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[Critique initialement publié sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
Une petite fille en manteau rouge et bottines rouges qui se retrouve seule sur le chemin de sa maison. Et un loup tapi dans l’ombre, qui attend de la dévorer…
La trilogie Red riding débute comme le célèbre conte du Petit Chaperon Rouge. Sauf qu’ici, la violence et la tension sexuelle du récit ne sont pas atténuées par l’atmosphère fantastique, irréelle, des contes de fées, mais incluses dans un univers très réaliste, effrayant. Nous ne sommes pas dans une forêt moyenâgeuse, mais en 1974, à Morley, au cœur du Yorkshire, au nord de l’Angleterre. Une région frappée de plein fouet par la crise économique des années 1970, entre campagne pluvieuse et usines grises, maisons en brique rouge et camps sordides,… Le loup a l’apparence d’un être humain tout à fait ordinaire. Une apparence honorable qui abrite une âme complètement pourrie, alimentant sa perversion en torturant, violant et tuant des enfants innocents… La petite fille, enfin, se nomme Clare Kemplay et pour elle, le conte finit mal puisque son cadavre atrocement mutilé est retrouvé dans un chantier non loin de là.
Le meurtre de Clare et la disparition non-résolue de deux autres fillettes, sert de fil rouge-sang à un récit noir, très noir, où se mêlent pédophilie, assassinats, trahisons, corruption policière et magouilles politico-financières… L’univers âpre et désespéré du romancier britannique David Peace. Red riding est l’adaptation d’une série de romans connue sous les noms de « Red Riding Quartet » et de « quatuor du Yorkshire », pour bien marquer la ressemblance avec le « Quatuor de Los Angeles » de James Ellroy.
Le romancier américain est en effet l’une des influences avouées de David Peace, et les deux séries de romans se ressemblent très fortement. La narration des deux œuvres s’étale sur une période de dix ans et est confiée à des personnages différents d’un roman à l’autre. Elle s’inspire de faits réels (d’un côté l’affaire du Dahlia noir et quelques séries de crimes monstrueux de l’histoire de L.A. De l’autre, les crimes de l’éventreur du Yorkshire…) et s’inscrit dans un contexte socio-politique très foisonnant (la guerre froide, le McCarthysme ou les émeutes raciales chez Ellroy, la crise économique et l’avènement du thatchérisme chez Peace). On y trouve des éléments communs – corruption des forces de l’ordre et collusions avec le pouvoir, projets immobiliers démesurés et véreux, faux coupables et enquêtes manipulées…- et les mêmes antihéros, flics, avocats, journalistes, naïfs ou désabusés, plongés malgré eux dans un véritable enfer…
Enfin, les deux romanciers ont en commun le même style littéraire, très brut, très dense. Donc difficile à adapter à l’écran. On l’a constaté avec l’univers de James Ellroy, qui n’a pas toujours été correctement restitué au cinéma, avec des adaptations avortées (« Le grand nulle part », « White Jazz », « Clandestin »), médiocres (Brown’s requiem, Cop, Dark Blue) ou à moitié réussies (Le dahlia noir de Brian De Palma, déséquilibré par l’amputation d’une bonne heure de métrage qui aurait mérité être réintégrée sur l’édition DVD). Seul Curtis Hanson, dans L.A. Confidential, a su rester fidèle à l’esprit des romans de l’écrivain américain, mais au prix de coupes drastiques et de petites trahisons narratives qui ont rendu impossible l’inscription du film dans la logique d’une tétralogie. On pouvait donc raisonnablement craindre le pire pour l’adaptation de l’œuvre de David Peace, tout aussi foisonnante et tortueuse.
Et pourtant, cette trilogie noire s’avère une très heureuse surprise pour tout amateur de polar bien noir. Certes, certains personnages ont été quelque peu remaniés, d’autres ont fusionné les uns avec les autres, et le récit a subi quelques coupes pour pouvoir tenir dans ce format de 3 x 100 mn. Le second volume de la tétralogie, « 1977 » a même été purement et simplement supprimé, ou du moins très fortement condensé au sein de Red Riding : 1980. Mais l’essentiel de l’intrigue a été conservé, ainsi que les différents enjeux. Et le côté sombre, désespéré de l’histoire n’a pas vraiment été édulcoré.
La prouesse est d’autant plus étonnante que la réalisation de la trilogie a été confiée à trois metteurs en scène différents, qui ont chacun travaillé de leur côté, indépendamment les uns des autres, sauf pour choisir la partie du casting commune aux trois films. De la même façon, l’aspect visuel et musical de chacun des épisodes a été confié à un chef opérateur et un musicien différents. Du coup, chaque film possède son propre style, sa propre identité. Et malgré cela, la narration est d’une fluidité et d’une cohérence rares entre chacun des volets.
