Archive pour la catégorie ‘Drame’
[Critique initialement publiée sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
L’oeil invisible du titre peut être vu comme celui de la junte militaire qui a sévi en Argentine depuis le coup d’état du 24 mars 1976 jusqu’à la défaite de la guerre des Malouines en 1982.
Le 24 mars 1976, c’est la date de naissance du cinéaste Diego Lerman, qui a été marqué par cette période sombre de l’histoire de son pays.
Et 1982, c’est l’année où se déroule son nouveau film, juste avant la chute du régime…
Tout se passe en vase clos, dans un établissement scolaire très strict et guindé, le lycée national de Buenos Aires, chargé de former les jeunes esprits destinés à devenir les élites de demain. Un microcosme très hiérarchisé, symbolique du pays sous la dictature où chacun est sous l’emprise d’une couche de pouvoir supérieur, avec en haut de la pyramide, le général-dictateur et en bas, une jeunesse opprimée, étouffée… On a donc d’un côté un pouvoir archaïque, sur le déclin, et de l’autre une jeunesse tournée vers l’avenir, désireuse de changement et de liberté… Et entre deux, des maillons de la chaîne dictatoriale, chacun jouant le rôle pour lequel il a été conditionné.
Il y a cette jeune femme, Marita, qui occupe un emploi de surveillante dans le lycée. Elle n’a que 23 ans mais elle est si sévère, si stricte, si formatée selon les codes moraux du régime qu’elle paraît vieille. Mais peu à peu, elle se laisse envahir par ses pulsions sexuelles, son désir, son trouble pour un jeune étudiant et elle s’adonne en cachette aux plaisirs solitaires dans les toilettes des garçons…
Il y a aussi son supérieur, Monsieur Biasutto, le surveillant en chef. Encore plus guindé et plus strict qu’elle. Et plus frustré sexuellement… Il se montre de plus entreprenant avec elle, n’attendant que l’occasion de la soumettre à son propre désir…
Ce sont ces personnages que le cinéaste choisit d’observer, car leurs tiraillements et leurs troubles, les luttes qui les agitent créent une ambiance intéressante, où le sexe et la violence, étouffés, ne demandent qu’à jaillir. Un peu comme dans les films que Carlos Saura tournait dans les années 1970, sous la dictature franquiste. On pense notamment à Ana et les loups ou au Jardin des délices…
… En moins bien, quand même. Le film est un peu trop linéaire et manque de rythme. Diego Lerman utilise néanmoins au mieux son décor et joue sur les angles de vue pour mettre en place une atmosphère oppressante, glaciale.
En fait, tout tient surtout sur l’interprétation de la jeune actrice Julieta Zylberberg, mystérieuse et charnelle, qui apporte au personnage toute l’intensité souhaitée, et sur celle d’Osmar Nuñez, glacial de perversion et de violence sous-jacente.
C’est à Cannes, en 2010, à la Quinzaine des réalisateurs pour être plus précis, que le film a été remarqué.
Mais c’est aussi à cause d’une sortie sa sortie en plein festival de Cannes 2011 que son exploitation en salles est passée injustement inaperçue.
Cette sortie DVD est donc l’occasion de (re)découvrir ce “petit” film dont le propos, on l’a vu avec les récentes révolutions arabes, est toujours d’actualité.
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BONUS
- Making of
Note globale des bonus : ●●●●○○
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| DVD9 Zone 2 – PAL – Couleur – Format 1.85 -16/9 compatible 4/3 Durée totale : 100 mn |
| Langues : | Espagnol Dolby 5.1 ou stéréo | Sous-titres : | Français |
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Sur le papier, le sujet de We are four lions n’a rien de drôle : quatre individus venant du nord de l’Angleterre, musulmans et islamistes convaincus, projettent de porter le Jihad sur le sol de la perfide Albion, en commettant des attentats-suicides à coups de bombes artisanales. On ne s’imagine pas un instant se bidonner devant des fanatiques religieux prêts à tout – y compris le massacre de centaines d’innocents – pour gagner le Paradis et mériter le repos du guerrier d’Allah…
Pourtant, à l’écran, c’est irrésistible de drôlerie et de finesse…
Car les quatre apprentis kamikazes sont de véritables pieds-nickelés tous plus stupides ou maladroits les uns que les autres. Ils commettent bourde sur bourde et enchaînent les galère avec la même régularité que le gang de cambrioleurs du Pigeon de Mario Monicelli…
Il faut les voir tourner leurs vidéos revendicatives, un carton sur la tête et un fusil en plastique taille enfant à la main.
