Archives pour la catégorie BD
- La bouille, de Troubs -
Il y a quelques temps, Troubs s’est armé de ses pinceaux et s’est trimballé à travers tout le Périgord accroché aux basques d’Alain, un des derniers « bouilleurs de cru » encore en activité à la fin des années 90.
Le bouilleur, c’est ce gars qui traine son alambic de ferme en ferme pour proposer aux paysans de transformer les fruits invendus de leurs vergers et leurs vieux vins imbuvables en une eau de vie qui leur ressemble, unique et forte en caractère.
Le résultat n’est pas une BD à proprement parler, mais plutôt un carnet de bord où se côtoient rapides croquis emplis de spontanéité et dessins détaillés rendant au mieux les ambiances, réflexions et commentaires sur le travail d’Alain comme sur la propre expérience de l’auteur, petites phrases prises sur le vif et anecdotes cocasses des personnages hauts en couleurs gravitant autour de « la bouille »…
Et, à l’instar de Davodeau et son magnifique album les Ignorants (click), Troubs ne nous livre pas ici un didacticiel sur la distillation, mais bien une réelle et touchante aventure humaine.
Ce livre sera un vibrant hommage à un dur métier relevant de la véritable passion, ainsi qu’à ces hommes parfois un peu rustres, certes, mais cent pour cent authentiques, profondément sincères, toujours prompts à l’échange et au partage, amoureux et respectueux de leur terre et de leurs traditions… et un peu tristes aussi d’assister, conscients mais impuissants, à la fin d’une époque.
La bouille, de Troubs (ed. Rackham).
- En mode rétro, d’El Diablo -
Lorsque je suis allé au concert tant attendu de la reformation du Suprême NTM, je ne savais pas trop à quel public m’attendre.
Des p’tits branleurs venus foutre le dawa comme s’il s’agissait là d’un quelconque concert de MJC ?
Des pétasses venus mouiller leur string devant un Kool Shen qu’elles ne connaissent qu’à travers Un ange dans le ciel ?
Des lecteurs de Télérama venus acclamer Joey Starr, le nouvel acteur-chanteur à la mode dans le milieu bobo branchouille ?
Rien de tout ça ! Dans la salle, je tombai plutôt sur une grande majorité de bon vieux lascars à l’ancienne, genre 30-40 piges, bas de survet’ en coton / veste en cuir, Nike Cortez aux pieds, casquette Lacoste vissée sur le crâne, une binouze à la main, un bédo dans l’autre…
…des vrais fans de la première heure, venus là en pèlerinage pour assister à la résurrection de ceux qui ont jadis foutu le feu à nos walkmans !
Je vécus ce moment comme une sorte de voyage dans le temps qui m’emplit d’une joie teintée de douce nostalgie…
Hé bien, vous voyez cette sensation, c’est à peu près ce que j’ai ressenti en lisant En mode Rétro.
En reprenant aujourd’hui les planches qu’il publia au cours des années ’90 dans divers fanzines et magazines, El Diablo nous offre une superbe chronique de ces années pas si lointaines et pourtant bel et bien révolues.
Car même si le but premier de ce recueil, c’est de se marrer un bon coup en suivant le jeune El Diablo dans ses plans galères au cœur d’une cité bien craignos, ses squats entre potes imbibés de 8°6 et de beuh, ou ses missions dans Panam pour bomber un mur sans se faire pécho par les kisdés ; on appréciera également son regard affuté sur cette époque.
Que ce soit via les sapes de ses personnages (les marques qu’ils arborent comme la façon de les porter), les mots qui sortent de leur bouche (leur vocabulaire comme leurs tics de langage), ou encore l’environnement dans lequel ils évoluent (le monde qui les entoure comme celui qu’ils matent à la télé), chaque détail nous fera réaliser à quel point les temps ont changé.
Et si, en effet, le but premier de ce recueil est de se marrer un bon coup, certains parallèles avec notre époque actuelle nous feront presque regretter la façon dont a évolué notre société ; comme par exemple nos Benjamin Castaldi et autres débiles officiant sur la TNT qui feraient presque passer pour exemplaires ses Dechavanne et TF1 d’alors, ou nos Hortefeux et Marine de 2012 qui reprennent si bien le flambeau (la flamme ?) de ses Pasqua et Jean-Marie de 1995 !
Devant ce triste constat, je ne peux que souhaiter qu’El Diablo ressortent ses crayons bien aiguisés pour refaire joyeusement le portrait de nos années 2000 !
En mode rétro, d’El Diablo (ed. Même Pas Mal).
