Alien vs Predator et sa suite Aliens vs Predator : Requiem sont deux beaux navets, mais ils ont rencontré suffisamment de succès au box-office pour que la Fox mette en chantier le prequel de la saga Alien, que devrait réaliser Ridley Scott (1) et éventuellement une nouvelle suite (2), ainsi que d’une nouvelle suite à Predator.

Produit par Robert Rodriguez et dirigé par Nimrod Antal, voici donc Predators. Avec un “s”, sans doute pour établir le parallèle avec la série des Alien.
Car la démarche est exactement la même : 
Petit chef d’oeuvre de la science-fiction, l’Alien de Ridley Scott reposait sur le face-à-face intelligent entre une belle (Ripley) et une bête (l’alien) et créait un climat oppressant, une terreur viscérale.
James Cameron, reprenant le flambeau, avait fait bifurquer la franchise vers l’action virile, suintant la testostérone (euh… désolé, Sigourney Weaver…), en opposant un groupe de soldats à des hordes de créatures belliqueuses. Moins subtil, moins flippant, plus bourrin. Bref, nettement moins réussi, mais compensant ses défauts par un côté assez jubilatoire.   
Pour Predator, même combat. Le premier opus, de John McTiernan était un des films d’action fantastique les plus réussis des années 1980 et reposait aussi sur l’affrontement entre un homme (Schwarzenegger) et un guerrier venu d’un autre monde. Passons volontairement sous silence la suite, une purge signée Stephen Hopkins, et intéressons-nous à ce Predators qui, ô surprise, met une dizaine de soldats aux prises avec une bande de chasseurs extraterrestres. Ca sent l’action virile et la testostérone (euh… désolé, Alice Braga). Moins subtil, moins flippant, plus bourrin… Bref, nettement, mais alors très nettement moins réussi…

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Compensant ses défauts par un côté jubilatoire? Ben non, pas vraiment…
Pourtant, avec la supervision de Robert Rodriguez, auteur de séries B aussi déjantées que Desperado, The Faculty ou Planet Terror, on pouvait s’attendre à du grand spectacle, à une dérive vers le second degré pour mieux transgresser les codes du genre.
Mais Nimrod Antal, même s’il a signé des films aussi respectables que Kontroll ou  Motel, ne possède pas le grain de folie qui lui aurait permis de tirer pleinement parti du scénario écrit par Rodriguez. Sous sa houlette, le film se contente de soumettre des héros trop stéréotypés à des péripéties trop prévisibles, et, au final, ne se distingue pas vraiment du tout venant hollywoodien en matière de films d’action futuristes…

Quoi que… Non, ne soyons pas injuste… Predators s’élève quand même un peu au-dessus de la moyenne, car Rodriguez et Antal ont le mérite de ne pas afficher la prétention absurde de Paul W.S. Anderson ou des frères Strause (3) de révolutionner les mythes originaux, voire le cinéma de SF… Au contraire, ils multiplient les hommages aux deux premiers films de la série (4) et respectent assez scrupuleusement les codes mis en place par John McTiernan et ses effets de mise en scène assez inventifs pour l’époque. Résultat, même s’il est inférieur au premier épisode de la saga, le film reste quand même relativement efficace, laissant tranquillement monter la tension avant de faire intervenir les créatures…
Et comme la mise en scène est assez appliquée, on ne peut pas dire que l’on s’ennuie…

Predators - 5

Autre mérite des auteurs du film : ne pas prendre les spectateurs pour des imbéciles en proposant une intrigue à peu près cohérente. Ici, pas d’aberration scénaristique ou de rebondissement neuneu – à une exception notable et fort dommageable… on y reviendra… – Les protagonistes se comportent de manière à peu près intelligente et rationnelle. Ils mettent leurs égos surdimensionnés de côté pour tenter de survivre ensemble. Et quand l’un d’eux émet une idée stupide, du genre tenter de voler le vaisseau des predators, les autres le remettent en place illico – nan mais gros malin, comment tu vas faire pour le piloter, le vaisseau ? 
Le point de départ du scénario est lui-même intéressant : des hommes et une femme qui ne se connaissent pas se retrouvent parachutés en pleine jungle. Tous sont des soldats d’élite surentraînés et armés jusqu’aux dents ou de dangereux gangsters : un mercenaire international, un sniper de l’armée israélienne, un russe extirpé du conflit tchétchène, un soldat de la RUF, un homme de main d’un cartel de drogue mexicain, un yakuza, un criminel condamné à mort pour meurtres violents… Tous sont des tueurs implacables, tous ont de fortes personnalités…
Ils doivent résister à l’envie de s’entretuer les uns les autres et découvrir ce qu’ils font là…

Predators - 3

Tout le début, bien fichu, est enveloppé d’une belle couche de mystère. On se croirait dans un croisement entre Les Chasses du comte Zaroff, “Lost, les disparus” pour le côté “perdus dans la jungle” et les “Dix petits nègres” d’Agatha Christie, pour la façon avec laquelle les membres du groupe sont assassinés, les uns après les autres. (Ca tombe bien, ils sont dix justement, si on compte le gars qui se crashe à l’atterrissage et le rescapé d’une première chasse, campé par Laurence Fishburne)…
Cette trame offrait un certain potentiel en termes de ramifications narratives :
Où sont-ils ? Qui les a envoyés là ? Kidnapping extraterrestre ou expérience scientifique extrême ? Qu’attend-t-on d’eux ?
Malheureusement, Rodriguez et ses co-scénaristes abandonnent très vite les diverses pistes intéressantes du script et en dévoilent trop rapidement les tenants et les aboutissants. Et dès que les premières créatures apparaissent, environ après vingt minutes de film, le film se mue en “simple” survival…