Ou bien les voir tenter d’échapper à l’identification des caméras de surveillance en secouant la tête dans tous les sens – plus fort que la méthode Coué, la méthode secouée !
Ou encore se déguiser en personnages de dessins-animés pour commettre leurs attentats sans attirer l’attention… C’est sûr qu’un type déguisé en tortue ninja, ça ne se remarque pas dans une foule…
Non, vraiment, Omar, Waj, Barry et Fessal sont des branquignols de première catégorie et leur cheminement n’est pas sans évoquer celui des stripteaseurs amateurs de The Full Monty, autre belle réussite de la comédie sociale à l’anglaise.
Ils se forment par étapes, cumulant les gaffes au point de ne même plus être soutenus par les leaders d’Al Quaïda…
Pour son premier long-métrage de fiction, l’humoriste Chris Morris frappe fort et juste.
Il réussit le miracle de nous rendre sympathiques ces quatre zozos – et même cinq en tout, après l’embrigadement d’un autre apprenti djihadiste tout aussi neuneu que les autres – pourtant animés des plus mauvaises intentions, et de nous faire rire avec des sujets hautement sensibles – les tensions entre Islam et Occident, la xénophobie, le terrorisme… Et ce, sans jamais chercher la polémique ou la provocation gratuite. Bien au contraire !
Oh, bien sûr, les djihadistes s’y font ridiculiser, et il n’est pas certain que les islamistes les plus radicaux apprécient beaucoup cette façon de les caricaturer – ils ont prouvé, hélas, que l’humour n’est pas leur fort, et qu’ils ne maîtrisent pas franchement le second degré.
Et il se trouvera toujours un ou deux esprits chagrins pour s’offusquer que l’on donne la vedette à des terroristes, même si on peut difficilement voir dans le film une apologie du suicide-kamikaze…
Oui, c’est sûr, Chris Morris ne va pas se faire que des copains… Mais ce n’est pas plus mal, car qui voudrait être ami avec des imbéciles ?
Il faut bien comprendre que We are Four lions n’est pas du tout manichéen. Il ne cherche pas à valoriser un camp plutôt qu’un autre. Le cinéaste ridiculise tout le monde : les apprentis terroristes, les vrais djihadistes, les voisins qui ne remarquent rien, les flics toujours prêts à faire une bavure, les autorités paranoïaques…
Tout le monde en prend pour son grade, pas de jaloux !
Oui, Chris Morris n’épargne personne, mais dans le même temps, il respecte tout le monde, tous ses personnages…
S’il joue avec les clichés autour de l’islamiste-type, c’est pour mieux les passer à la moulinette et tordre le cou aux idées reçues. Tous les arabes ne sont pas musulmans, tous les musulmans ne sont pas islamistes, et encore moins terroristes, tous les terroristes ne sont pas forcément unis les uns aux autres…
Les personnages ne sont pas vraiment des “fous de Dieu”. Ils ont l’air plus ouverts d’esprits, plus aptes à s’intégrer que certains fanatiques respectant à la lettre des coutumes parfois rétrogrades. Et pourtant, ce sont eux qui passent à l’acte, lassés de l’assimilation imbécile des musulmans aux fanatiques islamistes, du regard hostile que porte sur leur communauté le reste de la société britannique, du racisme qui leur barre l’accès à des postes plus importants dans le monde du travail…
Ce sont juste de pauvres types en quête de reconnaissance, qui se laissent séduire par des discours extrémistes, de la même façon que d’autres se sont laissés convaincre par des discours xénophobes anti-Islam… On notera d’ailleurs que le plus virulent des terroristes en herbe est le seul “blanc” du groupe, et que c’est celui qui est le plus avide de gloire médiatique… C’est le moyen qu’il a trouvé pour se mettre en avant, pour exister un peu dans une société très individualiste qui ne prête pas attention à lui…
Le cinéaste montre le côté dérisoire, absurde, de leur quête. Les quatre hommes se rêvaient martyrs, ils finiront victimes emblématiques d’une société reposant sur la peur de l’autre, la paranoïa et le repli communautaire, où plus personne ne prend le temps d’apprendre à connaître ses voisins, d’accepter les différences et de s’enrichir du brassage culturel.
