- Le sourire de Mao, de Cornette & Constant -

Au début, il y a la douceur, la fraicheur, et l’innocence (la naïveté ?) de cette jolie adolescente Vietnamienne adoptée par une bonne famille catholique wallonne et faisant la fierté de ses parents en intégrant un groupe de scouts très bien vu du gouvernement.

Après, il y a ce gouvernement, justement, représenté par le « capitaine » Delcominette, président de la jeune République Démocratique de Wallonie tout récemment née de la sécession de la Belgique.
Un postulat de base surprenant, sympathique et rigolo, à l’image du bonhomme : un gentil et paternaliste – bien qu’un brin ridicule – chef d’état qui voudrait faire une grande patrie de sa petite nation.

Ensuite, viennent la méfiance et la suspicion via Antoine – un jeune homme de milieu modeste victime de la crise économique frappant leur pays – mettant sérieusement en doute les bons sentiments et les belles valeurs véhiculées par Delcominette, en qui il entrevoit un escroc machiavélique et profiteur, parfait expert en matière de propagande et de manipulation.

Finalement, vient la violence, quand un chômeur cède à la provocation d’un scout arrogant et lui colle une balle dans le buffet. Elle sera suivie par le mensonge, la corruption, la délation, et bien d’autres méthodes peu reluisantes, proches d’un certain modèle de national-socialisme et de ses idées pour le moins extrêmes.

 

Car c’est bien de cela dont il s’agit : sous son aspect aux douces couleurs et au style rappelant les canons de la joyeuse BD franco-belge, son sympathique humour belge, et son intrigue rigolote s’inspirant de la situation politique belge, Le sourire de Mao se révèle bien vite comme un récit beaucoup moins léger et bien plus universel qu’on ne pourrait le croire !

Une politique-fiction faussement candide et terriblement d’actualité, qui dérange et dénonce les dérives que l’on observe actuellement au sein de ces nombreux gouvernements se situant de plus en plus « à droite »…
…à l’autre bout du monde comme au pas de notre porte !

Le sourire de Mao, de Cornette & Constant (ed. Futuropolis).

- Q, de Mrzyk & Moriceau -

Il est un monde étrange où certaines parties du corps – et même quelques objets – sont affublés de jambes et de bras, et vivent leur propre vie comme si de rien…

Ainsi, il ne sera pas étonnant d’y croiser une paire de couilles ou un marteau déambulant tranquillement en ville, ni d’y observer de jolis couples affichant fièrement leur amour comme cette moule et cette frite, ce doigt et ce nez, cette vis et ce boulon…

Parmi ces joyeux drilles, deux pauvres hères continuent pourtant de se morfondre sur leur destin, et plus particulièrement sur leur solitude : d’un côté, cette main qui se tourne les pouces, et de l’autre, cette bite qui n’en branle pas une.

« Une bite et une main ? » me direz-vous, « mais ils sont faits l’un pour l’autre ! »

En effet… malheureusement, elle, promène ses jolis doigts manucurés dans les quartiers chics de la capitale, tandis que lui, zone mollement dans les bas quartiers de banlieue.
Pourtant, un jour, lors d’une expo’ d’art contemporain, leurs chemins finiront par se croiser, et en un regard à peine, un désir palpable naitra entre les deux âmes solitaires : la main deviendra toute moite, alors que la verge n’en finira plus d’ériger…

Mais le trouble sera plus fort que la passion, et après un simple, timide, et unique « bonjour », les mots manqueront cruellement à nos cœurs en détresse.

Chacun rentrera donc chez lui, bredouille mais brulant d’une furieuse envie charnelle, se laissant finalement aller à l’onanisme en rêvant aux milles délices qui auraient pu naître de leur union…

 

Un opus assez particulier dans la collection BD-Cul, donc, moins excitant que la Comtesse d’Aude Picault, moins drôle que la Bibite à Bouzard, moins trash que les Melons de Vivès, et pourtant pile à sa place au (gros) sein de cette série : original – à la limite du conceptuel tout en étant extrêmement facile à aborder –, pertinent graphiquement – tant sur son style retro-kitschouille en noir et blanc que sur les aquarelles issues des fantasmes d’une bite dans une main –, et s’offrant même de coquètes touches de poésie et de mélancolie de-ci de-là !

