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[Critique initialement publiée sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
Ah, elle a l’air jolie, l’Afrique du Sud, telle qu’elle est mise en valeur par la Coupe du Monde de football : ambiance de fête, communion des peuples, des races, des cultures autour de l’amour du sport et du ballon rond. Même le bourdonnement des vuvuzelas (1), qui, en temps ordinaire taperait sérieusement sur le système nerveux de tout être humain normalement constitué, est ici loué comme une coutume folklorique très sympathique…
C’est oublier un peu vite que l’apartheid n’est aboli que depuis juin 1991, et que si les tensions communautaires ont régressé après l’accession au pouvoir de Nelson Mandela, principal artisan de la réconciliation nationale, elles restent encore très vives à certains endroits et les problèmes sont loin d’être résolus…
La politique de discrimination positive dans les administrations et la réforme agraire consistant à redonner les terres des afrikaners aux noirs ont été mises en place de façon assez maladroite, laissant un bon nombre de citoyens mécontents, chez les noirs comme chez les blancs et favorisant montée de la criminalité et expression des haines raciales. Avec cette fois un rapport de force très défavorable aux afrikaners (2).
Disgrâce se déroule pendant cette période troublée de l’immédiat post-apartheid.
Son personnage principal, David Lurie est un professeur assez terne qui vivait jusque-là dans une bulle, du fait de ses statuts privilégiés d’universitaire érudit et d’homme blanc. Il se préoccupait moins des ravages de l’apartheid que de sa propre condition, celle d’un homme en proie à la solitude et la misère affective, essayant tant bien que mal de trouver l’âme soeur.
C’est sans doute cela qui l’a poussé à se lancer dans une liaison sentimentale avec une de ses étudiantes, sans réfléchir aux conséquences de ses actes.
Lorsque relation coupable et contraire à toute éthique professionnelle est révélée au grand jour, il est contraint à la démission et retourne s’installer près de sa fille, Lucy, qui tient une petite exploitation agricole à la campagne.
Sur place, il se rend compte assez vite que tout est en train de changer, imperceptiblement, que la mutation du pays est en train d’avoir lieu et que la situation va vite devenir complexe pour les afrikaners…
Les noirs qui jusqu’alors étaient de simples ouvriers (pour ne pas dire des esclaves) au service de riches propriétaires blancs récupèrent de plus en plus de terres et commencent à se développer, poussant chaque jour un peu plus les anciens nantis vers la sortie… Une sorte de revanche de l’opprimé sur l’oppresseur, qui prend des formes plus ou moins subtiles. Dans le cas de Petrus, le voisin de Lucy, cette prise de pouvoir se fait en douceur. L’homme était simple employé de la ferme, puis est devenu copropriétaire de l’exploitation en attendant de pouvoir encore récupérer des terrains et accroître son influence. Il reste en toute circonstance très courtois avec son ancienne patronne et lui apporte encore toute l’aide dont elle a besoin.
Mais d’autres sont moins subtils…
Un jour, David est agressé par trois voyous venus cambrioler sa maison et il assiste, impuissant, au viol de sa fille…
A la lecture du résumé, on pourrait s’attendre, au choix, à une vulgaire histoire de vengeance(s) et d’escalade de la violence, ou à un mélodrame larmoyant. Ou encore, comme certains l’ont dit, à une oeuvre conservatrice aux forts relents xénophobes.
Mais le script est bien plus subtil que cela. Et pour cause : Disgrâce est l’adaptation d’un roman de John Maxwell Coetzee (3), prix Nobel de littérature en 2003. Une belle réflexion sur le pouvoir, la responsabilité et la culpabilité, qui montre le poids de l’Histoire, de la société, de la communauté sur des individus…
Les conséquences de l’apartheid ne servent que de toile de fond à un propos plus universel sur les rapports de forces entre dominants et dominés. Des rapports mouvants où les maîtres peuvent devenir des esclaves et réciproquement. Et où tout être humain, par faiblesse, par facilité, par impuissance, est également esclave de sa propre condition.