Pourtant, on est tous dans le même bateau, on a à peu près tous les mêmes rêves et les mêmes problèmes. Pourquoi ne pas essayer de vivre ensemble, en respectant les valeurs universelles que sont la liberté, l’égalité et la fraternité ?
Pour le cinéaste, il faudrait faire tomber les barrières invisibles qui séparent les hommes, s’affranchir des préjugés raciaux ou socio-culturels, tendre vers plus d’égalité de façon à éliminer les frustrations, les jalousies, les rancoeurs…
Justement, en offrant les rôles principaux à des acteurs inconnus, issus de ce que l’on nomme les “minorités visibles”, Chris Morris fait un acte en faveur de l’intégration, de l’harmonie des cultures et des religions…
Il oeuvre pour la paix et c’est là tout l’enjeu du film…
Le spectateur amusé puis ému par le parcours tragi-comique de ces “quatre lions” islamistes, ne peut que sortir de ce film avec de nouveaux axes de réflexion quant à l’évolution des relations entre les pays occidentaux et le monde arabe, entre le culte musulman et les autres religions, surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001. Il se voit contraint de remettre en question sa propre attitude, sa potentielle xénophobie, sa peur de l’étranger, de ce qui est différent…
Voilà un film souvent hilarant, parfois poignant, qui divertit tout en ouvrant les coeurs et les esprits.
We are four lions est une franche réussite, une de plus pour nos amis d’Outre-Manche…
On peut rire de tout, y compris des intégristes, du terrorisme, des camps d’entraînement d’Al-Quaïda, des méthodes musclées de la police anglaise et de la CIA… Certes pas avec n’importe qui. Mais assurément avec Chris Morris, humoriste subtil et jeune cinéaste inspiré…
Alors, si vous n’avez pas encore découvert ce petit bijou d’humour british, cette sortie DVD vous donne l’occasion de rattraper ce retard. Vous auriez tort de vous priver, car la galette proposée contient bon nombre de bonus appréciables, dont un bon paquet de scènes coupées…
Et puis, là, au moins, vous apprendrez la vérité sur la mort d’Oussama Ben Laden…
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BONUS
Le DVD est enrichi d’un copieux programme de suppléments.
- Autour du film : Des garçons paumés (9mn)
Dans ce documentaire, des jeunes pakistanais racontent leurs conditions de vie en Angleterre, le racisme ordinaire.
Une façon d’expliquer pourquoi les jeunes musulmans se radicalisent et peuvent se laisser séduire par le djihad.
- Entretien avec Mohammed Ali Ahmad (13 mn)
L’homme est suspecté de terrorisme. En attente de son procès, il explique son parcours.
