Saturday fiction- affproDe quoi ça parle ? :

D’une histoire d’amour et d’espionnage en chine, au cours de la Seconde Guerre Mondiale.
En 1941, la Chine est intégralement sous occupation japonaise, à l’exception de Shangaï, qui été divisée en plusieurs concessions, sous gouvernance japonaise, britannique et française. Jean Yu (Gong Li), une célèbre actrice chinoise y revient pour répéter une pièce de théâtre sous la direction d’un de ses anciens amants, Tan Na (Mark Chao). Mais beaucoup s’interrogent sur les véritables motivations de son retour. N’est-elle pas là plutôt pour faire libérer son ex-mari, détenu par les japonais ? Ou pour convaincre Tan Na de fuir une ville sur le point de tomber définitivement aux mains des japonais ? À moins qu’elle ne soit une espionne, voire un agent double ou triple, trouble en tout cas, comme la plupart des personnes qui gravitent autour du théâtre, à commencer par Bai (Huang Xiangli) une apprentie-actrice fan de Jean, qui pourrait bien elle-aussi être une espionne, et Mo Zhiyin (Wang Chuanjun), le producteur de la troupe, qui semble lui aussi jouer double ou triple jeu avec les différents services de renseignements.
Pendant ce-temps, les concessions françaises et britanniques, par le biais de Saul Speyer (Tom Wlaschiha) et Fréderic Hubert (Pascal Greggory), tentent de décrypter un code ennemi qui pourrait avoir des conséquences majeures sur la fin du conflit.


Pourquoi on n’a pas attrapé la fièvre du samedi soir? :

Parce que le scénario, tiré du roman de Hong Ying, “Death of Shangaï”, s’avère souvent confus, voire incompréhensible. Faute d’enjeux clairs, on peine à s’attacher aux personnages et au moment où le récit s’éclaircit enfin, c’est pour mieux pour nous infliger des trahisons à tire-larigot et des rebondissements capillotractés qui viennent tout compliquer à nouveau. Comme si cela ne suffisait pas, Lou Ye a choisi d’adjoindre à ce matériau un dispositif de fiction à l’intérieur de la fiction, montrant les répétitions de la pièce jouée par Jean Yu. L’idée était peut-être de traiter de la duplicité du métier de comédien, d’en faire une réflexion sur la vérité et le mensonge, mais hélas, le seul résultat est de gêner un peu plus le spectateur, obligé de faire des efforts surhumains pour comprendre qui est qui et qui fait quoi dans cette histoire alambiquée. Mal de crâne assuré…

Et ce n’est pas fini : A la confusion du scénario, Lou Ye ajoute une mise en scène chaotique. Sa caméra, presque en permanence en mouvement, donne le tournis, car le parti-pris de tout filmer à l’épaule ne génère pas vraiment d’élégantes arabesques filmiques. Par ailleurs, le choix d’une photographie en noir & blanc très contrasté ajoute à l’impression d’être dans le noir complet, tant au niveau de l’intrigue que de l’image, et même la lumineuse Gong Li ne parvient pas à sauver les meubles.

C’est dommage, car on sent dans le dispositif un véritable amour du cinéma. La première scène du film, un beau plan-séquence, était porteur de belles promesses. Hélas, par la suite, la magie n’opère plus que par intermittences, quand la caméra se fixe suffisamment longtemps pour nous permettre d’admirer la composition des cadres et savourer les jeux d’ombre et de lumière. Lou Ye, empêtré dans son intrigue tarabiscotée, peuplée d’agents doubles, finit par se trahir lui-même et perdre en chemin ses spectateurs.


Angles de vue différents :

”Nobody pumps me more than Gong Li gunning down the whole empire of Japan. She’s magnificent in this literal war theatre on the brink of collapse.”
(Lorenzo Ciorcalo, Twitter)

”Gong Li shines in a gorgeous but frustrating spy thriller”
(David Ehrlich, Indiewire)

”Euh… Je n’ai pas tout compris”
(Un anonyme en sortie de séance)


Prix potentiels? :

Après décryptage du code ennemi, on arrive à la conclusion que le film ne devrait recevoir A.U.C.U.N. prix au palmarès, mais la possibilité d’avoir été trahis existe. Dans ce cas, un prix du scénario ou de la mise en scène nous ferait mentir…



Crédits photo :
Copyright Ying Films
Images fournies par la Biennale di Venezia

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Note:
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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