- Fables scientifiques, de Darryl Cunningham -
Au moment où le docteur va inoculer le ROR à votre gamin, une légère appréhension vous serre le ventre alors que repensez à cette rumeur qui prétend ce vaccin responsable de plusieurs cas d’autisme.
A la télé, vous revoyez pour la centième fois cette fameuse image où Neil Armstrong pose le pied sur la lune, et vous ne pouvez vous empêcher de sourire en vous demandant si cette séquence n’a pas réellement été tournée dans un studio hollywoodien et non à quelques centaines de milliers de kilomètres de notre planète bleue.
Et si « les antibiotiques c’est pas automatique », un traitement homéopathique peut-il, lui, vraiment nous guérir de toute sorte de maladie, du rhume des foins au cancer du côlon ?!
Darryl Cunningham, avec ces « fables scientifiques », s’amuse à démonter toutes ces croyances populaires et légendes urbaines, et par la même, explique à qui profite le crime : des lobbies de la cigarette s’évertuant à démontrer l’absence de lien entre tabac et cancer du poumon, aux grandes entreprises pharmaceutiques désireuses d’envahir le marché avec leurs propres produits au mieux peu efficaces, au pire carrément dangereux !
En vrai amoureux de l’exercice, l’auteur donne du corps à ses démonstrations en s’appuyant sur de réelles études poussées et fouillées, validées scientifiquement, et présentera même en fin d’ouvrage les nombreuses références bibliographiques sur lesquelles sont basées ses recherches.
Le résultat est parfois drôle lorsqu’il se moque plus ou moins gentiment de ces charlatans, d’autres fois effrayant lorsqu’il nous prouve à quel point leurs supercheries peuvent s’avérer néfastes, et chaque fois hyper-intéressant tant on en apprend sur les vessies que l’on tente allégrement de nous faire prendre pour des lanternes !
Un ouvrage étonnant, intelligent, construit sur des bases extrêmement solides et donnant tout son sens au terme de bédé-documentaire.
Fables scientifiques, de Darryl Cunningham (ed. Cà et Là).
- l’Animal a 20 ans, un collectif par 6 Pieds Sous Terre -
Les éditions 6 Pieds Sous Terre ont 20 ans.
20 ans, c’est pas rien quand même !
Je me souviens du premier album de chez 6 Pieds que j’ai lu : Plageman, de Guillaume Bouzard.
Ce devait être à la fin des années ’90, une époque où – ayant délaissé depuis longtemps les p’tits miquets de mon enfance – je redécouvrais la BD grâce à des héroïnes à gros nichons et des balèzes en costumes moulants.
Alors forcément, un album titré Plageman ne pouvait qu’attiser ma curiosité… et ma soif de super-héros.
Quelle ne fut pas ma surprise quand je le reçu et découvris un bouquin totalement en noir et blanc, où s’agitait un p’tit bonhomme tout maigrelet menant une croisade contre les beaufs de son camping, masqué d’un ballon de beach-volley et drapé dans une serviette de bain en guise de cape !
Et pourtant, intrigué par un tel postulat de base, je me suis plongé dans cet univers où l’on n’avait pas peur de déformer les proportions pour un meilleur effet comique, et où les personnages arboraient des bras mous et dépourvus de coude, certes, mais étaient – avouons-le – animés d’un putain de dynamisme !
Conquis par cette expérience nouvelle, aujourd’hui encore je remercie haut et fort 6 Pieds Sous Terre pour m’avoir permis de découvrir celui qui figurera dès lors dans mon top absolu des auteurs les plus drôles de tous les temps, mais aussi de m’avoir ouvert les yeux sur cette bande dessinée que l’on qualifiait alors d’alternative – couillue et forte en caractère -, n’ayant pas peur de s’exposer à des situations plus que risquées d’un point de vue commercial lorsqu’il s’agissait de soutenir une BD de qualité et nettement plus originale que la plupart des produits formatés issus de la surproduction qui débutait alors !
Voilà, les éditions 6 Pieds Sous Terre ont 20 ans, et je me souviens…
…je me souviens, comme ces nombreuses personnes ayant participé à ce recueil qu’est l’Animal a 20 ans, et qui nous relatent en quelques pages de BD, en un court récit, ou en un simple dessin, leur rapport à cette maison qui leur est chère.
On y retrouve des auteurs, bien sûr, mais aussi des bénévoles ayant filé un coup de main sur les festivals, des banquiers ayant pris le risque de croire en ces fous d’éditeurs, des libraires ayant toujours eu à cœur de mettre en avant leurs étonnantes productions… et puis bien-sûr, les fondateurs, ayant tout donné pour rendre possible cette incroyable aventure, et ceux qui encore aujourd’hui se battent corps et âme pour tenir la barre et garder le cap.