- Coulisses du tournage (12 mn)
- Scènes coupées (18 mn)
- Entretien avec le réalisateur au festival de Bradford (4 mn)
Note globale des bonus : ●●●●●○
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| DVD9 Zone 2 – PAL – Couleur – Format 1.85/ 16/9 compatible 4/3 Durée totale : 160 mn |
| Langues : | Français Dolby Digital 5.1 Anglais Dolby Digital 5.1 |
Sous-titres : | français |
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[Critique initialement publiée sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
A quatorze ans, Karen (Annette Bening) avait mis au monde une petite fille. Incapable de supporter cette charge, elle avait été contrainte la confier à une famille adoptive. Elle a depuis totalement perdu sa trace. Trente-sept ans plus tard, elle porte toujours cet abandon comme une blessure. Aigrie, caractérielle, constamment en colère contre les autres, elle ne s’est jamais mariée et vit seule avec sa mère (Eileen Ryan). La vieille femme, mourante, se blâme chaque jour d’avoir poussé Karen à abandonner son enfant, ruinant ainsi sa vie…
Elizabeth (Naomi Watts), la fille de Karen habite dans la même ville, Los Angeles. Avocate brillante, elle a beaucoup changé de poste et voyagé un peu partout aux Etats-Unis, mais, comme le remarque son nouvel employeur (Samuel L. Jackson), elle est toujours revenue au bercail. Peut-être, sans doute même, poussée par le désir inconscient de retrouver un jour sa mère biologique… Elle possède des traits de caractères communs avec sa mère – déterminée, passionnée, d’un abord un peu brut – et vit seule, elle aussi, accumulant les amants de passage…
En parallèle de cette histoire d’une relation mère-fille contrariée, on suit le parcours du combattant d’un couple stérile (Kerry Washington et David Ramsey) qui cherche à adopter un nouveau-né. Un orphelinat les met en relation avec une jeune femme de vingt ans (Shareeka Epps) qui ne désire pas garder le bébé qu’elle porte et pourrait éventuellement le leur confier après l’accouchement…
Mother & child est un film choral sur la maternité et la relation mère-enfant, déclinée sous toutes ses formes à travers une dizaine de personnages et de petites histoires qui vont plus ou moins finir par converger : mère contrainte d’abandonner son enfant ou choisissant délibérément de s’en séparer, fille confrontée à la mort de sa mère ou mère confrontée à la perte de sa fille, liens du sang ou liens fabriqués, maternité biologique ou adoption, mère réelle ou de substitution,… Les situations se répondent et se correspondent tout au long du film…
De nos jours, qui dit film choral dit Alejandro Gonzalez Iñarritu. On n’est donc guère étonné d’apprendre que l’auteur des brillants Babel, 21 grammes ou Amours chiennes maîtres-étalon du genre, oeuvre ici en tant que producteur.
Et on regrette qu’il n’ait pas pris lui-même la caméra pour réaliser ce film…
Rodrigo Garcia, réalisateur du médiocre Les Passagers, ne possède pas son talent pour relier de façon fluide les différentes subdivisions du récit. Il se contente d’empiler mollement des séquences toutes construites sur le même modèle, manquant de l’inspiration et de l’audace qu’aurait apportées un vrai cinéaste : plans larges et alternés basiques, champs-contrechamps sans aucune originalité.
Cela dit, il faut quand même reconnaître que Rodrigo Garcia a su relativement bien se sortir des pièges inhérents à ce genre de structure chorale.
Déjà, il respecte l’équilibre entre ses différentes histoires, apportant le même soin au traitement de chaque personnage. L’avocat joué par Samuel L. Jackson est certes un peu sacrifié par rapport aux autres mais il est vrai qu’il n’est qu’un personnage secondaire, et il a quand même droit, comme les autres, à des morceaux de scènes qui lui permettent de se mettre en valeur…
Ensuite, il se garde bien de verser dans l’émotion cheap, l’avalanche de pathos, le mélodrame tire-larmes. Même si la construction globale s’apparente à un mélo un peu trop complexe pour être honnête, le cinéaste joue la carte de la sobriété et d’une certaine pudeur. La façon dont il traite le décès de la mère de Kate, par exemple, est d’une retenue inhabituelle pour ce genre de production. Et tout est du même acabit, à une ou deux exceptions près. On lui en sait gré…
Enfin, il s’appuie intelligemment sur sa distribution, haut de gamme, pour rendre attachants les personnages et réussir, in fine, à susciter l’émotion, toujours sans verser dans le pathos ou la psychologie de bazar.
Et il fallait bien du talent pour nous rendre émouvants des personnages aussi antipathiques de prime abord.
Kate est une femme aigrie, colérique, odieuse avec son entourage – sa mère, sa femme de ménage, ses collègues… – mais c’est aussi une femme ultra-sensible, meurtrie, déchirée, privée d’une partie d’elle-même et rongée par la culpabilité.
Belle idée que d’avoir confié ce rôle complexe à Annette Bening, qui fait ici – et avec Tout va bien, the kids are all right de Lisa Cholodenko – son retour au tout premier plan après quelques années plus difficiles, jouant l’une de ses plus belles partitions d’actrice de sa carrière.