Un livre que j’applaudirais volontiers si l’une de mes deux mains, bouleversée par cette lecture, n’était partie offrir une chaude et réconfortante compagnie à ma bite !

Q, de Mrzyk & Moriceau (ed. Les Requins Marteaux).

- Funérailles, de Florent Maudoux -

Si l’excellente série Feaks’Squeele (click) suit l’évolution d’un trio de bras-cassés au sein d’une école de super-héros, un autre personnage – sombre, inquiétant, et mystérieux – sort petit à petit de l’ombre et s’avère bien plus important et puissant qu’on n’aurait pu le croire : Funérailles.

Guerrier sans égal, mi ange gardien, mi ange de la mort, ce personnage vêtu de noir et au visage gravement scarifié, Florent Maudoux le qualifie comme son Dark Vador à lui…
…un personnage au charme fou et au potentiel immense qu’il eut été dommage de ne pas exploiter au maximum.

Pour cela, Maudoux avait bien imaginé une sorte d’interlude dans sa série où il s’offrirait l’occasion de revenir sur la jeunesse de ce personnage, mais Funérailles est un être si complexe et profond que c’est finalement toute une série parallèle qui sera dédiée à ses origines !

Dans Fortunate Sons, premier tome de ce spin-off, l’auteur nous emmène dans une immense cité où se mêlent grandeur et décadence, sorte de mélange entre la prestigieuse Rome et la corrompue Gotham City.

C’est en ces lieux que nous assisterons à la naissance de Scipio et de son frère jumeau Funérailles (Prétorius, de son vrai prénom).
Et si tout sourit au premier, fils parfait et tant désiré qui bénéficiera de toutes les attentions et de la plus fine des éducations, il n’en sera pas de même pour Prétorius.
Les prophéties voyant la fin du monde en sa naissance, le bébé sera arraché à sa famille et jeté aux cochons. C’est à demi dévoré – dévisagé et amputé d’un bras – qu’il sera sauvé par le chirurgien l’ayant mis au monde, et élevé au sein d’une véritable Cour des Miracles, peuplée de miséreux considérés comme des moins que rien et des véritables monstres par la société dorée.

 

Pourtant, le destin étant parfois joueur, les deux frères finiront par se rencontrer, s’apprécier, et ne former plus qu’un pour chambouler les plans longuement établis par ceux détenant jalousement tous les pouvoirs en la cité de Rem.

Ce premier tome, servi par le dessin toujours aussi majestueux et le sens du rythme hallucinant de Maudoux, nous promet une nouvelle longue série aussi captivante et magistrale que sombre et violente, sorte de pendant dark du shinny Freaks’Squeele, drôle et déjanté.

Si Rouge - l’autre spin-off récemment paru de la série mère – se teintait d’un léger rose, Funérailles, lui, joue clairement la carte du noir profond… pour notre plus grand plaisir !
Alors ne résistez pas, et laissez-vous tenter par le côté obscur du Squeele.

Funérailles, tome 1, de Florent Maudoux (ed. Ankama).

* Bonus : Extrait de l’interview de Florent Maudoux, réalisée en octobre 2012 lors du dernier Quai des Bulles, où il nous exposait sa vision très personnelle de Funérailles :

Florent : En ce moment, je travaille sur Funérailles, et Freaks, je l’ai mis un peu en pause, comme ça, ça me permet de revenir dessus un peu plus frais après…
Avec Funérailles, je change d’univers : c’est beaucoup plus sombre. Au début, je prévoyais de faire un aparté sur sa jeunesse dans Freaks, mais ça c’est pas très bien goupillé parce que Freaks c’est un univers qui est bien trop shinny par rapport à tout ce que je voulais raconter.
Là, on revient complètement sur les origines de Funérailles, on voit comment lui et Scipio sont arrivés là où ils sont dans Freaks.
En fait, ça parle des mêmes thèmes, mais dans un contexte complètement différent et ancien, tu vois ? Le titre de la série, ce sera Fortunate Sons, et c’est pas un hasard : c’est une chanson sur la guerre du Vietnam, et je voulais ce coté un peu survivor. Dans Freaks, on voit comment les jeunes peuvent faire pour se démarquer dans un monde qui est à la fois en paix et un peu décadent, en crise, alors que dans Funérailles, c’est dans le monde d’avant, qui était en guerre, un monde à la fois hostile et qui va se finir…

PaKa : Ce sera un One Shot ?

