Chalut les humains,

“Osez Joséphine” chantait Bashung…
Euh, il n’avait pas dû voir le Joséphine d’Agnès Obadia, parce que franchement, cette comédie romantique made in France est loin d’être indispensable. Comme on dit, il n’y a pas de quoi fouetter un chat (heureusement). A la rigueur, le film pourra séduire les minettes midinettes en mal de frissons cinématographique, grâce à son côté naïf et son romantisme à l’eau de rose, rehaussé d’une pointe d’humour girly.

Joséphine - 2

Le film d’Agnès Obadia s’inspire de la bande-dessinée éponyme de Pénélope Bagieu (1), reprenant les mêmes personnages : Joséphine (Marilou Berry) une trentenaire célibataire, pas très belle, mais pas moche non plus, complexée par ses formes – et notamment son popotin XXL en forme de coeur. Ses amis fidèles, Rose (Amelle Chahbi) et Cyril (Cyril Guei), toujours là pour la soutenir – ou l’enfoncer un peu plus, sa collègue Chloé (Bérengère Krief), amatrice de potins croustillants, sa soeur trop parfaite (Alice Pol) et son amant Julien (Charlie Dupont), un homme marié qui ne semble pas pressé de divorcer.
Mais, comme la BD originale était composée d’une succession de tranches de vie, la cinéaste s’est crue obligée d’écrire une histoire complète, avec un début, un milieu et une fin, et plein de péripéties ultra-prévisibles à l’intérieur, et autant de clichés romantico-comiques.

Elle a écrit une intrigue où l’héroïne se met en difficulté toute seule à cause d’un mensonge. Jalouse de voir sa soeur se marier avec un homme aussi parfait qu’elle, Joséphine surenchérit en s’inventant un fiancé brésilien, chirurgien brillant et humaniste convaincu, et annonce qu’elle part vivre avec lui à Rio De Janeiro. Mauvaise idée, car avant qu’elle n’ait eu le temps de révéler la supercherie, cette annonce fracassante lui vaut de perdre son emploi et de se retrouver mise dans le premier avion en partance pour le Brésil par ses proches.
Evidemment, il lui est difficile de partir pour l’Amérique du Sud, où aucun chirurgien ne l’attend réellement. Elle retourne donc en douce dans son appartement parisien, mais se rend compte que ses amis ont sous-loué les lieux à son ancien collègue de bureau, Gilles. Un type apparemment amoureux d’elle, mais dont elle a toujours repoussé les avances, car elle le trouve trop ennuyeux, trop terne.
Cachée dans son propre appartement, la jeune femme va avoir tout loisir de réaliser son erreur en voyant évoluer cet homme charmant, gentil, attentionné, plus drôle qu’elle ne le pensait, fin cuisinier et amateur des films de Woody Allen. Un vrai prince charmant, quoi…

Joséphine - 4

La partie de cache-cache amoureux reste constamment dans les sentiers battus de la comédie romantique contemporaine, sans aucune originalité, sans aucun effort de style ou de mise en scène. Oh attention, hein. Je ne dis pas que c’est nul. C’est juste terriblement formaté. On a déjà vu tout ça des dizaines de fois, en mieux. C’est une sorte de Bridget Jones du pauvre, si vous préférez.
D’accord, Marilou Berry s’en sort plutôt bien, même si elle a, comme sa mère, une fâcheuse tendance à surjouer certaines scènes. D’accord, Mehdi Nebbou incarne avec élégance le personnage de Gilles, même si, à l’inverse de sa partenaire, avec un peu trop de retenue, du coup. Mais que les autres personnages sont mal développés! Les amis de Joséphine, joués par Amelle Chahbi et Cyril Guei, ne servent à rien. La collègue de Joséphine, Chloé, est un peu mieux lotie, mais Obadia ne tire jamais vraiment profit du talent comique de Bérengère Krief. Même chose pour Alice Pol, dont le personnage reste à l’état de vulgaire caricature. A quoi cela sert-il de mettre en place des personnages et des situations si c’est pour les laisser tomber en cours de route?