Le personnage d’Elizabeth n’est guère plus aimable : une garce qui n’hésite pas à séduire son patron ou son voisin, futur père de famille, une avocate offensive et redoutable, une femme qui ne veut s’attacher à rien et à personne… Mais elle aussi est bien plus sensible qu’elle ne paraît. Un événement inattendu, inconcevable, va la transformer, donner un nouveau sens à a vie… Naomi Watts s’en empare avec le talent et la grâce qu’on lui connaît. Elle est belle, lumineuse, intense et finalement, bouleversante…
Face à ces deux grandes actrices, la performance de Kerry Washington a l’air un peu plus fade, mais elle s’en sort également bien, négociant très honorablement une ou deux scènes difficiles à jouer, pour n’importe quelle comédienne…
Ce trio porte le film, mais les seconds rôles ont aussi l’occasion de se mettre en valeur : Eileen Ryan (la mère de Sean Penn) nous touche par ses regards perdus, tout comme la jeune Shareeka Epps.
Côté garçons, outre Jackson, stoïque comme un maître Jedi, on retrouve les excellents Jimmy Smits et David Morse. Tous sont également très bien dans leur rôle…
Le jury du dernier Festival du Film Américain de Deauville semble avoir adoré le long-métrage de Rodrigo Garcia puisqu’il lui a décerné son Grand Prix. Pour notre part, nous sommes un peu plus réservés. Le manque d’ambition de la réalisation, platement illustrative, nous a un peu gênés, mais Mother & child nous a finalement laissé une impression plutôt positive, grâce à ses beaux numéros d’acteurs et le côté universel de ses thématiques.
Vous pouvez vous forger votre propre opinion sur le film en le découvrant aujourd’hui en DVD et Blu-Ray, agrémenté de quelques bonus appréciables…
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BONUS
- Making of (15mn)
- Scènes coupées (10mn)
- Bande annonce
Note globale des bonus : ●●●○○○
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| DVD9– Zone 2 /Blu Ray – PAL – Couleur – Format 2.35 / 16/9 compatible 4/3 Durée totale : 145 mn |
| Langues : | Français 2.0 Anglais Dolby Digital 5.1 / 2.0 / DTS 5.1 HD (BR) |
Sous-titres : | Français |
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ARTICLES LIES
Si vous avez raté Amore au cinéma, la sortie DVD vous donne l’occasion de rattraper le beau film de Luca Guadagnino, construit comme un opéra baroque, excessif et sensuel, en trois actes et autant de pics dramatiques…
Premier acte. Hiver. La caméra nous entraîne dans une ville de Milan recouverte de neige. Une chape glacée aussi froide que le climat qui règne au dîner que les Recchi, une riche famille d’industriels locaux, ont organisé en l’honneur de l’anniversaire du patriarche, Edoardo Senior. Tous les participants ont l’air rigide, un rien crispé. Ils ont l’air figé, comme des statues de cire… La pièce est plongée dans la pénombre, donnant à l’événement un aspect crépusculaire. De fait, c’est la fin d’une époque. Le vieillard annonce qu’il va passer la main, céder son entreprise à ses héritiers. Mais il profite de l’occasion pour leur balancer quelques petites piques vachardes. A sa petite fille, qui a eu la curieuse lubie d’abandonner la peinture pour se lancer dans la photo. A son petit-fils, qui vient de perdre une course à pied contre un “vulgaire” cuisinier. Une classe inférieure, quelle honte !…
Il aurait tort de se priver vu que dans ce clan, on se doit de rester à sa place, de respecter les paroles du doyen… Ultime provocation, il annonce son souhait de voir lui succéder son fils Tancredi mais aussi… son petit-fils Edoardo Junior, “parce qu’il faut bien deux hommes pour [le] remplacer”…
Tancredi encaisse le coup bas, les mâchoires serrées. Edoardo Jr est stupéfait. Lui n’aspirait qu’à profiter un peu de la vie, de sa jeunesse. Pas de devenir si tôt capitaine d’industrie… Il s’apprêtait juste à faire ses premiers pas dans le monde des affaires en aidant son ami Alberto, le cuisinier qui l’a battu à la course, à ouvrir un restaurant sur les hauteurs de San Remo…
Deuxième acte. Printemps. Le temps est à l’amour et aux cachotteries. Edoardo Junior prépare son mariage avec une jeune femme qui a toutes les qualités requises pour s’intégrer parmi les femmes de cette famille bourgeoise – belle, altière, discrète et ambitieuse. Elisabetta, sa soeur, est également amoureuse… d’une autre femme.
