Est-ce pour rappeler que le monde – et fatalement l’industrie du cinéma – connaît une crise économique dévastatrice que Thierry Frémeaux a offert à Wall street 2 – l’argent ne dort jamais une place en sélection officielle, hors compétition ?
Ou bien pour avoir la présence de Michael Douglas, Shia LaBeouf et Carrey Mulligan en haut des marches ? Ou encore par pur copinage envers Oliver Stone ?
Parce que, d’un point de vue purement cinématographique, le film ne présente aucun intérêt.
Il est vrai que le premier volet, déjà pas bien fameux, ne donnait pas envie d’investir nos espoirs sur la suite. Mais le résultat est encore plus médiocre que prévu.
On ne peut pas dire que c’est mal filmé, au contraire : Oliver Stone nous gratifie d’élégants plans-séquences et de quelques effets de mise en scène qui en mettent plein la vue. Et c’est justement là que le bât blesse. Cette virtuosité technique (toute relative) n’est que de l’esbrouffe, de la poudre aux yeux destinée à cacher le vide d’un scénario anémique, très téléphoné, dont on devine les tenants et les aboutissants assez rapidement et qui se permet même le mauvais goût de se boucler sur un happy-end assez ridicule. Remettre Gordon Gekko, véritable requin des affaires, dans le grand bain au moment de la grande crise économique était une bonne idée, et il y avait probablement matière à un scénario de haute tenue. Hélas, Stone verse dans la facilité. L’argent sale donne un film tout pourri, dans lequel il n’y a pas grand chose à sauver, hormis, peut-être, la performance de Michael Douglas, qui semble s’amuser à camper de nouveau ce personnage sans foi ni loi

wall street 2 - 2

Heureusement que The Housemaid était là pour relever le niveau. Sur les mêmes thèmes de l’argent, du pouvoir et de la vengeance, Im Sang-soo livre une fable cruelle et vénéneuse, montrant une bourgeoisie complètement folle, persuadée d’être supérieure au reste de la population, ces moins que rien à qui ils s’adressent avec courtoisie et amabilité – une marque de supériorité aristocratique – mais qu’ils traitent comme de vulgaires objets.
Nul doute que Claude Chabrol appréciera ce portrait social au vitriol, relevé par une mise en scène élégante et d’une pointe de violence baroque propre au cinéma asiatique. D’ailleurs, certains spectateurs ont préféré quitter la salle avant le dénouement tragique annoncé, effrayés par la violence (physique et psychologique) et la sexualité étalées à l’écran.

the housemaid - 2  bedevilled - 2

Mais ce n’était rien à côté de l’autre film sud-coréen présenté aujourd’hui, dans le cadre de la Semaine de la critique : Bedevilled. Une oeuvre complètement foutraque, au scénario aberrant et aux personnages agaçants, d’autant plus qu’ils sont très mal interprétés. Mais qui nous entraîne dans un bad trip saturé de violence et de gore, ne respectant ni les tabous, ni le politiquement correct. Une expérience éprouvante pour les nerfs, et aussi pour le bon goût. Mais qui a a eu le mérite de réveiller un public parfois un peu coincé… Le cinéaste a reçu un tel accueil défavorable lors de la première projection, qu’à la seconde, il s’est presque excusé à l’avance du spectacle que nous allions voir ! Pour résumer disons qu’il s’agit d’abord du calvaire d’une femme battue, violée, humiliée par son mari et la famille de celui-ci, une bande de paysans rustres, durs et solidaires dans la bêtise la plus crasse. Puis de sa rébellion et de sa vengeance sanglante…
Curieuse idée que d’avoir associé ce qu’il convient d’appeler un film d’horreur “féministe” avec Vasco, superbe court-métrage d’animation de Sébastien Laudenbach, entièrement animé avec du sable et empli de poésie… 