Non, même si on n’attendait rien de grandiose de ce projet cinématographique, on avait quand même l’espoir qu’Agnès Obadia nous livre un film autrement plus subtil. Hélas, d’un film à l’autre, la cinéaste semble décliner. On se souvient de la fraîcheur de Romaine, autour des déboires d’une autre trentenaire célibataire, de l’impertinence de Du poil sous les roses, et aussi que Romaine par moins 30 nous avait déjà laissé une impression mitigée, malgré des dialogues brillants et le jeu impeccable de Sandrine Kiberlain. Là, on ne retrouve rien de tout cela.

Joséphine - 5

Finalement, le seul intérêt de Joséphine est, une fois n’est pas coutume, son interprète félin. Un matou rouquin surnommé Brad Pitt par sa maîtresse, pour qu’elle ait, en partageant son lit avec lui,  l’impression d’avoir au moins un point commun avec Angelina Jolie. Faut être tordue, quand même. Enfin, perso, je trouve que Brad Pitt le chat est plus mignon que Brad Pitt l’Humain. Mais bon, je suis de parti pris…
Et la fausse publicité pour Chat-Nel n°5 qui a été tournée pour la promo du film est plus drôle que le film lui-même. (2)
Cette performance féline est ce qui me vaut l’honneur d’écrire cette critique, qui aurait logiquement dû échoir à mon confrère PaKa, adaptation de BD oblige. Mais bon, lui, il n’est pas trop Pénélope Bagieu. Niveau blog dessinés, il serait plutôt Boulet. Dans tous les sens du terme d’ailleurs. Hi hi hi… Je ne suis pas expert en BD, loin de là, mais je dois dire que j’aime bien le style de la dessinatrice, à qui on doit aussi un émoustillant “Chama sutra”.
Hélas, on ne le retrouve pas dans ce film, comédie romantique banale qui ne restera pas dans les annales. Hop, rime riche pour un pauvre film!

Bon, il faut que je vous laisse, avec mon nouveau pote Brad, on doit travailler sur le script de Scaramouche’s eleven, l’histoire d’une bande de onze matous qui font le casse du siècle dans une usine à crevettes.

Plein de ronrons,

Scaramouche

Joséphine scaramouche

(1) : “Joséphine” de Pénélope Bagieu – éd. Delcourt
(2) : visible ici

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Joséphine Joséphine
Joséphine

Réalisatrice : Agnès Obadia
Avec : Marilou Berry, Mehdi Nebbou, Alice Pol, Bérengère Krief, Amelle Chahbi, Charlie Dupont
Origine : France
Genre : Bridget Jones du pauvre
Durée : 1h27
Date de sortie France : 19/06/2013
Note pour ce film : ●●○○○○
Contrepoint critique : Elle

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Scaramouche est un... chat. Son heureux maître, Boustoune, l'a baptisé ainsi après l'avoir vu escalader les rideaux et pratiquer l'escrime contre les plantes vertes, à la manière d'un héros de film de cape et d'épée. (Il a longtemps hésité avec Channibal et Cat Vador, mais bon...) Evidemment, avec un tel nom, l'animal ne pouvait que devenir cinéphile. Comme il n'avait rien d'autre à faire que de glander toute la journée sur le canapé, il s'est gavé de DVD et s'est forgé sa culture cinématographique, avant d'accepter de devenir critique pour Angle[s] de vue. Sa spécialité ? Les films dont les félins sont les héros. Et les films qui parlent de boxe et de sports de combat (il kiffe). Mais il doit aussi se farcir la plupart des critiques de films pour enfants (il kiffe aussi, sans l'avouer...). Il aime donner quelques coups de griffes aux films qu'il n'aime pas, et complimenter ceux qu'il aime de sa plus belle plume (volée à un pigeon trop téméraire). En tout cas, il n'aime pas les critiques qui ronronnent. Qu'on se le dise...

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