Des affaires sentimentales que Tancredi ne suit pas, trop occupé à reprendre la main sur les affaires économique et à tenter de vendre l’usine à des entrepreneurs étrangers. Il délaisse du même coup sa femme, Emma (comme l’héroïne de Flaubert), qui s’ennuie à mourir, mais qui ne s’en rend même plus compte tellement elle est prisonnière de ce carcan de conventions sociales poussiéreuses.
La découverte des plats mitonnés par Alberto réveille en elle la notion de plaisir. Elle nourrit une fascination à l’égard du jeune homme, qui se transforme rapidement en désir… Ils deviennent amants et prennent l’habitude de se voir à la campagne, près du lieu où Alberto veut ouvrir son restaurant.
Dernier acte. Eté. Le temps tourne à l’orage… et à l’affrontement entre les deux forces présentées lors des actes précédents. D’un côté le pouvoir et l’argent, la solidité de ce clan où chacun a sa place et ne doit surtout pas en bouger… De l’autre, la passion amoureuse et la liberté de vivre sa vie, sans contraintes, sans enclaves. Pour certains personnages, c’est une libération… Pour d’autres, l’issue sera plus tragique…
La construction, on le voit, est très schématique. Une saison par partie, des personnage assez stéréotypés, des situations déjà vues mille fois ailleurs.
C’est sans doute pour cela que le cinéaste a choisi d’accentuer le trait, de jouer ouvertement la carte du baroque. Conscient de ne pouvoir innover sur des thématiques déjà abordées à d’innombrables reprises au cinéma – et par des maîtres du septième art – il a pris le risque de conserver un scénario ultra-balisé et hautement prévisible en l’illustrant avec un style de mise en scène franchement “casse-gueule” constamment dans l’emphase, le foisonnement, le bouillonnement.
Parfois, ça passe – quand les yeux de Tilda Swinton, en pleine confusion des sentiments, virent du vert au noir, ou quand le cinéaste décrit le plaisir gustatif d’un plat par l’illumination (au propre comme au figuré) du visage de l’actrice – parfois ça casse – la scène d’amour champêtre, un peu mièvre – et le plus souvent, c’est en équilibre très instable…
Certains apprécieront l’audace de certaines scènes, dont le final, quasi-muet – à l’exception de quelques mots très durs – et porté par une musique tonitruante, d’autres jugeront l’ensemble totalement ampoulé et ridicule. C’est un peut comme l’opéra, on aime ou on déteste… Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas…
En revanche, tout le monde devrait être d’accord sur les performances des acteurs, tous impeccables malgré le côté un peu caricatural de chaque personnage.
Côté femmes, on retrouve Marisa Berenson dans un rôle de bourgeoise guindée qui lui convient à merveille, ainsi que la jeune actrice qui monte en Italie, Alba Rohrwacher, en romantique lesbienne, ou la belle Diane Fleri en jeune épouse arriviste.
Côté hommes, le cinéaste peut s’appuyer sur le charisme de Flavio Parenti (Edoardo) et d’Edoardo Gabbriellini (Alberto). Mais aussi sur la performance glaciale de Pippo Delbono en homme d’affaires dépourvu de sentiments, austère et étouffant.
Et puis il y a bien sûr Tilda Swinton, une nouvelle fois magnifique dans un rôle pas si évident que cela à appréhender.
Qui d’autre qu’elle aurait pu jouer successivement sur le côté discret, effacé du personnage, puis dévoiler toute sa sensualité, toute sa beauté ?
Qui aurait pu porter des tenues aussi ostentatoires (rouge vif ou orange “Casimir”) sans sombrer dans le ridicule ?
Qui aurait poussé le perfectionnisme jusqu’à apprendre deux langues étrangères – le russe puis l’italien, dans cet ordre – pour coller au plus près du personnage ?