Et que l’on parle de ce qui a toujours roulé ou de ce qui a coincé, des victoires comme des embûches, ce sera toujours avec une douce nostalgie teintée de passion, d’amour, et aussi d’une grande fierté…
…fierté d’avoir œuvré pour cette structure s’étant souvent tenue à l’écart des projecteurs et des médias pour mieux se concentrer sur son véritable et seul objectif : servir le neuvième art.
C’est donc avec une joie sans égale que je me joins aujourd’hui à cette joyeuse bande afin souhaiter un heureux et bel anniversaire à cet étrange mais fascinant animal qu’est l’ornithorynque !
L’animal a 20 ans, un collectif par et pour 6 Pieds Sous Terre.
PS : Plus d’infos sur le bouquin et sur les animations entourant l’évènement, ici !
- Ma life, d’Eric Salch -
N’ayons pas peur des mots : Salch est un sale con !
Bon, p’têtre pas forcément un sale con, mais au mieux, un gros branleur.
Pourtant, vu sa situation – genre trentenaire, avec une femme et des gosses, et tout – on aurait pu l’imaginer posé bien tranquilou dans une p’tite vie bien-rangée-bien-comme-il-faut…
…mais non, rien à foutre du schéma « jeune cadre dynamique en costard qui claque », môssieur, lui, il préfère le sweat à capuche : tenue idéale pour trainasser devant la playstation avec ses potes, une bière dans une main, le bédo dans l’autre !
Et même si il fait un vrai métier avec des vrais horaires de bureau et des vrais collègues, son truc, à Salch, c’est la bédé…
…pas en lire, hein ? Pasque bon, les p’tits auteurs français à la mode qui s’la jouent sensibles, faut bien l’dire : ça lui pète les yeu-cou’, à Salch !
Non, non, son truc, à lui, c’est faire de la bédé.
De la bonne bédé bien vénère, avec un style à la Reiser, où le trait peut parfois paraître à l’arrache et dégueulasse, mais qu’en fait, ce qui est vraiment dégueulasse, c’est surtout le propos tenu !
Ah ça, il y va pas avec le dos de la cuillère, le père Salch !
Du haut de ses 36 piges, il a rien perdu de son côté sale gosse. Moqueur et provocateur, parfois suffisant et arrogant, volontiers grossier et vulgaire, adepte du pipi-caca de maternellecomme de l’humour le plus trash, le lascar ne respecte rien.
Qu’il s’agisse des douces traditions comme Noël, des belles notions comme l’écologie, des nobles valeurs comme les Droits de la Femme, ou même des tous petits chatons kawai, rien ne sera épargné…
…pas même la chatte de ta mère qu’il te poussera à imaginer avec une grosse carotte plantée dedans, ni ses propres gamins qu’il n’hésitera pas à traiter d’enculés !
N’ayons pas peur des mots : Salch est un sale con…
…mais il faut bien l’avouer : les sales cons, putain c’que c’est drôle !
Ma life, d’Eric Salch (ed. Indeez).
- Cent mille journées de prières, de Loo Hui Pang & Michaël Sterckeman -
Dans le premier tome de Cent mille journées de prières, nous découvrions Louis, un petit garçon eurasien vivant dans la France des années 80.
Louis n’avait pas de père.
Il n’en avait jamais eu, et ne savait rien de lui.
Et quand il essayait d’en parler à sa mère, celle-ci fuyait systématiquement le dialogue et disparaissait, en larmes, tiraillée entre colère et tristesse.
Alors Louis, souffrant d’une mère absente et d’un tempérament solitaire, s’enfermait dans son propre monde et tentait de s’imaginer un père à partir des rares éléments à sa disposition.
L’apparition d’un ancien ami de la famille en cours d’album amènera de nouvelles informations au garçon, mais sera-t-il en mesure de les accepter lorsque tout portera à croire que son père est considéré comme un criminel en son pays ?
La réalité étant toujours plus compliquée qu’elle n’y parait, le second volume de ce diptyque aura pour but d’éclairer les nombreuses zones d’ombres entrevues dans le premier opus.
Ainsi, Louis apprendra que ses parents se sont rencontrés au Cambodge à l’époque où ce pays était encore un royaume. Il découvrira avec stupeur les horreurs que perpétrèrent par la suite les Khmers Rouges en s’emparant du pays, et comment sa mère fut contrainte de fuir pour sauver sa propre vie et celle de l’enfant qu’elle portait : lui-même.
