- L’homme qui n’existait pas, de Cyril Bonin -

Leonid Miller vit seul.
Célibataire, il habite seul dans son appartement.
Concepteur de site internet, il travaille seul devant son ordinateur.
Indépendant, il se débrouille seul dans la vie.
Amoureux du 7ème art, il passe le plus clair de son temps seul dans les salles obscures.
Il n’a besoin de personne… et personne n’a besoin de lui.
A un tel point qu’un beau jour, il disparait.
Pas perdu en mer, kidnappé, ou mort, non : juste disparu. Il continue d’errer dans les même endroits – le même appartement, les mêmes rues, les même salles de cinéma -, mais sans que personne ne puisse le voir, le toucher, ni l’entendre… une sorte de fantôme, à part cette sensation permanente de faim qui lui rappelle qu’il est encore en vie.

 

Quand certains en profiteraient pour se permettre toutes sortes d’indiscrétions, se glissant telle une ombre dans les endroits les plus secrets et fermés, Léonid, lui, continue de hanter la cinémathèque, se nourrissant des vieux chefs d’œuvre de l’âge d’or d’Hollywood.
C’est lors d’une de ces séances qu’il se découvrira des goûts communs avec Françoise Angelli, une jeune actrice française courtisée par toute la profession. Mais malgré ses nombreux succès, Françoise se sent seule, vide, inutile… et transparente. Sous le charme de la belle, Léonid fera tout son possible pour entrer en contact avec elle malgré son inconsistance physique, et la mettre en garde afin qu’elle ne subisse le même sort que lui.

Une jolie fable pleine de poésie sur la solitude et l’isolement, doublée d’un bel hommage plein de mélancolie au cinéma des années 50, et magnifiquement mis en images sous le trait élégant et les chaudes couleurs de Cyril Bonin.

L’homme qui n’existait pas, de Cyril Bonin (ed. Futuropolis).

- Les Brigades du Temps, de Kris & Duhamel -

1492, après un long et terrible périple sur un océan déchainé, luttant contre vents et marrées, contre fatigue et famine, la Santa Maria et son équipage, explorant une nouvelle route vers les Indes, atteignent les côtes d’un monde nouveau.
Subjugué et comblé par sa découverte, Christophe Colomb s’empresse de mettre pied à terre et de courir à la rencontre des indigènes peuplant ces lointaines contrées… et meure !

Meure ?! Mais… ce n’est pas ce qui était écrit dans les livres d’Histoire !
Nom de Zeus, ne serions-nous pas là en présence d’une rupture du continuum espace-temps ? Les conséquences sur notre passé, notre présent, et notre avenir risquent d’être désastreuses !
Que se passerait-il alors si Christophe Colomb n’avait jamais découvert l’Amérique ?
Et si Napoléon avait remporté la fameuse bataille de Waterloo ?
Et si les nazis étaient sortis vainqueur de la seconde Guerre Mondiale ?

Je ne préfère même pas l’imaginer, et pourtant, il se murmure que certaines personnes présentes en ces dates charnières mettraient tout en œuvre pour fausser le cours des évènements et réécrire notre Histoire à leur manière…
Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ?
Nous ne le savons pas encore précisément, mais ce qui est certain, c’est qu’il faut à tout prix contrecarrer les plans de ces manipulateurs.

Dans un futur lointain, des êtres sages gardent un œil sur le bon déroulement de notre passé et forment une brigade d’agents surentrainés prêts à intervenir à la moindre uchronie afin de redresser la barre et de préserver notre monde tel qu’il est / était / sera.

Sur un tel principe de base, les auteurs donnent naissance à une série originale et offrant de folles possibilités, mélangeant allègrement – et habilement – les genres, oscillant entre BD historique, d’aventures, ou de pure SF.
Un mix détonnant mené de main de maître par un Kris en grande forme, nous servant ici un scénario captivant, malin, intelligent, et ô putain drôle, grâce à des situations plus que cocasses, des détournements historiques aux conséquences vraiment bien pensées, et galeries de personnages tous aussi bons les uns que les autres.
Un mix tout aussi efficace d’un point de vue graphique, Duhamel sachant passer d’un trait tantôt hyper-détaillé, fouillé, et précis pour nous offrir des décors spatiaux ou d’antan de toute beauté ; tantôt hyper-simple et spontané, capable en trois coups de crayons de tracer des visages ô combien expressifs ou des scènes d’actions au dynamisme qui décoiffe.
Ajoutez à ceci un beau travail de mise en couleurs – alternant les teintes flashy pour les passages futuristes et les teintes tirant vers l’ocre et le sépia pour les scènes d’époque -, et vous obtiendrez alors un divertissement de haute qualité, quasi-parfait…

 

…quasi ? Hé oui, rien n’étant jamais tout rose, un bémol se glissera malheureusement au milieu de tous ces superlatifs : l’album ne comptant que 48 pages, arriver si vite à la dernière case, pour nous laisser en plus sur un cliffhanger si excitant, bah, c’est vraiment pas cool !

Les Brigades du Temps, tome 1, Kris & Duhamel (ed. Dupuis).