Aucun des personnage n’est positif ou négatif, tout blanc ou tout noir (si j’ose dire…). Tous sont victimes de leurs propres désirs, de leurs propres démons… David se laisse emporter par son désir pour sa belle étudiante et n’est finalement pas si différent du jeune violeur, fasciné par Lucy. Ils ressemblent plus à deux êtres frustrés, incapables de résister à leurs pulsions. Presque des animaux, comme ces chiens dont s’occupe l’amie de Lucy…
Et les deux victimes ont une attitude très ambigüe par rapport à leurs bourreaux. Elles semblent tellement résignées qu’on les croirait consentantes, et dans le même temps, on sent en elles une sourde colère, une force morale insoupçonnée, sans doute supérieure à celle des protagonistes masculins.
Lucy accepte sans broncher les viols à répétition, la perte progressive de ses terres, de son statut de patronne de l’exploitation. Elle se plie aux exigences de Petrus et de son clan… Mais au final, elle ne cède pas, ne fuit pas. Elle reste pour se reconstruire en repartant de zéro, pour que ce pays, son pays, puisse aussi repartir sur de nouvelles bases. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cet abaissement total, cette soumission, lui permet aussi de s’émanciper. C’est elle qui prend la décision de rester et qui impose, au final, ses propres règles…
Evidemment, son attitude peut être critiquable, discutable, mais elle est assez représentative des questionnements moraux qui tourmentent les personnages…
Le récit entremêle en effet des notions complexes. Il aborde les questions des rapports entre les sexes et de la domination masculine, des rapports de classe entre patrons et ouvriers, entre citadins érudits et habitants des campagnes plus frustres, des rapports raciaux, évidemment…
En Afrique du Sud, les relations entre les différents habitants, surtout entre blancs et noirs, sont forcément parasité par des décennies d’apartheid, de souffrances et d’injustice. Il y a le sentiment de colère des uns et le sentiment de culpabilité des autres, la soif de revanche des uns et les vieux réflexes de caste dominante des autres.
Si la relation du professeur avec son élève est aussi choquante, ce n’est pas vraiment à cause de la différence d’âge ou l’inévitable parti-pris en faveur de la jeune femme lors de la notation de l’examen. Le problème vient plus du fait que l’étudiante est métisse. Même si le professeur semble vraiment amoureux de la jeune femme, il adopte inconsciemment une attitude dominatrice à la fois héritée de son éducation machiste et de son statut de privilégié blanc, abuse de son pouvoir sur elle. Bien sûr, elle, de son côté, pourrait refuser, protester contre ces manifestations de désir. Elle n’en fait rien, peut-être paralysée par la peur d’échouer à son examen en mécontentant le professeur, à moins qu’elle aussi ne fasse que suivre d’anciens réflexes et adopte inconsciemment un statut de victime de l’homme blanc… Tout tourne autour de l’instauration de rapports de forces, de dominance et de soumission…
L’auteur ne livre pas directement les clés de son oeuvre. Il n’a pas de message à faire passer. Disgrâce est un constat sec, âpre, rugueux, qui met mal à l’aise parce qu’il renvoie chacun à son propre comportement, ses propres faiblesses…
Pour illustrer ce récit complexe, le cinéaste australien Steve Jacobs (4) a opté pour la simplicité, tant au niveau des cadrages que du montage, parfaitement linéaire. C’est très basique. Trop, probablement, pour faire de cette adaptation un grand film. Mais l’absence de fioritures se révèle malgré tout un avantage. Elle renforce le côté aride du film, la sécheresse des émotions qui y sont projetées… Du coup, la réalisation colle à l’atmosphère du roman et se met ainsi au diapason des acteurs, d’une sobriété exemplaire, qui font tout pour instaurer une distance entre le spectateur et leurs personnages…
Pas évident de camper des protagonistes aussi fermés, aussi englués dans les problèmes, sans les rendre profondément antipathiques ou pathétiques.