L’actrice britannique, de par son jeu subtil, intense, tout en nuances, est l’atout principal de ce film qui a été écrit pour elle par Luca Guadagnino. Si on ne devait retenir qu’un seul argument en faveur d’Amore, ce serait indéniablement sa performance passionnée…
Mais ce n’est pas le seul point fort du film, bien heureusement. On peut aussi apprécier le portrait glaçant que le cinéaste dresse de la bourgeoisie milanaise et le sous-texte politique évident qui y est associé – ne pas oublier qu’Il Cavaliere, Silvio Berlusconi, est lui-même issu de la haute bourgeoisie milanaise…
Film à la fois classique et original, un brin déroutant par son côté emphatique et boursouflé, Amore est une oeuvre tumultueuse où s’affrontent le feu et la glace.
Son bouillonnement typiquement latin lui vaudra probablement de perdre quelques spectateurs en route, mais saura peut-être toucher ceux qui se lassent désormais des films hollywoodiens aseptisés et tempérés…
Et rien que pour la performance de Tilda Swinton, cet opéra baroque mérite que l’on s’y intéresse…
A noter que le DVD contient en bonus le court-métrage Tilda Swinton : The love factory, documentaire de 35 mn réalisé en 2002 par un Luca Guadagnino fasciné par l’actrice. Il s’agit d’un entretien réalisé en toute intimité, loin des contraintes promotionnelles habituelles et très spontané. L’actrice, magnifiée par la caméra du cinéaste italien, parle de son métier et de sa condition de femme. Un petit film qui explicite la relation de confiance entre le metteur en scène et l’actrice, et est donc un supplément fort appréciable…
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BONUS
Il faut se “contenter” de la bande-annonce et de Tilda Swinton : The love factory, court-métrage de 35 mn qui montre la complicité du metteur en scène et de sa vedette, le lien intime créé entre eux.
Ca vaut bien des making-of plats et des commentaires audio insipides…
Note globale des bonus : ●●●●○○
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DONNEES TECHNIQUES DVD
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 1.85 / 16/9 compatible 4/3 Durée totale : 155 mn |
| Langues : | Français Dolby stéréo Italien Dolby stéréo, 5.1 DD |
Sous-titres : | Français |
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Quelque part en Corée du Sud, de nos jours…
Un type passablement énervé se défoule sur une femme, en pleine rue. Les passants ne bronchent pas, sauf un homme, qui intervient et met une véritable dérouillée au macho. Mais, contre toute attente, il se met lui aussi à gifler la malheureuse, en lui faisant la morale : “pourquoi vous laissez-vous frapper ainsi?”…
Bienvenue dans l’univers de Sang-hoon, un homme qui ne sait pas s’exprimer autrement que par la violence, qu’elle soit physique ou verbale.
Il exerce un métier en adéquation avec la rage qui l’anime : collecteur de fonds pour un prêteur sur gages, chargé de faire payer leurs dettes aux clients récalcitrants, par la force s’il le faut. Aucun état d’âme, aucune hésitation… Et le bonhomme fait tellement de zèle qu’il tabasse même ses collègues quand ils ne sont pas assez “actifs”…
Il fait preuve de la même attitude sympathique avec ses proches – du moins, le peu de gens qui arrivent encore à le supporter – son voisinage et les individus qui ont le malheur de croiser sa route. Il les bouscule, les malmène, les abreuve d’insultes…
Mais, derrière ce comportement violent détestable, on devine un fond de bonté, de générosité et d’amour, qui se manifeste, de façon certes un peu brute, lors des petits moments passés avec son neveu, un petit garçon de six ans que sa soeur élève seule, ou lors des discussions avec son patron, qui est aussi un ami d’enfance.
On apprend très vite les raisons de cette rage, de cette violence très mal contenue. Enfant, Sang-hoon voyait régulièrement son père insulter et tabasser sa mère. Jusqu’au jour où cela est allé un peu trop loin et a conduit à un véritable drame familial. Sang-hoon et sa soeur ont dû apprendre à vivre seuls pendant que leur père a purgé une longue peine de prison.
Ce dernier, aujourd’hui un vieil homme, est accablé de culpabilité, brisé par le malheur qu’il a occasionné. Mais Sang-hoon ne veut surtout pas s’apitoyer sur son sort. Il déteste son père et cherche à rester loin de lui… sauf en certaines occasions où la colère est trop forte et où il se rend chez le vieillard pour le brutaliser comme ce dernier brutalisait sa famille.