A la Quinzaine, trois films étaient présentés : Petit bébé Jésus de Flandr, un OFNI qui a laissé perplexe la plupart des spectateurs qui l’ont vu (ce qui n’est pas mon cas), Un poison violent,  premier film de Katell Quillévéré qui a fait l’objet de bons échos en sortie de projection (pas vu non plus) et L’oeil invisible de Diego Lerman, allégorie de la chute de la dictature argentine à travers l’histoire d’une jeune femme, Marita, qui se situe un peu à la frontière entre deux mondes, celui de la dictature poussiéreuse, archaïque, qu’elle sert indirectement par son emploi de surveillante au lycée national de Buenos Aires, formant les jeunes esprits destinés à devenir les élites de demain, et celui de la jeunesse, de l’avenir du pays. Elle, si sévère, si stricte, déjà si vieille malgré ses 23 ans, se laisse peu à peu envahir par le désir, laisse de plus en plus paraître son trouble pour un jeune étudiant et s’adonne aux plaisirs solitaires dans les toilettes des garçons. Dans le même temps, le très distingué Monsieur Biasutto, le surveillant en chef, se montre de plus en plus entreprenant, et le film développe alors une ambiance assez curieuse, où le sexe et la violence, étouffés, ne demandent qu’à jaillir.
Dommage que le film soit un peu trop linéaire, et manque de rythme. Tout tient surtout sur l’interprétation de la jeune actrice Julieta Zylberberg, mystérieuse, charnelle, qui apporte au personnage toute l’intensité souhaitée.

Chatroom - 2

Enfin, Un Certain Regard présentait le nouveau film de Cristian Puiu, Aurore. Je ne l’ai pas vu, car sa durée (plus de trois heures) et l’horaire de projection ne collaient pas avec mon planning. Mais l’événement de cette section parallèle, aujourd’hui, était la projection de Chatroom, film qui a provoqué des bousculades et quelques frustrations chez les malheureux spectateurs refoulés à l’entrée de la salle. Il faut dire que ce thriller était des plus attendus, puisqu’il est signé par Hideo Nakata (The Ring, Dark Water) dont on était sans nouvelles depuis Kaidan, sorti en catimini en 2007…
Mais à l’arrivée, la déception est à la hauteur des attentes – et de l’attente, deux heures de queue : le film tourne assez vite en rond et finit par ennuyer…
Pourtant, l’idée de départ est originale : faire un thriller reposant uniquement sur les dangers de l’internet, par le biais des communications à distance d’un groupe d’adolescents mal dans leur peau.  Les jeunes se sont rencontrés “virtuellement” via le chatroom de l’un d’entre eux, William – un site de discussion en ligne privé – et ne savent pas que le propriétaire des lieux, psychologiquement perturbé, a des projets assez néfastes pour le reste du groupe…
La réussite du film – et probablement de la pièce dont est tiré le script – est d’avoir réussi à donner un cachet visuel certain à l’univers virtuel dans lequel se déroule 80% du film… Mais dès que l’on a compris les enjeux de la course-poursuite entre William et les autres “membres du club”, l’intérêt retombe comme un soufflé…
Dommage… En tout cas, les asiatiques font parler d’eux à Cannes, en bien et/ou en mal…

Cannes 2010 bandeau

SHARE
Previous articleCannes 2010, Jour 2 : Les auteurs se mettent à nu
Next articleCannes 2010, Jour 4 : Histoires de familles
Avatar
Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

5 COMMENTS

  1. Comment les gens peuvent-ils se bousculer pour assister à un film de celui ayant fait Dark Water et Ring… moi je bousculerais surtout pour sortir de la salle avant que ça commence, putain !

  2. Ben tu vois mon PaKa, on a trouvé un Hideo Nakata que tu peux voir sans trembler. Ce qui fait peur, c’est que le cinéaste japonais n’arrive plus à nous faire peur, justement…

  3. Je suis d’accord pour « Wall street 2 », pas vraiment d’interetà part le délicieux cabotinage de Douglas. J’ai « Un poison violent » qui est une chronique intéressante de l’adolescence mais parfois un peu malsaine. En revanche, j’ai beaucoup aimé « Chatroom », intelligent thriller et vraie claque visuelle.
    Seulement 4 jours de festival et je suis déjà sur les rotules ! Et toi ?

  4. Ce matin, c’était dur, après seulement trois petites heures de sommeil : mal au crâne, début de douleurs lombaires et jambes lourdes, mais je tiens le choc.
    J’hésite quand même à faire la séance de minuit de ce soir, parce que j’ai envie d’être en forme pour voir le film d’Iñarritu demain …

LEAVE A REPLY