Mais John Malkovich est assurément un grand acteur. Il incarne avec talent et retenue ce professeur un peu paumé qui va brusquement ouvrir les yeux sur les réalités de la vie en Afrique du Sud, sur l’évolution de la société, sur son rapport aux femmes et au monde en général. Il réussit le tour de force de le rendre à la fois odieux et touchant, méprisable mais attachant.
Jessica Haines, dans le rôle tout aussi ardu de Lucy, s’en tire plus qu’avec les honneurs. Elle restitue avec justesse les émotions contradictoires qui traversent son personnage et finit aussi par nous bouleverser par ce mélange de colère, de résignation et de volonté…
Le film peut aussi s’appuyer sur Eriq Ebouanney, qui incarne avec calme et finesse l’ambigu Petrus, sur Paula Arundell, touchante en vétérinaire esseulée, ou sur Antoinette Engel, troublante étudiante par qui le scandale arrive…
Disgrâce n’est pas un film “plaisant”. Il dérange et met mal à l’aise. Mais cette plongée au coeur d’une Afrique du Sud aux plaies encore mal cicatrisées, loin de l’image d’Epinal livrée récemment par Clint Eastwood avec Invictus (5), est malgré tout une expérience enrichissante.
Alors, si (comme moi) vous l’avez raté au moment de sa sortie en salles en février dernier, Bac Films vous donne une seconde chance de le (re)découvrir en DVD, dans une édition enrichie de quelques bonus intéressants, à défaut d’être vraiment très instructifs…
(2) : 541 fermiers blancs ont été massacrés entre 1998 et 2001. Des statistiques qui ont provoqué un exode des afrikaners vers d’autres pays, comme l’Australie ou le Royaume-Uni…
(3) : Disgrâce” de J.M.Coetzee – éd. Points
(4) : Le film est australien, car J.M.Coetzee a quitté l’Afrique du Sud pour s’installer en Australie, dont il est aujourd’hui citoyen. Ce sont des producteurs locaux qui ont acquis les droits du roman…
(5) : qui brille plus pour ses qualtés esthétiques et sa naïveté humaniste typiquement eastwoodienne que par son scénario simpliste et sa vision des problèmes sud-africains…
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Disgrâce
Disgrace
Réalisateur : Steve Jacobs
Avec : John Malkovich, Jessica Haines, Eriq Ebouanney, Paula Arundell
Origine : Australie
Genre : drame post-apartheid
Durée : 1h54
Note pour ce film :
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BONUS
- les traditionnelles bandes-annonces
- “Rencontre avec l’équipe du film” (30 mn): une demie-heure d’entretiens avec les producteurs, le réalisateur et les acteurs. On n’évite pas l’auto-satisfaction du devoir accompli, les louanges au roman d’origine et patati et patata… Mais l’ensemble s’avère quand même mieux fichu et plus instructif que bien des bonus hâtivement mis en boîte pour les DVD…
Tous les choix artistiques et techniques y sont justifiés, argumentés et détaillés.
- Making-of : ne fait que compléter sommairement le bonus précédent. Un peu redondant…
- Scènes coupées : 10 mn de séquences supplémentaires, axées principalement sur la scène de l’agression/viol.
Note globale des bonus : ●●●●○○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 2.35 Durée totale : 170 mn |
| Langues : | Anglais 5.1 | Sous-titres : | Français |
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EDITION / DISTRIBUTION
Bac Films
http://www.bacfilms.com/
Boutique BAC Films
Sortie le : 15/06/2010
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[Critique initialement publié sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
Une petite fille en manteau rouge et bottines rouges qui se retrouve seule sur le chemin de sa maison. Et un loup tapi dans l’ombre, qui attend de la dévorer…
La trilogie Red riding débute comme le célèbre conte du Petit Chaperon Rouge. Sauf qu’ici, la violence et la tension sexuelle du récit ne sont pas atténuées par l’atmosphère fantastique, irréelle, des contes de fées, mais incluses dans un univers très réaliste, effrayant. Nous ne sommes pas dans une forêt moyenâgeuse, mais en 1974, à Morley, au cœur du Yorkshire, au nord de l’Angleterre. Une région frappée de plein fouet par la crise économique des années 1970, entre campagne pluvieuse et usines grises, maisons en brique rouge et camps sordides,… Le loup a l’apparence d’un être humain tout à fait ordinaire. Une apparence honorable qui abrite une âme complètement pourrie, alimentant sa perversion en torturant, violant et tuant des enfants innocents… La petite fille, enfin, se nomme Clare Kemplay et pour elle, le conte finit mal puisque son cadavre atrocement mutilé est retrouvé dans un chantier non loin de là.
