Archive pour la catégorie ‘Pologne’

[Critique initialement publié sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]

Alors que Tatarak est sorti dans les salles en février dernier, et que la Cinémathèque Française a rendu hommage à Andrzej Wajda, les éditions Montparnasse ont la bonne idée de sortir en DVD son avant-dernier film, Katyn, sorti en salles de manière très confidentielle l’an passé.
Pourtant, il s’agit d’une œuvre forte, bouleversante, qui veut témoigner, mettre en lumière des faits historiques peu connus et tragiques, qui nous font réfléchir sur la folie des hommes et le totalitarisme.

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Le titre fait référence au massacre, à l’hiver 1939/1940, de soldats et d’intellectuels polonais, exécutés sommairement dans la forêt de Katyn, près de Smolensk, à la frontière avec la Biélorussie.
En septembre 1939, la Pologne est envahie par les troupes nazies, par l’ouest, et par les troupes soviétiques, à l’est. Un partage du territoire secrètement prévu par le pacte germano-soviétique de 1939.
La population se retrouve complètement perdue dans cette confusion, dans ce pays soudain rayé de la carte et divisé en deux parties sous contrôle militaire.
Tout le monde sait, aujourd’hui, combien le peuple polonais a souffert du joug de l’Allemagne nazie. Mais la situation n’était pas forcément plus reluisante dans la partie sous contrôle soviétique.
Les responsables russes ont ordonné la déportation des officiers polonais, et fermé les universités en faisant arrêter les professeurs. Sans doute parce que les soviétiques n’ont jamais accepté l’existence de la Pologne, pays créé au lendemain de la guerre 1914-1918, et le considéraient comme un pays petit-bourgeois, hostile aux idéaux révolutionnaires.
Déportés dans des camps en URSS, les prisonniers ont fini par être exécutés en secret, en avril et mai 1940. Au total, ce sont 15000 à 22000 cadavres qui ont été découvert dans des charniers, creusés dans la forêt de Katyn…

Il a fallu attendre 1943 pour que les corps soient déterrés par l’armée allemande, alors et que les proches des disparus soient informés de leur mort. Et plus encore pour que l’on apprenne la vérité sur ce qui s’est réellement passé.
Après la capitulation allemande et la création du bloc de l’est, les autorités soviétiques ont tout fait pour taire leur responsabilité dans ce génocide. Ils ont prétendu que le massacre a été commis en 1943, par les aux soldats nazis qui occupaient alors ce territoire. Et ils ont forcé au silence, avec des méthodes souvent expéditives, tous ceux qui connaissaient la vérité.
Ce n’est qu’en 1992, après la chute du mur de Berlin, que les dirigeants russes rétabliront la vérité et reconnaîtront la responsabilité de leurs prédécesseurs.

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Le film veut rendre hommage aux victimes de ce génocide et entend réaffirmer cette vérité trop longtemps bafouée. Le cinéaste avait de quoi se sentir concerné par le sujet, et pour cause : Son père faisait partie des officiers exécutés à Katyn.
Peut-être, sûrement même a-t-il nourri une certaine colère, une haine, à l’encontre de ceux qui ont commis ces crimes barbares, de ce régime dictatorial qui a continué à opprimer son peuple pendant des années en se présentant comme son sauveur face à la barbarie nazie…
Mais son film ne fait pas état de cette légitime colère. C’est au contraire un film d’une dignité, d’une sobriété et d’une pudeur exemplaires, sans pathos ni complaisance. Un requiem bouleversant et révoltant.

La grande force du film, qui s’appuie sur un livre d’Andrzej Mularczy, « Post Mortem, l’histoire de Katyń », c’est de ne pas montrer directement ces évènements, mais de les évoquer à travers les familles des disparus, ces mères, ces épouses, ces enfants, ces sœurs attendant en vain le retour de leurs proches déportés en 1939, et à qui on a refusé le droit de connaître la vérité, pendant un demi siècle… A travers, aussi, les survivants du massacre, rongés par la culpabilité d’être encore en vie et de ne pouvoir révéler la réalité des faits, à cause des pressions du régime soviétique. A travers, enfin, les hommes et les femmes qui ont sacrifié leur vie pour tenter de faire triompher la justice et la vérité…
La peur, l’attente insoutenable, la solitude, le deuil impossible à faire dans des conditions décentes, et ce silence intolérable pour les proches des disparus…
En plusieurs saynètes couvrant un large pan d’histoire, de durées variables mais d’égale intensité, malgré leur apparent dépouillement, Wajda réussit à nous montrer toutes les souffrances que ce drame a occasionnées. Il montre comment la propagande soviétique a réussi à coller ce crime sur le dos des nazis et a étouffé toute tentative de découvrir la vérité… Une implacable machine administrative et policière… 