Florent : Oh non, une série ! Une grosse série, même. J’ai trop d’éléments dans Funérailles
Au début, je voulais faire genre une trilogie, et puis au fur et à mesure, j’ai réalisé qu’il me faudrait beaucoup plus. En fait, ça parle la gémellité, et c’est un sujet qui est vraiment énorme, parce que finalement, qu’est-ce qui démarque un vrai jumeau d’un autre ? Des fois, c’est un élément de la vie, c’est un hasard… Dans Funérailles, ça parle de ça, et finalement, je me suis amusé sur tout ce qu’on peut trouver d’appareillé dans le monde dans lequel on vit : l’ADN et sa double-hélice, les deux serpents du caducée…. Et puis rien que le lieu où ça se passe : Rem, c’est une cité qui est le pendant de Rome, construite par des jumeaux ! Et puis c’est aussi un petit jeu de mot avec REM, Rapid Eye Movement, qui symbolise le rêve…

- Alimentation Générale #4 / Gimme More Indie Rock, de Half Bob -

Il n’y a pas si longtemps, je vous parlais de Vide-Cocagne, toute jeune maison d’éditions au talent inversement proportionnel à son âge.
Depuis, si la petite entreprise a bien grandi, le talent est toujours au rendez-vous, et les premiers albums ayant ravi nos cœurs (et nos yeux) s’offrent de jolies suites.

Au programme, voici donc Gimme more indie rock, suite de Just gimme indie Rock (click), et le quatrième volume d’Alimentation Générale, la revue dirigée par l’immense Terreur Graphique (re-click).

 

Dans la même veine que le premier tome, Gimme more indie rock compile notes de blogs et pages inédites dans lesquelles Half Bob nous expose son rapport à la musique via ses chroniques dessinées remplie d’humour… et, avouons-le, un peu de mauvaise foi aussi !

Quel bonheur de le voir défendre corps et âme – en allant jusqu’à piocher dans la métaphore footballistique – un disque raté d’un artiste qu’il adore, nous lâcher son Top 5 après avoir démonté cette pratique aussi insupportable qu’inévitable quand vient la fin d’année, ou encore se faire torturer par un ersatz disco’ de Rastapopoulos pour avouer le plaisir coupable qu’il éprouve systématiquement à l’écoute des Smashing Pumpkins… et ce, même sur leurs albums les plus décriés !

Alors, même si vous n’êtes toujours pas un adepte du « mélange de folk lumineux, de blues crade, de country et de punk » dont il chante les louanges, penchez-vous sur cette nouvelle BO rythmant les tranches de vie de l’ami Half Bob : si vos oreilles peuvent éventuellement rester sceptiques, vos zygomatiques, eux, seront conquis à coup sûr !

 

Du côté de l’Alimentation Générale, c’est un peu comme à l’arabe du coin : on trouve toujours tout ce qu’il nous faut ! Un p’tit magasin(e) à la vitrine remplie de tout plein de bonnes choses en tout genre.
Bon, OK : des fois, c’est pas très fin, voire même un peu gras, mais c’est toujours très bon et fort en goût, dégageant mille parfums et saveurs aux origines aussi riches que diverses !