Le meurtre de Clare et la disparition non-résolue de deux autres fillettes, sert de fil rouge-sang à un récit noir, très noir, où se mêlent pédophilie, assassinats, trahisons, corruption policière et magouilles politico-financières… L’univers âpre et désespéré du romancier britannique David Peace. Red riding est l’adaptation d’une série de romans connue sous les noms de « Red Riding Quartet » et de « quatuor du Yorkshire », pour bien marquer la ressemblance avec le « Quatuor de Los Angeles » de James Ellroy.
Le romancier américain est en effet l’une des influences avouées de David Peace, et les deux séries de romans se ressemblent très fortement. La narration des deux œuvres s’étale sur une période de dix ans et est confiée à des personnages différents d’un roman à l’autre. Elle s’inspire de faits réels (d’un côté l’affaire du Dahlia noir et quelques séries de crimes monstrueux de l’histoire de L.A. De l’autre, les crimes de l’éventreur du Yorkshire…) et s’inscrit dans un contexte socio-politique très foisonnant (la guerre froide, le McCarthysme ou les émeutes raciales chez Ellroy, la crise économique et l’avènement du thatchérisme chez Peace). On y trouve des éléments communs – corruption des forces de l’ordre et collusions avec le pouvoir, projets immobiliers démesurés et véreux, faux coupables et enquêtes manipulées…- et les mêmes antihéros, flics, avocats, journalistes, naïfs ou désabusés, plongés malgré eux dans un véritable enfer…
Enfin, les deux romanciers ont en commun le même style littéraire, très brut, très dense. Donc difficile à adapter à l’écran. On l’a constaté avec l’univers de James Ellroy, qui n’a pas toujours été correctement restitué au cinéma, avec des adaptations avortées (« Le grand nulle part », « White Jazz », « Clandestin »), médiocres (Brown’s requiem, Cop, Dark Blue) ou à moitié réussies (Le dahlia noir de Brian De Palma, déséquilibré par l’amputation d’une bonne heure de métrage qui aurait mérité être réintégrée sur l’édition DVD). Seul Curtis Hanson, dans L.A. Confidential, a su rester fidèle à l’esprit des romans de l’écrivain américain, mais au prix de coupes drastiques et de petites trahisons narratives qui ont rendu impossible l’inscription du film dans la logique d’une tétralogie. On pouvait donc raisonnablement craindre le pire pour l’adaptation de l’œuvre de David Peace, tout aussi foisonnante et tortueuse.
Et pourtant, cette trilogie noire s’avère une très heureuse surprise pour tout amateur de polar bien noir. Certes, certains personnages ont été quelque peu remaniés, d’autres ont fusionné les uns avec les autres, et le récit a subi quelques coupes pour pouvoir tenir dans ce format de 3 x 100 mn. Le second volume de la tétralogie, « 1977 » a même été purement et simplement supprimé, ou du moins très fortement condensé au sein de Red Riding : 1980. Mais l’essentiel de l’intrigue a été conservé, ainsi que les différents enjeux. Et le côté sombre, désespéré de l’histoire n’a pas vraiment été édulcoré.
La prouesse est d’autant plus étonnante que la réalisation de la trilogie a été confiée à trois metteurs en scène différents, qui ont chacun travaillé de leur côté, indépendamment les uns des autres, sauf pour choisir la partie du casting commune aux trois films. De la même façon, l’aspect visuel et musical de chacun des épisodes a été confié à un chef opérateur et un musicien différents. Du coup, chaque film possède son propre style, sa propre identité. Et malgré cela, la narration est d’une fluidité et d’une cohérence rares entre chacun des volets.
