Marriage story - affDe quoi ça parle?

D’un mariage, comme le titre l’indique… Mais aussi et surtout d’un divorce. Celui de Charlie (Adam Driver), un metteur en scène new-yorkais et Nicole (Scarlett Johansson), actrice à succès. Ces deux-là se sont assurément aimés. Ils se reconnaissent mutuellement des qualités et tolèrent les défauts de l’autre. Ils ont vécu plusieurs années ensemble, travaillé ensemble et se sont forgés un univers commun. Et surtout, ils ont conçus et élevé ensemble Henry, un petit garçon aujourd’hui âgé de cinq ans. Mais cela n’est pas suffisant pour sauver leur couple. Après une ultime tentative de thérapie de couple, Nicole décide de partir dans sa ville natale, à Los Angeles, emmenant avec elle son fils. Elle lance aussi la procédure de divorce. A partir de là, les avocats entrent en jeu, et les choses s’enveniment inéluctablement…

Pourquoi on lui passe la bague au doigt?

Parce qu’on devine très vite que ce récit est profondément sincère, que ce qui y est dépeint correspond à des situations vécues. Noah Baumbach ne s’en cache pas : il s’est fortement inspiré de sa relation avec Jenifer Jason Leigh, avec qui il a été marié cinq ans et a eu un fils, pour écrire le scénario de ce nouveau film. Forcément, il maîtrise son sujet. Il a pris le recul nécessaire pour analyser les raisons de cet échec conjugal, faire son auto-critique et comprendre les griefs de son ex-épouse, et il essaie aujourd’hui de partager cette expérience douloureuse avec son public. Son style doux-amer, alternant moments de légèreté et de gravité, fait ici merveille. Portés par des dialogues percutants, les moments de comédie sont savoureux – on pense au ballet des avocats, plus féroces les uns que les autres, ou la visite de l’assistante sociale neurasthénique. Les scènes dramatiques, elles, sont bouleversantes. L’affrontement final entre Charlie et Nicole, où les deux ex-amants se lancent les pires horreurs à la figure, libérant toute leur peine, toute leur amertume, est poignant, notamment grâce à la performance remarquable d’Adam Driver et Scarlett Johansson, très investis dans leurs rôles.
Difficile de ne pas être touchés par ce sujet universel, de ne pas ressentir l’amertume de cette histoire de mariage raté. Le seul petit bémol concerne les baisses de rythme du récit. Comme souvent, Baumbach peine à tenir la cadence de bout en bout, contrairement à, par exemple, un Woody Allen, à qui il est fréquemment comparé. Certaines scènes sont redondantes ou inutilement étirées, d’autres un peu trop verbeuses. Néanmoins, cela ne nuit pas à l’intensité globale de l’oeuvre, qui constitue assurément l’un des sommets de la filmographie du cinéaste. C’est en tout cas bien supérieur à l’anecdotique The Meyerowitz stories, son précédent film, présenté à Cannes il y a deux ans.

Angles de vue différents :

On attendait un petit film indé américain typique de Baumbach et, au final, il livre une œuvre plus poignante que prévu
(Thibault van de Werve, Cinopsis)

Adam Driver and Scarlett Johansson are a couple who enter the divorce zone in a Noah Baumbach drama that’s so accomplished it elevates the writer-director of ‘The Squid and the Whale’ to a whole new level.”
(Owen Gleibermann, Variety)

Prix potentiels ? :

Si Adam Driver n’avait pas déjà remporté un prix d’interprétation à Venise, on lui donnerait pour l’instant la Coupe Volpi du meilleur acteur. Scarlett Johansson postule, elle, pour le prix d’interprétation féminine. On aurait aimé que le rôle de Laura Dern, formidable en avocate carnassière, soit davantage développé pour qu’elle puisse aussi prétendre à ce prix. Un prix de mise en scène ou de scénario n’est pas à exclure non plus, à moins que le Jury décide de lui accorder la garde non-partagé d’un fauve doré…


Crédits photos :
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Rédacteur en chef de Angle[s] de vue, Boustoune est un cinéphile passionné qui fréquente assidument les salles obscures et les festivals depuis plus de vingt ans (rhôô, le vieux...) Il aime tous les genres cinématographiques, mais il a un faible pour le cinéma alternatif, riche et complexe. Autant dire que les oeuvres de David Lynch ou de Peter Greenaway le mettent littéralement en transe, ce qui le fait passer pour un doux dingue vaguement masochiste auprès des gens dit « normaux »… Ah, et il possède aussi un humour assez particulier, ironique et porté sur, aux choix, le calembour foireux ou le bon mot de génie…

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