Du côté des classiques, on retrouve FabCaro et Fabrice Erre (mes chouchous du grand n’importe-quoi), le génial duo d’Ottoprod (mais en chacun en solo), les « immondément » drôles Contes du bidonville d’Olivier Texier, ou encore le « fauvisé » Gilles Rochier ; pour les « petits nouveaux », on parlera plutôt de « grands nouveaux» avec les immenses Marion Montaigne et Aurélien Ducoudray (ici associé à Thierry Bédouet pour des souvenirs emplis de douce nostalgie) ; et bien sûr, toujours les histoires à suivre avec le Rodrigue Premier de Bouziba & Munoz, ou la fable aussi étrange qu’envoutante de Delphine Vaute…

Deux nouvelles pièces de choix, donc, dans un catalogue qui ne cesse de nous proposer toujours plus de pépites bédégraphiques !

* Gimme more indie rock, de Half Bob (ed. Vide-Cocagne).
* Alimentation Générale #4, collectif dirigé par Terreur Graphique (ed. Vide-Cocagne).

PS : Et pour recevoir chaque mois dans votre boite aux lettres un échantillon de ce que la bédé indé’ française fait de mieux, n’oubliez pas l’abonnement à la collection Sous le Manteau, fanzines de qualité proposés pour la modique somme de 3€ seulement !

- Heavy Metal, de Loïc Sécheresse -

« Montjoie ! Saint-Denis !

Qu’il est loin ce temps béni où je pillais villages et violais donzelles à tour de bras avec mes hommes !
Me voici aujourd’hui en train de libérer le Royaume de France de ces porcs d’anglais sous les ordres d’une fillette haute comme trois pommes et qui ne jure que par son bon-Dieu-tout-puissant.

Les psaumes ont remplacé nos cris de guerre, les messes ont remplacé nos beuveries, les curés ont remplacé nos putains… et les actes insensés que lui dictent les voix impénétrables du Seigneur ont remplacé nos plans de bataille !

Et pourtant, je dois bien avouer que cette pucelle me fait grand effet : fini les actes de barbarie et les jurons, fi des bordels et des chaudes-pisses, je me plie alors aux valeurs de la douce illuminée, chevauche à ses côtés sous la bannière du Saint-Père, et pause même genou à terre quand l’heure lui semble propice à la prière…

Mais ne vous méprenez pas : malgré ses manières de cul-béni et sa petite taille, la donzelle ne démérite pas sur un champ de bataille, et c’est avec autant de plaisir que de hargne que je me joins à elle pour trucider du Godon !

Yault ! »

Raaaaaaaaaaah, quel bonheur de lire une histoire de chevalerie où l’on ne minaude pas, où les chevaliers ne sont pas des bellâtres aux bonnes manières et au sourire ultra-brite, mais de vrais gaillards, un brin rustauds et crados, certes, mais tellement plus proches de ce qu’il devait réellement en retourner en cette époque de barbares !

Et pour leur rendre si justement hommage, on ne saurait rêver mieux que le trait vif, libre, fougueux, et nerveux de Loïc Sécheresse qui illustre à merveille la violence et la folie relatives à ces temps obscurs !
Un traitement moderne et rock’n’roll davantage appuyé encore par ces dialogues explosifs et crus, et ces couleurs flashouilles, à la limite du fluo, qui picotent les yeux et vous décalquent les rétines autant qu’un bon coup de masse d’arme en pleine tronche !

 

Ah, si c’était ainsi que les profs au collège nous enseignaient la Guerre de Cent Ans, Jeanne-la-Pucelle, Jean d’Alençon, ou la prise d’Orléans, peut-être les cours d’Histoire nous paraitraient-ils alors moins rébarbatifs !

Heavy Metal, de Loïc Sécheresse (ed. Gallimard – Bayou).

- Notre seul ami commun (Tome 3), de Boris Mirroir -

* Pour ceux ayant manqué le début : chroniques des deux premiers tomes, ici et .

Tout va de mal en pis pour le pauvre Boris : enchainant coups durs sur choix malheureux, sa vie se résume finalement en une longue et douloureuse descente aux enfers.
Le seul moyen de le préserver serait-il finalement cet internement en hôpital psychiatrique ?
Mais Boris n’est pas fou : Boris souffre, tout simplement. Et ce n’est pas ce psy’ aussi insipide qu’inutile qui pourra y changer grand-chose.