Réalisé par Julian Jarrold, Red Riding : 1974 pose les bases de l’intrigue. Un jeune journaliste ambitieux, Edward Dunford, joué par Andrew Garfield, la révélation de Boy A, enquête sur la disparition de Clare Kemplay et fait le lien avec celles, les années précédentes, de Jeannette Garland et de Susan Ridyard. Au cours de son investigation, il va devoir faire face à la concurrence du reporter vedette de la rédaction, Jack Whitehead (Eddie Marsan, le moniteur coléreux de Be happy), composer avec les sentiments qu’il se découvre pour Paula Garland, la mère d’une des disparues (Rebecca Hall, la Vicky de Vicky Cristina Barcelona) et se heurter à l’hostilité des forces de l’ordre et des notables de la région, inquiets de voir le journaliste se pencher malgré lui sur leurs plus sombres secrets…
La construction est celle d’un film noir classique. Son jeune héros inexpérimenté, mais opiniâtre, va nourrir une véritable obsession autour de la disparition des trois fillettes, d’abord par pure vanité, pour dégotter un bon scoop et en tirer les lauriers, puis, imperceptiblement, pour des raisons plus nobles, pour découvrir la vérité et rendre justice aux petites victimes du tueur sadique. Au fur et à mesure de ce changement de mentalité, il va s’enfoncer de plus en plus profondément dans un cauchemar fait de violence, de sexualité déviante, de corruption et d’intimidation, et va être amené à perdre totalement ce qui lui restait d’innocence.
Pour filmer ce voyage dans les ténèbres, Jarrold et son chef-opérateur Rob Hardy ont opté pour l’utilisation d’une pellicule super 16, qui confère un aspect sale et granuleux aux images, et multiplient les gros plans fiévreux sur le visage d’Andrew Garfield, de plus en plus marqué au fil du récit. Le montage impose un rythme rapide – normal, l’action est sensée être concentrée sur dix jours – mais s’autorise aussi des moments plus posés, nécessaires pour que le spectateur adhère à la quête du protagoniste principal et pour imprimer ce climat de deuil et de douleur qui imprègne l’œuvre de David Peace.
Le second opus se déroule six ans plus tard. Les tories et Margaret Thatcher ont pris le pouvoir et dirigent le pays d’une main de fer, mais rien ne semble avoir changé dans le Yorkshire. Les assassinats d’enfants ont cessé, mais un nouveau psychopathe fait régner la terreur dans la région, l’éventreur du Yorkshire, soupçonné d’avoir tué une dizaine de femmes, la plupart prostituées. Les investigations piétinent et le ministère charge le directeur adjoint de la police de Manchester, Peter Hunter (Paddy Considine), de tout reprendre à zéro, aidé dans sa tâche par le détective Helen Marshall (Maxine Peake) et quelques-uns des inspecteurs de la police de Leeds, dont certaines vieilles connaissances du premier épisode.
Hunter le bien-nommé va découvrir des failles dans l’enquête de ses collègues et va s’interroger peu à peu sur un des meurtres, qu’il soupçonne avoir été attribué à tort à l’éventreur… Evidemment, comme les investigations de Dunford en 1974, les recherches d’Hunter ne sont pas vues d’un très bon oeil de certains responsables de la police locale, qui ne sont pas étrangers à certains actes crapuleux, voire criminels, et qui tiennent à garder leurs petits secrets intacts.