Réalisé par Julian Jarrold, Red Riding : 1974 pose les bases de l’intrigue. Un jeune journaliste ambitieux, Edward Dunford, joué par Andrew Garfield, la révélation de Boy A, enquête sur la disparition de Clare Kemplay et fait le lien avec celles, les années précédentes, de Jeannette Garland et de Susan Ridyard. Au cours de son investigation, il va devoir faire face à la concurrence du reporter vedette de la rédaction, Jack Whitehead (Eddie Marsan, le moniteur coléreux de Be happy), composer avec les sentiments qu’il se découvre pour Paula Garland, la mère d’une des disparues (Rebecca Hall, la Vicky de Vicky Cristina Barcelona) et se heurter à l’hostilité des forces de l’ordre et des notables de la région, inquiets de voir le journaliste se pencher malgré lui sur leurs plus sombres secrets…
La construction est celle d’un film noir classique. Son jeune héros inexpérimenté, mais opiniâtre, va nourrir une véritable obsession autour de la disparition des trois fillettes, d’abord par pure vanité, pour dégotter un bon scoop et en tirer les lauriers, puis, imperceptiblement, pour des raisons plus nobles, pour découvrir la vérité et rendre justice aux petites victimes du tueur sadique. Au fur et à mesure de ce changement de mentalité, il va s’enfoncer de plus en plus profondément dans un cauchemar fait de violence, de sexualité déviante, de corruption et d’intimidation, et va être amené à perdre totalement ce qui lui restait d’innocence.
Pour filmer ce voyage dans les ténèbres, Jarrold et son chef-opérateur Rob Hardy ont opté pour l’utilisation d’une pellicule super 16, qui confère un aspect sale et granuleux aux images, et multiplient les gros plans fiévreux sur le visage d’Andrew Garfield, de plus en plus marqué au fil du récit. Le montage impose un rythme rapide – normal, l’action est sensée être concentrée sur dix jours – mais s’autorise aussi des moments plus posés, nécessaires pour que le spectateur adhère à la quête du protagoniste principal et pour imprimer ce climat de deuil et de douleur qui imprègne l’œuvre de David Peace.
Le second opus se déroule six ans plus tard. Les tories et Margaret Thatcher ont pris le pouvoir et dirigent le pays d’une main de fer, mais rien ne semble avoir changé dans le Yorkshire. Les assassinats d’enfants ont cessé, mais un nouveau psychopathe fait régner la terreur dans la région, l’éventreur du Yorkshire, soupçonné d’avoir tué une dizaine de femmes, la plupart prostituées. Les investigations piétinent et le ministère charge le directeur adjoint de la police de Manchester, Peter Hunter (Paddy Considine), de tout reprendre à zéro, aidé dans sa tâche par le détective Helen Marshall (Maxine Peake) et quelques-uns des inspecteurs de la police de Leeds, dont certaines vieilles connaissances du premier épisode.
Hunter le bien-nommé va découvrir des failles dans l’enquête de ses collègues et va s’interroger peu à peu sur un des meurtres, qu’il soupçonne avoir été attribué à tort à l’éventreur… Evidemment, comme les investigations de Dunford en 1974, les recherches d’Hunter ne sont pas vues d’un très bon oeil de certains responsables de la police locale, qui ne sont pas étrangers à certains actes crapuleux, voire criminels, et qui tiennent à garder leurs petits secrets intacts.
Signé par James Marsh, Red Riding : 1980 est le plus « classique » des trois volets. Tout comme l’était le style littéraire adopté par Peace dans son roman. L’intrigue, linéaire, suit le rythme des investigations de Hunter et ne gagne en noirceur et en fébrilité que très progressivement. Le temps que le détective idéaliste comprenne que non seulement ses collègues de Leeds ne font pas correctement leur travail, mais que, pire, ils oeuvrent à l’escamotage d’éléments cruciaux et manipulent les témoins à des fins peu avouables. Les meurtres de l’éventreur sont laissés à l’arrière-plan et ce deuxième épisode est en apparence moins sordide que le précédent. Ce n’est donc pas la longue descente aux enfers de Dunford dans le premier opus. Pourtant il s’agit bien du même mécanisme destructeur, implacable. Hunter n’aura pas d’autre choix que de s’aventurer à l’intérieur du système, jusqu’à son cœur. Ou plutôt jusqu’à son estomac, puisque la salle où va se dénouer l’histoire, avec l’arrestation de l’éventreur, est appelée « le ventre » par les policiers…
Pour illustrer cette construction plus classique, Marsh et son directeur photo Igor Martinovic ont logiquement choisi la pellicule 35mm, le format cinématographique usuel. L’image est plus nette, plus lumineuse, même si l’ambiance reste résolument crépusculaire.