Enfin, il comprendra avec fierté que si son père fut considéré comme un criminel par ces monstres au pouvoir, c’est justement car il s’opposait à leur système et s’évertuait à se battre pour ses valeurs, son prochain, et son pays.
En insufflant des éléments de sa propre vie dans ce récit teinté d’onirisme, Loo Hui Pang livre avec justesse et sincérité un témoignage touchant et émouvant sur les traitements innommables que subirent les cambodgiens sous le joug des Khmers Rouges, mais aussi sur les difficultés que rencontrèrent ceux qui réussirent à s’exiler dans d’autres pays.
Loo Hui Pang insistera aussi sur le devoir de mémoire, l’importance de ne pas oublier ses horreurs et de transmettre ces souvenirs – aussi douloureux soient-ils – aux générations futures afin que jamais de tels actes ne puissent se reproduire.
Et même si le sujet central de ce récit est des plus graves, jamais nous ne sombrerons dans le glauque ou le choquant grâce à un choix graphique judicieux ; les dessins simples, ronds, et doux rendant au mieux l’impression d’une histoire vue à travers les yeux d’enfants de Louis.
En rapportant et transmettant cette sombre période de l’Histoire du Cambodge avec tant de finesse et de poésie, les auteurs parviennent à la perfection à mêler l’utile à l’agréable.
Cent mille journées de prières (2 tomes), de Loo Hui Pang & Michaël Sterckeman (ed. Futuropolis).
- Samedi répit, d’Andrea Bruno -
Un jeune homme joue au base-ball avec un étrange arlequin dans un sombre marais.
Drôle d’endroit pour un terrain de jeu.
Drôle de partenaire, aussi… un arlequin.
Drôle de jeu, aussi, quand la balle est remplacée par un projectile comme une pierre ou même un petit animal.
Ceci dit, on tue le temps comme on peut dans cette ville autrefois prospère qui n’est plus que l’ombre d’elle-même.
Une ville fantôme, complètement désertée depuis la fermeture de son usine.
Une ancienne cité ouvrière devenue aujourd’hui un trou à voleurs.
Une ville fantôme où jadis on vivait, on travaillait, et on jouait ; une ville fantôme où maintenant on meure, on vole, et on tue.
Et derrière ce sombre marais, qu’y a-t-il ?
L’espoir ?
La vie ?
…la mort ?
Nous ne le saurons pas.
Ce court récit ne cherche pas de réponses ni ne mérite d’explications ; il expose des faits, c’est tout… bruts, durs, violents.
Les mots seront peu nombreux, distillés au compte-gouttes : les images parleront d’elles-mêmes.
De grandes images, d’un noir et blanc implacable et radical ; comme si l’encre d’un noir profond avait été jetée avec rage sur le papier d’un blanc immaculé.
Une éclaboussure, une giclure, une explosion.
Ce court récit ne cherche pas de réponses ni ne mérite d’explications ; il propose des images, c’est tout… brutes, dures, violentes.
Ce court récit ne cherche pas de réponses ni ne mérite d’explications ; il impose une ambiance, c’est tout… brute, dure, violente.
Samedi répit, d’Andrea Bruno (ed. Rackham).
- Orcs, de Stan Nicholls & Joe Flood -
Même s’ils appartiennent à l’imaginaire populaire depuis des siècles, les Orcs sont devenus célèbres grâce à JRR Tolkien… manque de pot, dans Le seigneur des Anneaux, on ne leur a pas vraiment attribué le beau rôle.
Décidé à tordre les idées reçues et à rééquilibrer quelque peu la balance, Stan Nichols écrira plusieurs roman du point de vue des orcs, les plaçant en héros, et démontrant que même s’ils restent des êtres très aptes (et prompts) au combat, ils n’en sont pas moins les monstres dénués de sentiments qu’on a tendance à imaginer.
Au long de ses romans, Stan Nichols a créé un vaste monde, peuplé de toutes les créatures que l’on peut s’attendre à croiser dans ce genre de littératures, de l’ogre au gobelin en passant par le nain guerrier. Et cette grande variété d’espèces, malgré des caractères forts et parfois très différents, cohabite au sein du même monde dans une paix quasi-parfaite.
Quasi-parfaite jusqu’à l’arrivée de l’Homme.
Toujours avides de nouvelles terres à coloniser, les humains débarqueront dans ce monde de magie avec leurs gros sabots, chamboulant son équilibre du tout au tout plutôt que de s’y adapter.