Signé par James Marsh, Red Riding : 1980 est le plus « classique » des trois volets. Tout comme l’était le style littéraire adopté par Peace dans son roman. L’intrigue, linéaire, suit le rythme des investigations de Hunter et ne gagne en noirceur et en fébrilité que très progressivement. Le temps que le détective idéaliste comprenne que non seulement ses collègues de Leeds ne font pas correctement leur travail, mais que, pire, ils oeuvrent à l’escamotage d’éléments cruciaux et manipulent les témoins à des fins peu avouables. Les meurtres de l’éventreur sont laissés à l’arrière-plan et ce deuxième épisode est en apparence moins sordide que le précédent. Ce n’est donc pas la longue descente aux enfers de Dunford dans le premier opus. Pourtant il s’agit bien du même mécanisme destructeur, implacable. Hunter n’aura pas d’autre choix que de s’aventurer à l’intérieur du système, jusqu’à son cœur. Ou plutôt jusqu’à son estomac, puisque la salle où va se dénouer l’histoire, avec l’arrestation de l’éventreur, est appelée « le ventre » par les policiers…
Pour illustrer cette construction plus classique, Marsh et son directeur photo Igor Martinovic ont logiquement choisi la pellicule 35mm, le format cinématographique usuel. L’image est plus nette, plus lumineuse, même si l’ambiance reste résolument crépusculaire.
On est dans un univers moins âpre que dans Red Riding : 1974. La lumière est feutrée, on navigue discrètement dans les arcanes du pouvoir policier et les secrets soigneusement enfouis. Pour autant, le rythme est particulièrement nerveux, grâce à un montage efficace qui ne nous laisse pas un instant de répit jusqu’au dénouement, véritable coup de poing dans… le ventre, justement…
Un petit mot sur les acteurs de cette seconde partie. Paddy Considine est plutôt convaincant dans le rôle de Hunter, personnage sérieux et plutôt « positif » auquel il prête ses traits fatigués et son flegme so british. Idéal pour camper ce flic intègre, mais assez fade. Pas un héros, mais pas un antihéros non plus. Juste un type ordinaire… Il se fait cependant voler la vedette par Sean Harris, excellent en flic pourri jusqu’à la moelle, vicieux et narquois à souhait, parfait exemple de ce que le système a engendré…
Red Riding : 1983 clôt la trilogie en revenant aux sources. On signale la disparition d’une petite fille à Morley, là où avait été enlevée et assassinée la petite Clare Kemplay neuf ans auparavant. Certaines personnes s’interrogent sur cet enlèvement. Et si le type arrêté à l’époque n’était pas le véritable meurtrier ? Et si le coupable courrait toujours ? Deux personnages vont être amenés à reprendre l’enquête. D’un côté, un avocat du nom de John Piggott (Mark Addy, méconnaissable, loin des rôles comiques dans lesquels il était jusque là cantonné), chargé de réhabiliter l’homme arrêté en 1974 et de défendre celui qui est accusé de ce nouvel enlèvement. De l’autre, Maurice Jobson, dit « La chouette » (David Morissey, toujours aussi brillant), membre du groupe de flics pourris qui règne sur les trois films, mais qui possède encore assez d’humanité et de conscience professionnelle pour tenter de stopper le sadique à l’œuvre depuis plus d’une décennie.
Chacun de leur côté, les deux hommes parviendront aux mêmes conclusions et découvriront la vérité. Une quête qui ne sera pas sans sacrifices et remises en questions, et à laquelle se mêlera un troisième personnage, vu dans les deux autres épisodes, BJ (Robert Sheehan, prostitué gay et indic occasionnel, qui sait plus de choses qu’il ne le dit…
Alors Anand Tucker et le chef opérateur David Higgs ont choisi de s’écarter des épisodes précédents en offrant à leur film une ambiance plus lumineuse, diurne. C’est l’épisode où les différentes énigmes en cours trouvent leur résolution, où on quitte peu à peu la noirceur absolue pour évoluer vers l’apaisement et la rédemption. Pour ce faire, ils ont utilisé une caméra HD nouvelle génération qui confère au film une image possédant la netteté de la vidéo numérique et le côté velouté de la pellicule 35mm, créant une atmosphère à la fois réaliste et onirique, et conférant à l’œuvre une dimension plus mystique, plus allégorique. Le final, notamment, baigne dans une esthétique très particulière, retrouvant le côté fantasmagorique du conte dont cette trilogie est vaguement inspirée…
Mais, c’est aussi le film le plus cru des trois. La violence et la sexualité y sont montrées de façon plus explicite, avec notamment une ou deux séquences aptes à choquer les âmes les plus sensibles. Paradoxal ? Non, puisque d’une part, le film traite frontalement des crimes pédophiles de 1974 et 1983, et dévoile donc toute leur horreur. Et que d’autre part, le traitement graphique a évolué en fonction de l’époque décrite. Ici, nous sommes au début des années 1980. La violence se banalise au cinéma, est moins censurée. Et elle se banalise aussi hors des écrans. Le gouvernement Thatcher le prouvera bien assez tôt en réprimant de façon brutale les grèves de mineurs de 1984…
Ayant la lourde tâche de boucler un récit d’une densité assez ahurissante, Red Riding : 1983 est probablement le plus « faible » des trois films, mais il n’en demeure pas moins une indéniable réussite formelle et narrative, dernier mouvement d’un requiem poignant et douloureux dédié aux victimes d’un lieu et d’une époque.