On est dans un univers moins âpre que dans Red Riding : 1974. La lumière est feutrée, on navigue discrètement dans les arcanes du pouvoir policier et les secrets soigneusement enfouis. Pour autant, le rythme est particulièrement nerveux, grâce à un montage efficace qui ne nous laisse pas un instant de répit jusqu’au dénouement, véritable coup de poing dans… le ventre, justement…
Un petit mot sur les acteurs de cette seconde partie. Paddy Considine est plutôt convaincant dans le rôle de Hunter, personnage sérieux et plutôt « positif » auquel il prête ses traits fatigués et son flegme so british. Idéal pour camper ce flic intègre, mais assez fade. Pas un héros, mais pas un antihéros non plus. Juste un type ordinaire… Il se fait cependant voler la vedette par Sean Harris, excellent en flic pourri jusqu’à la moelle, vicieux et narquois à souhait, parfait exemple de ce que le système a engendré…
Red Riding : 1983 clôt la trilogie en revenant aux sources. On signale la disparition d’une petite fille à Morley, là où avait été enlevée et assassinée la petite Clare Kemplay neuf ans auparavant. Certaines personnes s’interrogent sur cet enlèvement. Et si le type arrêté à l’époque n’était pas le véritable meurtrier ? Et si le coupable courrait toujours ? Deux personnages vont être amenés à reprendre l’enquête. D’un côté, un avocat du nom de John Piggott (Mark Addy, méconnaissable, loin des rôles comiques dans lesquels il était jusque là cantonné), chargé de réhabiliter l’homme arrêté en 1974 et de défendre celui qui est accusé de ce nouvel enlèvement. De l’autre, Maurice Jobson, dit « La chouette » (David Morissey, toujours aussi brillant), membre du groupe de flics pourris qui règne sur les trois films, mais qui possède encore assez d’humanité et de conscience professionnelle pour tenter de stopper le sadique à l’œuvre depuis plus d’une décennie.
Chacun de leur côté, les deux hommes parviendront aux mêmes conclusions et découvriront la vérité. Une quête qui ne sera pas sans sacrifices et remises en questions, et à laquelle se mêlera un troisième personnage, vu dans les deux autres épisodes, BJ (Robert Sheehan, prostitué gay et indic occasionnel, qui sait plus de choses qu’il ne le dit…
Alors Anand Tucker et le chef opérateur David Higgs ont choisi de s’écarter des épisodes précédents en offrant à leur film une ambiance plus lumineuse, diurne. C’est l’épisode où les différentes énigmes en cours trouvent leur résolution, où on quitte peu à peu la noirceur absolue pour évoluer vers l’apaisement et la rédemption. Pour ce faire, ils ont utilisé une caméra HD nouvelle génération qui confère au film une image possédant la netteté de la vidéo numérique et le côté velouté de la pellicule 35mm, créant une atmosphère à la fois réaliste et onirique, et conférant à l’œuvre une dimension plus mystique, plus allégorique. Le final, notamment, baigne dans une esthétique très particulière, retrouvant le côté fantasmagorique du conte dont cette trilogie est vaguement inspirée…
Mais, c’est aussi le film le plus cru des trois. La violence et la sexualité y sont montrées de façon plus explicite, avec notamment une ou deux séquences aptes à choquer les âmes les plus sensibles. Paradoxal ? Non, puisque d’une part, le film traite frontalement des crimes pédophiles de 1974 et 1983, et dévoile donc toute leur horreur. Et que d’autre part, le traitement graphique a évolué en fonction de l’époque décrite. Ici, nous sommes au début des années 1980. La violence se banalise au cinéma, est moins censurée. Et elle se banalise aussi hors des écrans. Le gouvernement Thatcher le prouvera bien assez tôt en réprimant de façon brutale les grèves de mineurs de 1984…
Ayant la lourde tâche de boucler un récit d’une densité assez ahurissante, Red Riding : 1983 est probablement le plus « faible » des trois films, mais il n’en demeure pas moins une indéniable réussite formelle et narrative, dernier mouvement d’un requiem poignant et douloureux dédié aux victimes d’un lieu et d’une époque.