Et forcément, même si l’on parle ici d’héroic fantasy, on ne pourra que se remémorer certains épisodes peu glorieux (et parfois pas si lointains), de notre propre Histoire en voyant ces colons imposer leur mode de vie et leurs croyances, ne respectant ni les terres qu’ils conquièrent, ni les peuples natifs se trouvant ici bien avant eux.
Cet univers vous intéresse mais vous ne vous sentez pas d’attaque pour dévorer les six tomes de ce roman ?
Qu’à cela ne tienne, les éditions Gallimard publient aujourd’hui une aventure inédite de cette fameuse bande d’orcs que Stan Nichols a écrite spécialement pour une version en bande dessinée, remarquablement exécutée par Joe Flood et précédée d’une longue introduction reprenant les faits et moments essentiels ayant donné naissance à ce monde riche et complexe.
Une belle occasion de se plonger dans un album de fantasy relativement différent de ce qu’on nous propose habituellement dans ce genre-là.
Orcs, par Stan Nichols & Joe Flood (ed. Gallimard).
- Martha Jane Cannary, de Matthieu Blanchin & Christian Perrissin -
Née au milieu du XIXème siècle, dans une Amérique obnubilée par la conquête de l’Ouest, Martha Jane Cannary n’aura vraiment pas connue une vie de tout repos.
Ainée d’une fratrie de 6 enfants et ayant perdu prématurément sa mère, puis son père, Martha Jane se retrouve dès sa jeune adolescence à gérer ses frères et sœur.
Afin d’échapper aux avances un peu trop insistantes d’un voisin un peu trop avenant, Martha Jane prend la dure décision d’abandonner sa famille pour traverser les Rocky Mountains en direction de Fort Laramie.
Un voyage qui ne sera pas de tout repos pour cette frêle jeune fille qui devra affronter le froid, la fin, la peur, les loups… et même les hommes !
Un voyage qui ne sera pas de tout repos mais qui forgera à cette frêle jeune fille un caractère en acier trempé.
Confrontée à ce monde cruel et sans pitié, elle apprendra à surmonter les épreuves les plus dures, n’hésitera pas à se faire passer pour un homme afin de les affronter sur un pied d’égalité, parviendra à se faire embaucher au célèbre Poney Express, partagera la vie du non moins célèbre Buffalo Bill, et participera même à son fameux spectacle : le Wild West Show…
…ainsi naitra la légende de Calamity Jane, qui résonnera pendant de longues années à travers tout le Far West !
Réussissant à se détacher de l’image qu’ancra le grand Morris dans l’esprit de tout bédéphile, Blanchin et Périssin – s’appuyant sur de nombreux documents historiques – dressent au long de ce triptyque un fabuleux portrait de femme, brut et dénué de tout manichéisme, montrant la force sans pareil mais aussi les faiblesses de cette femme qui su s’imposer comme l’une des figures majeures de la conquête de l’Ouest.
Ces albums seront aussi l’occasion de peindre un tableau de toute une époque, celle de cette Amérique encore toute jeune, qui, loin d’être la grande nation que l’on connaitra par la suite, n’était encore qu’un regroupement de « territoires » très indépendants les uns des autres, peuplés uniquement d’indiens, de cow-boys, et de militaires…
On pourra y constater la dureté de la vie d’alors, qu’elle soit due aux conditions difficiles dans lesquelles évoluaient ces pionniers, aussi bien qu’à leurs mœurs rustres et sans pitié.
Une grande fresque qui saura trouver à la fois un souffle épique et un regard intime sous les pinceaux de Blanchin ; aussi à l’aise sur le croquis d’un paysage ou d’un convoi – comme esquissé sur le vif par un membre de la caravane -, que sur un dessin clair et précis illustrant avec moult détails une scène de vie : l’émotion sur le visage d’un personnage, les habits qu’il porte, le lieu où il vit…
Et qu’il s’agisse d’un croquis en trois traits ou d’un dessin plus fouillé, nous y retrouverons chaque fois ce dynamisme, cette énergie, et cette vivacité ; toujours soulignés et sublimés par ce travail au lavis apportant tant de corps et de profondeur à l’ensemble.
Une réalisation sans faille et un équilibre parfait entre biographie, documentaire, romance, et western (plus proche d’Impitoyable que de Sergio Leone, tout de même), pour nous raconter la véritable et captivante histoire de celle que l’on nommait Calamity Jane !
Martha Jane Cannary (3 tomes), de Matthieu Blanchin & Christian Perrissin (ed. Futuropolis).































































