DonbassAvec Donbass, Sergeï Loznitsa continue de dresser un portrait au vitriol de son pays, l’Ukraine, en proie à un conflit armé opposant l’armée et des groupuscules séparatistes soutenus par la Russie, qui cherche à reprendre le contrôle sur certaines régions stratégiques perdues lors de l’éclatement de l’empire soviétique. Majoritairement, le peuple ukrainien est favorable à un rapprochement avec l’Union Européenne, mais c’est moins vrai à l’est du pays, notamment dans la région du Donbass, on trouve de nombreux groupes favorables à une alliance avec la Russie.
Ce contexte tendu favorise la corruption, le banditisme, les magouilles en tout genre et l’instabilité politique. La population est régulièrement rackettée, malmenée par les soldats des deux camps rivaux. La presse est manipulée ou brimée. Bref, il règne dans cette région un chaos indescriptible, que le cinéaste essaie de restituer à l’écran, avec la même méthode que celle utilisée dans son précédent long-métrage, Une femme douce, un mélange de farce grotesque et de réalisme brutal, qui ne laissera aucun spectateur indifférent.

Ici, il a choisi la forme d’une succession de saynètes distinctes, décrivant à leur manière les difficultés rencontrées par les habitants de cette région du monde. Un groupe de figurants navigue entre les bombes pour servir de témoins à un reportage télévisé sur les dégâts liés à la guerre civile, des politiciens s’accusent mutuellement de corruption, les voyageur d’un bus se font racketter par les miliciens pro-russes, un homme se fait confisquer son véhicule “pour la bonne cause”, un volontaire pro-européen sert de victime expiatoire à la haine de la population, alimentée par une propagande savamment orchestrée…
A chaque fois, la situation oscille entre la comédie absurde – même si les évènements portés à l’écran s’inspirent tous de situations bien réelles, aussi ubuesques soient-elles – et la tragédie la plus noire, marquée par des éclats de violence venant rappeler l’horreur de ce conflit qui perdure, aux portes de l’Union Européenne.

L’ensemble est assez brillant, même si les saynètes ne possèdent pas toutes la même intensité ou le même intérêt. Le cinéaste réussit parfaitement à décrire cette région au bord de l’explosion, gangrénée par la violence, les abus de pouvoir et des comportements que l’on pensait disparus avec l’effondrement de l’URSS.
Cependant, Sergueï Loznitsa aurait gagné à condenser un peu son récit, car la plupart de ses séquences sont étirées au-delà du raisonnable. On sait aujourd’hui que ce rythme singulier est caractéristique de son style, mais cette particularité le coupe à chaque fois d’une bonne partie des spectateurs, qui passent à côté du message délivré. On peut aimer cette radicalité ou trouver regrettable que ce très bon cinéaste ne parvienne pas à toucher un plus large public.

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Note :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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