des crétins surexcités, on peut aussi en trouver devant des comédies ou des popcorn movies…
Enfin bref, c’est pas cool… C’est baghuul? Non, là, c’est vraiment pas cool pour le cinéma horrifique, déjà bien moins présent qu’auparavant dans les salles obscures…

 

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Sinister Sinister
Sinister

Réalisateur : Scott Derrickson
Avec : Ethan Hawke, Juliet Rylance, Fred Thompson, James Ransone, Vincent d’Onofrio
Origine : Etats-Unis
Genre : Maison à vendre, fantômes en prime 
Durée : 1h50

Date de sortie France : 07/11/2012
Note pour ce film : ●●●○○
Contrepoint critique : Metro

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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