Alors quoi ?
Essayer – à l’image de ce cochon et de ses joyeuses incursions – de prendre systématiquement les choses du bon côté ? La solution serait-elle de nager dans le bonheur de ce verre à moitié plein plutôt que de se noyer dans les eaux troubles de ce verre à moitié vide ?

Once d’optimisme, lueur d’espoir : Boris tente le coup !
Il reprend ses études, décroche même son diplôme, retourne vers ses amis, retrouve un semblant de vie sociale, succombe de nouveau au sourire d’une jolie fille…
…et après ?

« Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes électroniques.
Choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle. Choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survêt’ et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissus de merde. Choisir de bricoler le dimanche matin en s’interrogeant sur le sens de la vie, choisir de s’affaler sur ce putain de canapé et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de MacDo. Choisir de pourrir à l’hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu’on fait honte aux enfants niqués de la tête qu’on a pondus pour qu’ils prennent le relais… »

Pas bien reluisant, ce programme, et pourtant, d’autant s’en satisferont…
…notre jovial cochon y verrait même le paradis.
Cependant, même cette version discount du paradis reste sans compter sur les mauvaises surprises que nous réserve cette pute de destin.

La vie est une plage, comme qui dirait.

Life is a bitch… voilà la morale de cette histoire.
Pas vraiment gai, j’en conviens, et pourtant, si c’était ça notre seul ami commun : ce dark passenger qui rode dans l’ombre et nous nous colle systématiquement aux basques.
C’est bien notre côté sombre que Boris Mirroir dissèque, triture, et explore au long des 3 opus de cette trilogie parfaitement maitrisée d’un bout à l’autre – tant d’un point de vue visuel que narratif – jusqu’à ce final implacable qui risque fort de vous prendre aux tripes et vous embuer les yeux.

Notre seul ami commun, Tome 3/3, de Boris Mirroir (Ed. CFSL.INK).
PS : Le texte en italique est extrait de Trainspotting (Danny Boyle, 1996).

- Canis Majoris, de Loïc Locatelli Kournwsky -

Dimitri et ses cousins, bercés par l’insouciance propre à leur jeune âge, profitent pleinement de leur hiver, entre descentes de luge effrénées et squats à la cool sous un magnifique ciel étoilé…
Des moments propices à de longues discussions, où les mots vagabondent dans l’air pur et glacial, et se posent au hasard sur divers sujets… plus ou moins futiles, plus ou moins sensés.
Grand classique chez tout jeune garçon, la conversation finit forcément par aborder la question du super-pouvoir. Lequel choisirais-tu ? En ferais-tu bon usage ? Serait-ce mal d’en profiter un minimum dans son propre intérêt ?

Et nous voilà parti dans une nouvelle histoire de super-héros, avec super-vilains, action à gogo, et morale toute faite à propos des grands pouvoirs impliquant de grandes responsabilités ?
Que nenni !
A vrai dire ce que nous propose ici Loïc Locatelli Kournwsky en est même le parfait contraire.

Canis Majoris est un récit au rythme lent, tout en délicatesse, en subtilité, et en retenue ; une fable où, suite au suicide de sa tante, le jeune Dimitri se laisse à rêver de pouvoir manipuler le temps, le suspendre ou le remonter, pour interférer sur un présent parfois cruel.

Pourtant, même doté d’un tel pouvoir, serait-il capable d’influer sur le cours de l’Histoire ?
Devrait-il pour cela changer quoi que ce soit dans ses agissements passés ? S’intéresser de plus près aux problèmes de sa tante qu’il s’efforçait de ne pas voir ? Sa présence auprès d’elle aurait-elle suffit à lui éviter le pire, ou son acte désespéré était-il une fatalité du destin ?

D’un trait fin, fragile et sensible, Loïc Locatelli Kournwsky illustre le deuil de Dimitri et toutes les émotions qui le traversent – tristesse, regret, culpabilité, doute, impuissance, colère – en évitant soigneusement de tomber dans le pathos ou le larmoyant, parvenant même à insuffler une touche de poésie et d’onirisme à ce sujet pourtant des plus difficiles.

Canis Majoris, de Loïc Locatelli Kournwsky (ed. Vide Cocagne).