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On attendait depuis longtemps un polar de cette trempe au cinéma. Finalement, c’est la télévision anglaise qui nous l’offre. En effet, cette trilogie a été réalisée pour Channel 4 et a été diffusée uniquement à la télévision dans son pays d’origine. Dommage, car au vu du soin apporté à la partie visuelle de chacun de ces films, et leur approche très cinématographique, les œuvres sont clairement conçues pour être projetées sur grand écran… Certains pays, comme la France, ont choisi de rendre justice au travail des trois cinéastes et de leurs équipes en offrant à la trilogie l’opportunité d’une sortie en salles. Mais la diffusion est restée malgré tout très confidentielle et les films n’ont pas eu le temps de trouver leur public. Une injustice que ce coffret DVD devrait réparer…
Si vous aimez le film noir, les intrigues tortueuses et les ambiances désespérées, vous pouvez acheter en toute confiance cette édition DVD, enrichie de quelques scènes coupées et de trois making-of instructifs.
Tous les ingrédients sont réunis pour vous faire frissonner de plaisir : des acteurs épatants, une mise en scène discrète, mais terriblement efficace, un travail visuel impressionnant, une ambiance musicale réussie et, bien sûr, une intrigue haletante, signée par un des meilleurs romanciers anglais actuels et habilement scénarisée par Tony Grisoni. Sinon, découvrez les bouquins, encore plus denses et plus terrifiants… Mais attention, la vision de ces films et/ou la lecture de ces romans est une expérience dont on sort passablement éprouvé et bouleversé…
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Red Riding : 1974
Red Riding : the year of our Lord 1974
Réalisateur : Julian Jarrold
Avec : Andrew Garfield, Rebecca Hall, Sean Bean
Origine : Royaume-Uni
Genre : Polar noir, très noir…
Durée : 1h40
Note pour ce film : ●●●●●○
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Red Riding : 1980
Red Riding : the year of our Lord 1980
Réalisateur : James Marsh
Avec : Paddy Considine, Maxine Peake, Sean Harris
Origine : Royaume-Uni
Genre : Polar noir, très noir…
Durée : 1h30
Note pour ce film : ●●●●●○
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Red Riding : 1983
Red Riding : the year of our Lord 1983
Réalisateur : Anand Tucker
Avec : David Morrissey, Mark Addy, Peter Mullan
Origine : Royaume-Uni
Genre : Polar noir, très noir…
Durée : 1h40
Note pour ce film : ●●●●○○
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BONUS
En bonus, trois making-of de formes différentes : une interview de Julian Jarrold qui explique la genèse du projet et la conception du premier volet, “1974”, celui qu’il a lui-même réalisé. Un making-of classique pour “1980”. Et une plongée dans les coulisses du tournage de “1983”.
Et surtout, de nombreuses scènes coupées, pour chacun des trois films. Normal, vu la densité du texte original…
Note globale des bonus : ●●●●●○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – Couleur – Format 1.85 – 2.35 – 16/9 compatible 4/3 Durée totale : 298 mn |
| Langues : | Anglais 5.1 Français 5.1 |
Sous-titres : | Français |
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DISTRIBUTION
Studio Canal
http://www.studiocanal.com/
Sortie le : 16/03/2010
[Critique initialement publiée sur le site Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
Un homme passe toutes ses soirées à épier une jeune femme, guettant derrière un arbre chacune de ses apparitions à la fenêtre de sa cuisine. Un dangereux pervers ?
Non, Robert Forrester est juste un quadragénaire dépressif en instance de divorce, qui trompe sa solitude et trouve un peu de réconfort en observant l’apparent bonheur de la belle Jenny Thierolf.
Un soir, elle le surprend, mais contre toute attente, elle l’invite à entrer chez elle et discuter un peu. Il est un peu gêné. Elle est intriguée, puis séduite par cet homme étrange. Ils commencent à nouer une relation de plus en plus complice, rendant fou de jalousie Greg Wincoop, le fiancé de la jeune femme. Une nuit, une altercation oppose les deux hommes. Robert réussit à repousser les assauts de Greg et rentre chez lui. Seul petit problème : le lendemain, on signale la disparition du jeune homme et Robert est suspecté de meurtre par les policiers…
Cette sombre histoire de passion, de folie et de violence constitue la trame d’un beau roman de Patricia Highsmith, « Le cri du hibou ». En 1987, Claude Chabrol en avait tiré une première adaptation, avec Christophe Malavoy, Mathilda May et Jacques Penot dans les rôles principaux. Ce n’était pas le meilleur film du cinéaste, loin de là, mais l’intrigue, qui mêle voyeurisme, jalousie et folie, lui avait permis de livrer un intéressant hommage à son maître, Alfred Hitchcock.
