The-LaundromatDe quoi ça parle? :

Du scandale des “Panama papers”, qui a éclaté en 201x. Un informateur avait révélé aux média l’existence d’un imposant système d’évasion fiscal à l’échelle internationale, impliquant un organisme de finances Mossack & Fonseca, et des milliers de sociétés fictives basées dans des paradis fiscaux, notamment au Panama. Plusieurs célébrités, mais aussi des chefs d’états et d’importants hommes politiques avaient été éclaboussées par ces révélations. The Laundromat s’intéresse plutôt aux répercussions du système sur les citoyens lambda, notamment sur le personnage d’Ellen Martin (Meryl Streep).
Son mari est décédé dans un dramatique accident de bateau, aux Chutes du Niagara et, comme les autres victimes, elle doit recevoir une compensation financière de la part des assurances. Le problème, c’est que l’armateur du bateau (David Schwimmer), souhaitant faire des économies a opté pour une compagnie d’assurance bon marché appartenant à la longue liste de ces sociétés fictives, qui dépendent elles-mêmes de sociétés-mères tout aussi vaporeuses. Et qui dit fausse compagnie d’assurance dit fausses polices d’assurances…  En conséquence, l’armateur se retrouve dans une situation des plus délicates. Les victimes, elles, doivent se contenter de bien maigres indemnités.

Pendant ce temps, les dirigeants de Mossack & Fonseca (Gary Oldman et Antonio Banderas), s’en mettent plein les poches. Ils paradent devant la caméra, vantant aux spectateurs les mérites du système capitaliste et les montages improbables qui permettent aux petits malins de devenir millionnaires. 
Les différents chapitres du film montrent l’étendue de cette fraude fiscale et toutes les magouilles qu’elle génère, un peu partout sur la planète, de Las Vegas à Pékin, en passant bien sûr par le Panama.

Pourquoi on casse la tirelire pour accéder à Netflix et voir ce film ?

Parce qu’il s’agit d’un film d’utilité publique, qui dénonce les dérives d’un système économique devenu incontrôlable. Si les citoyens ont bien entendu parler de l’affaire des Panama Papers et des nombreuses personnalités impliquées dans le scandale, ils n’ont pas forcément conscience de l’ampleur de la fraude et de ses répercussions sur leur quotidien. The Laundromat décortique une partie de ce dispositif qui permet à une poignée d’individus cupides de s’enrichir chaque jour un peu plus, au détriment des milliards de personnes qui peuplent la planète. Les sommes détournées, estimées à plusieurs centaines de milliards, permettraient aux nations de rembourser leurs dettes, de financer des services publics, d’aider les plus démunis ou de mettre en place un système de protection sociale. Elles pourraient aussi être réinjectées dans l’économie, permettant au système libéral de fonctionner correctement. Au lieu de cela, elles servent à écraser la concurrence, favoriser la corruption, offrir à quelques nantis un nouveau yacht ou une nouvelle piscine, quand elles ne dorment pas au soleil, dans les paradis fiscaux…

Pour que cette leçon d’économie soit digeste, Steven Soderbergh a eu la bonne idée de l’habiller avec des atours plus cinématographiques, sous la forme d’un ensemble de petites fables corrosives, entrecoupées d’interventions loufoques de Jurgen Mossack et Ramon Fonseca, transformés pour l’occasion en bateleurs de music-hall. Il fait ainsi du système capitaliste moderne un gigantesque cirque, où se jouent quotidiennement de grands moments d’illusionnisme comptable, de périlleux numéros de funambules financiers et les pathétiques pitreries de clowns tristes qui règnent sur le monde. Cette légèreté permet de toucher un public plus large, peu porté sur le cinéma Art & Essai ou les documentaires, surtout qu’il a été conçu pour être diffusé sur la plateforme Netflix, qui draine un public différent de celui des salles obscures.
En informant davantage les individus sur les magouilles qui plombent nos systèmes économiques, à les faire réfléchir sur les dérives du modèle libéral et les privilèges que s’octroie une élite autoproclamée, peut-être réussira-t-on à faire évoluer les choses et à revenir à un fonctionnement plus sain, juste et égalitaire.
En tout cas, Soderbergh a le mérite d’essayer d’agir à son niveau, avec ses armes. Après Erin Brokovich, qui traitait un scandale sanitaire impliquant une grande compagnie de l’industrie chimique, après Trafic, qui détricotait les ramifications du trafic de drogue en Amérique Centrale, après The informant! qui dénonçait les magouilles d’un groupe agro-alimentaire, il continue inlassablement d’exposer les maux de nos sociétés occidentales. On espère qu’il continue encore longtemps à faire son cinéma!

Angles de vue différents :

”Le film s’éparpille beaucoup, simplifie parfois à gros traits et a tendance à atténuer l’implication des puissants du monde entier, chefs de gouvernement compris.”
(Jacques Morice, Télérama)

”Soderbergh understands the importance of putting human faces to dry statistics. He reveals how the tentacles of financial misrule eventually extend to touch honest-to-God human lives.”
(Xan Brooks, The Guardian)


Prix potentiels ? :

Un Lion d’Or n’est pas inenvisageable, même si on espère que cette année, le film primé aura les honneurs d’une sortie en salles (l’an passé, ROMA est resté cantonné aux écrans de télévision et c’est bien dommage…)?
Sinon un Grand Prix, un prix du scénario ou un prix de la mise en scène.



Crédits photos :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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