- Chère Louise, de Pierre Wazem -

Il y a peu, nous parlions de Mars Aller-Retour, un album un peu fou-fou aux forts accents autobiographiques dans lequel Wazem – sous couverts d’un voyage sur la planète rouge – réglait ses comptes avec ses vieux démons.

Continuons dans cette veine autobiographique avec Chère Louise, un recueil dans lequel Wazem compile les nombreux « courriers dessinés » envoyés à sa collègue et amie Louise durant près de 10 ans.

Les réponses de ladite Louise n’y figurant pas, c’est donc bien sur Wazem que nous concentrerons, et si l’objet principal de sa correspondance consiste à expliquer à Louise quelle triste erreur elle a fait en quittant les Studios Lolos – cet atelier paradisiaque où ils se sont rencontrés –, il ne sera que le point de départ de moult digressions.

En racontant à son amie la vie du studio – anecdotes et faits marquants, départs et nouveaux arrivants, petites habitudes et grands changements – Wazem nous parlera de sa vie, tout simplement.

Les anecdotes et faits marquants permettront à l’auteur de raconter toutes ces petites choses rigolotes ou agaçantes du quotidien aussi bien que ces drames ou ces joies qui bouleversent ou émerveillent un homme ; les départs et nouveaux arrivants seront l’occasion de régler ses comptes autant que de déclarer sa flamme ; les petites habitudes et grands changements mettront en avant ses marottes et ses TOCs, ses craintes et ses phobies, les risques de l’encroutement et les bienfaits du renouveau…
…et au travers de toutes ses tranches de vie, c’est finalement une grande part de lui-même qu’il nous confiera : son rapport au métier, son rapport aux collègues, son rapport à la famille, son rapport aux autres, et bien sûr, son rapport à lui-même.

Un peu comme le pendant suisse d’un Trondheim – le cynisme en moins, le côté légèrement désabusé en plus, mais un regard tout aussi affûté, drôle, et touchant – Wazem nous croque d’un trait libre et spontané ses petits riens qui forment un grand tout.

Chère Louise, de Pierre Wazem (ed. Atrabile).

- Grotesk, d’Olivier Texier -

 

Si vous vous intéressez un minimum au monde de la bédé indé’, vous connaissez sûrement le drôlissime Olivier Texier – l’un des grands maîtres de l’humour absurde – et peut-être même avez-vous déjà parcouru certaines pages issues de sa série Grotesk.

Initialement publiés dans le magazine Psykopat ou sur son blog, une poignée de ses strips affreux, sales, et méchants fut rassemblée en 2006 dans un recueil édité par Humeurs, et une nouvelle fournée nous en est proposée aujourd’hui aux éditions Même Pas Mal.

Affreux, sales, et méchants, ces strips, car en 4 petites cases dessinées d’un trait tremblant et crado’ qui fleure bon le vieux fanzine, Olivier Texier explore et s’amuse avec tout ce qu’il y a de plus immonde et abjecte dans la nature humaine : violence, racisme, misogynie, humiliation…

Mais attention, il y parle aussi d’amour…

Bon, OK, j’avoue : « amour » n’est peut-être pas le mot le plus adapté.
S’il est fréquent d’être témoin d’actes sexuels en ces pages, ceux-ci seront souvent issus de rapports tarifés ou de viols, et auront systématiquement trait à la scatologie, la zoophilie, la gérontophilie, la pédophilie, ou même « l’aliénophilie » !

 

Ne se fixant aucune limite et faisant fi de tout tabou, Olivier Texier se la joue donc jusqu’auboutiste avec un seul et unique but en tête : nous faire marrer…
…quitte à faire crisser quelques dents ou choquer les plus prudes !

Alors, oserez-vous en rire ? Moi, oui !!

Grotesk, d’Olivier Texier (ed. Même Pas Mal).

* PS : Fan d’Olivier Texier ? Alors n’hésitez plus, allez lui filer un coup de pouce à publier son prochain album aux Requins Marteaux, et en contrepartie, vous aurez droit à un putain de beau cadeau…!