Chalut les humains,

Je vous avais conseillé, il y a quelque semaines, d’aller faire une balade au coeur de la forêt tropicale, par le biais du documentaire de Luc Jacquet. J’espère que ça vous a plu, parce qu’on y retourne aujourd’hui pour Amazonia de Thierry Ragobert.
Mais cette fois-ci, on va plus s’intéresser à la faune qu’à la flore, parce qu’un arbre, c’est bien sympa, mais ça ne bouge quand même pas beaucoup. Et puis, comme disait Bernard Blier dans Buffet froid : “Il y en a marre de la verdure, tout est vert…”.

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Pour nous servir de guide pour cette nouvelle promenade en forêt, le cinéaste a choisi Saï, un singe capucin. Enfin, “guide” est un bien grand mot, car le petit singe est complètement paumé dans l’immensité de cette jungle amazonienne. Il faut préciser que Saï  est né en captivité et a été éduqué par les hommes.
Un véritable animal domestique habitué au confort, qui a un toit, des repas à heure fixe, des jouets et même un doudou – un singe en peluche.
Il se retrouve dans la jungle par accident, quand l’avion qui l’emmenait vers un zoo ou un cirque quelconque se crashe en pleine forêt.
Livré à lui-même, apeuré, incapable de se repérer dans cette enchevêtrement végétal majestueux et terrifiant, le capucin finit quand même par s’aventurer hors de la carlingue de l’avion, pour trouver de la nourriture. Et il part à la découverte de ce microcosme fabuleux qu’est la forêt amazonienne, nous entraînant dans son sillage.

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Ce dispositif est une excellente idée, car, avec ce petit héros à la bouille sympathique et aux réactions quasiment humaines, le phénomène d’identification fonctionne parfaitement. Et le film, plus qu’un vulgaire documentaire animalier, devient un vrai film d’aventures, doublé d’une belle expérience immersive au coeur de l’Amazonie, sublimée par un relief de très belle facture.
On accompagne Saï dans sa découverte de la faune et de la flore locale. Comme lui, on s’émerveille de la beauté de ce décor naturel, on est intrigué par l’étrangeté de certains animaux ou certains insectes, on éprouve la même peur panique face à une mygale ou un serpent…

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Evidemment, Saï tente de retourner vers le monde urbain et le confort moderne au plus vite. Mais en chemin, peu à peu, il s’habitue à ce nouvel environnement, qui recèle bon nombre de petits plaisirs, à commencer par les fruits juteux et savoureux offerts par Dame Nature. Il peut aussi trouver de nombreux camarades de jeu, et rencontrer ses semblables. Et surtout, il peut ici évoluer en toute liberté.
Quand il finira par retrouver la “civilisation”, dans une zone où l’homme détruit, que dis-je, massacre  la forêt à des fins économiques, il réalisera qu’il n’a plus du tout envie d’évoluer dans ce monde-là, dominé par ces grands primates, les hommes, autrement plus dangereux que tous les prédateurs de la jungle réunis.

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Il y a donc, derrière cette histoire, un propos écologiste militant discret, mais habilement amené, destiné à faire prendre conscience aux spectateurs qu’il est grand temps de faire quelque chose pour préserver ce qui est considéré comme le poumon de la planète.
Le film s’adresse surtout aux jeunes générations, espérant que celles-ci ne commettront pas les mêmes erreurs que leurs aînés et sauront prendre le problème à bras le corps. Mais leurs parents pourront sans doute eux aussi prendre une bonne leçon de vie et de morale.
Mais, avant tout, le film se veut plaisant et divertissant. Difficile de ne pas apprécier la beauté des images, la profondeur de la 3D. Difficile, surtout,de ne pas être touché par les péripéties de l’adorable Saï qui, avec sa bouille sympathique, son jeu expressif et son charisme pelucheux suscite instantanément l’adhésion du spectateur. Les Leonardo Di Caprio, Joaquin Phoenix et consorts peuvent aller se rhabiller. La performance d’acteur la plus complète de l’année, la plus physique, la plus émouvante, la plus drôle, c’est celle de ce petit singe malicieux. Qu’on se le dise.

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Bon, il faut que je vous laisse. J’écris cette chronique tapi dans ma jungle à moi – les plantes vertes du salon – guettant le passage d’une proie éventuelle. Et voilà justement qu’un mollet bien dodu – celui de mon maître – arrive dans ma direction.

Plein de ronrons,

Scaramouche

Scaramouche panthere

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Amazonia Amazonia
AmazoniaRéalisateur : Thierry Ragobert
Avec : Saï
Origine : France
Genre : tribulations d’un capucin en Amazonie
Durée : 1h23
Date de sortie France : 06/11/2013
Note pour ce film : :●●●●
Contrepoint critique : Le Parisien

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Scaramouche est un... chat. Son heureux maître, Boustoune, l'a baptisé ainsi après l'avoir vu escalader les rideaux et pratiquer l'escrime contre les plantes vertes, à la manière d'un héros de film de cape et d'épée. (Il a longtemps hésité avec Channibal et Cat Vador, mais bon...) Evidemment, avec un tel nom, l'animal ne pouvait que devenir cinéphile. Comme il n'avait rien d'autre à faire que de glander toute la journée sur le canapé, il s'est gavé de DVD et s'est forgé sa culture cinématographique, avant d'accepter de devenir critique pour Angle[s] de vue. Sa spécialité ? Les films dont les félins sont les héros. Et les films qui parlent de boxe et de sports de combat (il kiffe). Mais il doit aussi se farcir la plupart des critiques de films pour enfants (il kiffe aussi, sans l'avouer...). Il aime donner quelques coups de griffes aux films qu'il n'aime pas, et complimenter ceux qu'il aime de sa plus belle plume (volée à un pigeon trop téméraire). En tout cas, il n'aime pas les critiques qui ronronnent. Qu'on se le dise...

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