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On attendait depuis longtemps un polar de cette trempe au cinéma. Finalement, c’est la télévision anglaise qui nous l’offre. En effet, cette trilogie a été réalisée pour Channel 4 et a été diffusée uniquement à la télévision dans son pays d’origine. Dommage, car au vu du soin apporté à la partie visuelle de chacun de ces films, et leur approche très cinématographique, les œuvres sont clairement conçues pour être projetées sur grand écran… Certains pays, comme la France, ont choisi de rendre justice au travail des trois cinéastes et de leurs équipes en offrant à la trilogie l’opportunité d’une sortie en salles. Mais la diffusion est restée malgré tout très confidentielle et les films n’ont pas eu le temps de trouver leur public. Une injustice que ce coffret DVD devrait réparer…
Si vous aimez le film noir, les intrigues tortueuses et les ambiances désespérées, vous pouvez acheter en toute confiance cette édition DVD, enrichie de quelques scènes coupées et de trois making-of instructifs.
Tous les ingrédients sont réunis pour vous faire frissonner de plaisir : des acteurs épatants, une mise en scène discrète, mais terriblement efficace, un travail visuel impressionnant, une ambiance musicale réussie et, bien sûr, une intrigue haletante, signée par un des meilleurs romanciers anglais actuels et habilement scénarisée par Tony Grisoni. Sinon, découvrez les bouquins, encore plus denses et plus terrifiants… Mais attention, la vision de ces films et/ou la lecture de ces romans est une expérience dont on sort passablement éprouvé et bouleversé…
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Red Riding : 1974
Red Riding : the year of our Lord 1974
Réalisateur : Julian Jarrold
Avec : Andrew Garfield, Rebecca Hall, Sean Bean
Origine : Royaume-Uni
Genre : Polar noir, très noir…
Durée : 1h40
Note pour ce film : ●●●●●○
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Red Riding : 1980
Red Riding : the year of our Lord 1980
Réalisateur : James Marsh
Avec : Paddy Considine, Maxine Peake, Sean Harris
Origine : Royaume-Uni
Genre : Polar noir, très noir…
Durée : 1h30
Note pour ce film : ●●●●●○
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Red Riding : 1983
Red Riding : the year of our Lord 1983
Réalisateur : Anand Tucker
Avec : David Morrissey, Mark Addy, Peter Mullan
Origine : Royaume-Uni
Genre : Polar noir, très noir…
Durée : 1h40
Note pour ce film : ●●●●○○
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BONUS
En bonus, trois making-of de formes différentes : une interview de Julian Jarrold qui explique la genèse du projet et la conception du premier volet, “1974”, celui qu’il a lui-même réalisé. Un making-of classique pour “1980”. Et une plongée dans les coulisses du tournage de “1983”.
Et surtout, de nombreuses scènes coupées, pour chacun des trois films. Normal, vu la densité du texte original…
Note globale des bonus : ●●●●●○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – Couleur – Format 1.85 – 2.35 – 16/9 compatible 4/3 Durée totale : 298 mn |
| Langues : | Anglais 5.1 Français 5.1 |
Sous-titres : | Français |
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DISTRIBUTION
Studio Canal
http://www.studiocanal.com/
Sortie le : 16/03/2010