Bizarre, car les auteurs semblaient vraiment avoir envie de proposer quelque chose de plus réfléchi, offrir un sous-texte qui confère au film une autre dimension.
On comprend bien l’idée de départ : tous les personnages sont des prédateurs qui se retrouvent soudain dans la situation inverse. Ils deviennent les proies…
Et, face à cette situation nouvelle, ils sont obligés de mettre en sourdines leurs aspects les plus vils, leurs égos démesurés et apprendre à collaborer les uns avec les autres pour  avoir une chance de survivre…
On retrouve un peu les interrogations posées dans Alien ou Predator. Qu’est-ce qui distingue l’homme de la bête ? N’avons nous pas nous aussi des aspects monstrueux ?
Mais hélas, tout est ici dilué dans un déluge d’action basique et personne ne prend vraiment le temps de développer l’intrigue et les protagonistes. Dommage…

Predators - 2

Oui, dommage, car Antal bénéficiait d’un casting assez intéressant.
Conscient qu’il était ridicule de confier le rôle principal à un Schwarzenegger bis, les producteurs ont confié le rôle à Adrien Brody.
Le comédien se montre ici un peu plus à l’aise que dans le récent Splice. Il campe un type vaguement misanthrope, conscient d’être devenu une simple machine à tuer, mais qui va retrouver un semblant d’humanité au contact de ses compagnons d’infortune. Le rôle est assez ambigu pour être intéressant et le comédien, bien que limité par le peu de scènes où il peut poser son jeu, parvient quand même à conférer un peu d’envergure à son personnage.
Face à lui, Alice Braga déjà vue en fâcheuse posture dans Je suis une légende est également très convaincante en tireur d’élite en plein doute…
Le duo principal est bien secondé par toute une galerie de “trognes” patibulaires à souhait, à commencer par l’excellent Danny Trejo – que l’on attend avec impatience dans le nouveau Grindhouse movie, Machete, toujours sous la protection de son pote Rodriguez – le russe Oleg Taktarov, habitué aux seconds rôles musclés, ou Mahershalalhashbaz Ali (à vos souhaits…) et Walton Goggins, que les amateurs de séries télé ont probablement déjà vu quelque part…

Predators - 4

Seul Topher Grace semble, une fois n’est pas coutume, être à côté de la plaque. Bon d’accord, il hérite du rôle le plus aberrant, celui d’un médecin gringalet dont on se demande bien ce qu’il fiche ici à part permettre le fameux rebondissement neuneu dont on parlait plus haut. Et son personnage est sacrifié pendant les trois-quarts du film avant de prendre une importance démesurée…
Mais bon, rien ne l’empêchait de faire un effort au niveau de son jeu d’acteur, qui manque ici singulièrement de justesse et de finesse. Après sa prestation déjà en demi-teinte dans Spiderman 3, peut-être pourrait-il comprendre que le genre fantastique/SF ne lui convient pas ?

Bon, inutile de s’étendre des heures sur ce Predators… Il ne s’agit que d’un divertissement assez passable, tout juste au-dessus de la moyenne. Pas franchement réussi, mais  pas ennuyeux non plus… A voir si on cherche un peu d’action virile et d’effets spéciaux sans avoir à se creuser les méninges.
C’est sûr, ça aurait pu être bien meilleur… Mais voyons les choses du bon côté, ça aurait aussi pu être bien pire (5)… 

(1) : En fait, Ridley Scott plancherait non sur un mais sur deux prequels, tous deux en relief. Le premier est censé se dérouler trente ans avant la découverte des oeufs d’Aliens par l’équipage du Nostromo.    
(2) : Plusieurs rumeurs ont circulé autour des noms de Paul W.S. Anderson et Vincenzo Natali, mais pour l’instant, rien de vérifié…
(3) : respectivement coupables d’
Alien vs Predator et Aliens vs Predator : requiem. Et fiers de l’être… Beurk… 
(4) : initialement, Arnold Schwarzenegger et Danny Glover devaient même faire une apparition au montage. Les caméos ont été supprimés au montage…
(5) : Darren Lynn Bouseman, le tâcheron de l’infâme
Saw 4 avait postulé pour mettre en scène le film… Imaginez le carnage…

 
 
 

 

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Predators Predators
Predators

Réalisateur : Nimrod Antal
Avec : Adrien Brody, Alice Braga, Topher Grace, Danny Trejo, Oleg Taktarov, Laurence Fishburne
Origine : Etats-Unis
Genre : promenons-nous dans les bois…
Durée : 1h47
Date de sortie France : 14/07/2010
Note pour ce film :

contrepoint critique chez :  Les Inrockuptibles

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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

2 COMMENTS

  1. Il est effectivement regrettable que les pistes intéressantes lancées par le scénario ne soient pas exploitées. Globalement le film est un divertissement acceptable, une bonne série B qui ne cherche pas à être ce qu’elle n’est pas, et c’est appréciable.

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