En 2009, le roman a fait l’objet d’une nouvelle adaptation, qui sort aujourd’hui directement en DVD, signée Jamie Thraves. Le jeune réalisateur, dont ce n’est que le second long-métrage, ne possède pas l’expérience de Chabrol, et encore moins le génie d’Hitchcock. Il ne prétend d’ailleurs pas rivaliser avec eux… Il privilégie plutôt une mise en scène sobre et l’installation d’une ambiance poisseuse, très noire, aussi désespérée que ses protagonistes.
Cela se traduit par une image souvent terne, aux dominantes nocturnes, accompagnée d’une petite musique lancinante, et par un montage assez abrupt qui confère à l’oeuvre une certaine singularité.
Mais malheureusement, l’atmosphère ne fait pas tout… Les oeuvres de Patricia Highsmith reposent surtout sur l’ambiguïté des personnages, l’opposition des caractères et l’inversion des rôles. Et dans ce domaine, le film de Jamie Thraves affiche de sérieuses lacunes.
Visage tour à tour fermé ou très expressif, Julia Stiles ne s’en sort pas si mal, laissant planer constamment le trouble autour de son personnage, dont on ne sait jamais si elle est une innocente victime ou une femme fatale manipulatrice. Les autres comédiens, en revanche, ne sont pas vraiment dans le coup : James Gilbert (Greg) et Caroline Dhavernas (la femme de Robert) surjouent la plupart de leur scène, ôtant toute subtilité à des personnages que l’on aurait souhaités moins lisse.
Mais là où le bât blesse vraiment, c’est au niveau de la performance de Paddy Considine, dans le rôle principal. Si, avec son regard de chien battu, il parvient sans peine à jouer le type dépressif, il ne parvient jamais à rendre inquiétant cet homme tourmenté, que l’intrigue voudrait nous présenter comme un psychopathe en puissance.
Lâché par une direction d’acteurs inexistante, il ne nous permet jamais vraiment de nous identifier au personnage et sombre presque dans le ridicule à certains moments-clés du film.
De ce fait, une bonne partie du trouble éprouvé à la lecture du roman est ici totalement édulcorée du fait de la mise en scène, trop lisse, et du jeu des comédiens, pas vraiment à la hauteur des attentes.
Cela dit, c’est loin d’être irregardable. Malgré quelques baisses de rythme assez gênantes, l’intrigue est suffisamment bien écrite pour maintenir un peu d’intérêt à l’ensemble, et pourra satisfaire certains des spectateurs qui n’ont pas lu le roman dont elle est tirée, ni vu le film de Chabrol.
Les autres, en revanche, risquent fort de se laisser gagner par l’ennui…
C’est vraiment dommage, car le texte original était suffisamment complexe pour donner lieu à un film captivant, noir et vénéneux. A la décharge de Jamie Thraves, adapter Patricia Highsmith à l’écran est loin d’être évident. On pourrait penser le contraire, puisque certaines œuvres cinématographiques de tout premier plan ont su tirer parti des écrits de la reine du thriller psychologique. On se rappelle bien sûr L’inconnu du Nord-Express (Hitchcock), Eaux profondes (Michel Deville), L’ami américain (Wim Wenders) ou Plein soleil (René Clément), mais ces films étaient l’œuvre de metteurs en scène de talent. Pour un novice comme Jamie Thraves, la tâche était sans doute trop ardue…
En faisant abstraction de ces références écrasantes pour le pauvre débutant, et avec une bonne dose d’indulgence, vous pourrez peut-être vous laisser séduire par ce petit film, qui n’a pas eu les honneurs d’une sortie en France. A vous de voir… Sinon, vous avez toujours la possibilité de vous replonger dans les œuvres de Patricia Highsmith. Là, point de déception à l’horizon…
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Le cri du hibou
The cry of the owl
Réalisateur : Jamie Thraves
Avec : Paddy Considine, Julia Stiles, Caroline Dhavernas, James Gilbert
Origine : Royaume-Uni
Genre : Thriller psychologique / remake
Durée : 1h42
Note pour ce film :
●●○○○○
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BONUS
Pas de bonus pour ce film.
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – Couleur – Format 2.35 – 16/9 compatible 4/3 Durée totale : 102 mn |
| Langues : | Anglais 5.1 Français 5.1 et stéréo |
Sous-titres : | Français |
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DISTRIBUTION
CTV International
http://www.ctvint.fr/
Sortie le : 17 février 2010