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Cela suffirait déjà à nous révolter, à nous interroger sur le devoir de mémoire et de vérité, sur la folie des hommes de pouvoir et de leur intolérance…
Mais Wajda a tenu à clore son film sur le massacre lui-même, dans toute son horreur. Difficile de rester indifférent aux images répétitives de ces soldats enchaînant les exécutions comme des ouvriers pourraient travailler à la chaîne. Brutal, glacial, insoutenable…
Comment des êtres humains ont-ils pu commettre tous ces crimes, comparables aux crimes nazis, sans jamais être punis ? Quels idéaux politiques et sociaux peuvent justifier de telles atrocités ? Comment faire pour éviter que cela se reproduise un jour ?
Katyn est un film « coup de poing », un témoignage fort, destiné à nous forcer à nous souvenir de ce drame, pour l’on veille à ce qu’il ne se reproduise jamais…
Et que l’on comprenne bien que la barbarie n’était pas l’apanage des seuls allemands et des nazis, que la nature humaine comporte une part d’ombre qui ne demande qu’à s’exprimer…

Evidemment, un tel film ne pouvait que diviser et susciter la polémique. Certains ont reproché à Wajda de faire l’amalgame entre nazisme et communisme. Curieuse critique, car le cinéaste ne fait pas le procès d’une idéologie politique. Il constate juste la façon dont elle peut, entre les mains de tyrans, mener à des actes humainement et moralement inacceptables.
D’autres ont reproché au cinéaste d’éluder totalement la question juive de son film, faisant paraître les bourgeois polonais comme les seules vraies victimes de la guerre. Là aussi, le critique est absurde. A l’exception de quelques négationnistes imbéciles, tout le monde a aujourd’hui conscience de ce qu’a pu être la Shoah et le drame de millions de juifs pendant la seconde guerre mondiale. A tel point que, justement, beaucoup de jeunes pensent, à tort, que seuls les juifs ont été exécutés dans les camps de concentration nazis…

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Mais bien d’autres minorités, bien d’autres ethnies ou individus, ont eux aussi été victimes de la folie des hommes au cœur du XXème siècle : les tziganes et les roms, par exemple, les militants communistes, en Allemagne et en France, les bourgeois et les tzaristes, en URSS, les chinois, dans les camps de la mort japonais… Le film d’Andrzej Wajda, tout comme le récent Liberté, de Tony Gatlif, s’intéresse à des faits peu connus de l’opinion publique. Le cinéaste a pris le parti de se centrer sur eux et rien que sur eux. Ce n’est nullement du mépris vis-à-vis des juifs déportés. Il a juste jugé qu’en évoquant la Shoah, cela aurait finalement dilué son sujet principal – le massacre de Katyn et le sort de ces milliers de polonais, juifs ou non… – et aurait moins marqué les esprits…
La seule chose que l’on pourrait lui reprocher, finalement, c’est une mise en scène un peu trop académique. Mais pas de quoi crier au scandale… La sobriété de l’ensemble est l’une des grandes qualités de ce beau film, injustement boudé lors de sa sortie en salles et qui bénéficie aujourd’hui d’une seconde chance en DVD…
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KatynKatyn
Post mortem. Opowiesc katynska

Réalisateur : Andrzej Wajda
Avec : Maja Ostaszewska, Artur Zmijewski, Andrzej Chyra, Wladyslaw Kowalski, Maya Komorowska 
Origine : Pologne
Genre : Témoignage historique & tragédie humaine
Durée : 1h58

Note pour ce film : ●●●●●









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BONUS

En bonus, un long entretien (50 mn) avec Andrzej Wajda qui explique sa démarche et ses motivations à faire ce film.
Dans un autre court document, Alexandra Viatteau remet le film dans le contexte de l’oeuvre de Wajda et donne les clés historiques pour comprendre les enjeux présentés par le film.
L’interview d’un survivant des camps russo-polonais, Joseph Czapski, complète admirablement le film et lui confère une certaine authenticité.
Enfin, “Entre propagande et désinformation”, une confrontation des images d’archives nazies et soviétiques sur la découverte des charniers à Katyn, nous permet de vérifier la force de la propagande et la possibilité de manipuler les images, et de comprendre comment ce crime contre l’humanité a été dissimulé pendant plus de cinquante ans…

Note globale des bonus : ●●●●●

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DONNEES TECHNIQUES

DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 1.77 – 16/9
Durée totale : 217 mn
Langues : Polonais stéréo
Français stéréo
Sous-titres : Français

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DISTRIBUTION

Editions Montparnasse
http://www.editionsmontparnasse.fr/
Sortie le : 02/03/2010

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