La violence serait-elle héréditaire ?
On pourrait se le demander, car, comme le souligne Sang-hoon lui-même : “dans ce pays, les pères sont complètement dingues. Ce ne sont que de pauvres types, mais dans leur famille, ils se comportent comme des dictateurs”. De fait, la violence domestique, dans ce film, ne concerne pas que Sang-hoon et son père. La soeur, par exemple, vit seule parce qu’elle ne supportait plus de se faire tabasser par son mari. L’un des clients du prêteur sur gages est en train de frapper sauvagement son épouse quand Sang-hoon, venu collecter les dettes, l’interrompt dans sa basse besogne…
Et au sein de la famille Han (1), toutes les discussions sont empreintes d’une violence verbale qui ne demande qu’à se manifester physiquement.
Cette famille, c’est celle de Yeon-Hee, une lycéenne à la langue bien pendue qui va réussir à rentrer dans le cercles d’intimes de Sang-hoon, non sans avoir préalablement été mise KO par son langage ordurier et ses coups – une sorte de coup de foudre extrême, en somme…
La jeune femme a elle aussi été contrainte de s’endurcir pour résister à un univers familial exclusivement masculin et macho. Son père a quasiment perdu la raison depuis que son épouse est morte, se comportant depuis en tyran paranoïaque vis-à-vis de ses enfants. Son frère, lui, passe son temps à la provoquer et à lui soutirer de l’argent par la force. Et pourtant, sorti du giron familial, c’est une véritable mauviette qui supporte difficilement la vue du sang…
Lui aussi va croiser la route de Sang-hoon. Un de ses amis lycéens vient de se faire employer comme nervi pour le compte du prêteur sur gage et l’a recommandé à son nouveau patron. C’est Sang-hoon qui est chargé de leur apprendre le métier.
Evidemment, le caïd ne se privera pas de lui reprocher son manque d’engagement à sa façon, en le brutalisant et en l’humiliant. Un enseignement à la dure qui ne sera pas sans conséquences…
La transmission de la violence comme un virus est au coeur du film. Sang-hoon ne fait que répéter un peu malgré lui, ce qu’il a vécu dans son enfance et il enseigne à son tour aux plus jeunes la brutalité, la rage, la haine.
Il ne se rend pas forcément compte qu’il contribue à propager le Mal. Il est juste tellement centré sur son histoire personnelle, enfermé dans ses propres traumas, qu’il est incapable de réfléchir à son comportement vis-à-vis des autres…
Ce formidable personnage, à la fois profondément antipathique et terriblement attachant, est emblématique de la Corée du Sud, pays meurtri par un passé récent encore douloureux : l’invasion et l’occupation japonaise, la scission fratricide avec la Corée du Nord et la guerre qui s’en est ensuivie, la dictature puis l’instauration de régimes démocratiques mais gangrénés par la corruption et le clientélisme… Pas étonnant que les sud-coréens soient un peu sonnés et emplis d’une certaine colère, une rage qui ne demande qu’à s’exprimer… Une partie de cette énergie a été transformée de manière positive, permettant au “pays du matin calme” de transformer une situation économique proche de celle d’un pays du tiers-monde en prospérité financière. L’autre partie, hélas, reste de la violence brute, qui se traduit par un taux élevé de violences domestiques, de délinquance, de criminalité.
Le film illustre tout cela. Il montre aussi la colère des plus jeunes face à un pouvoir qu’il jugent corrompu… et la riposte des forces de l’ordre, plutôt sauvage et sanglante…
Breathless s’inscrit donc dans une grande tradition du cinéma sud-coréen, et dans la lignée de films d’auteurs tels que Park Chan-wook (Sympathy for Mister Vengeance, Old boy, Thirst), Bong Joon-ho (Memories of murder, The host, Mother), ou Kim Ki-duk (L’île, Locataires).
Mais il s’en démarque aussi par une façon de filmer totalement différente.
Alors que les auteurs précités – et les autres grands noms du cinéma coréen – travaillent beaucoup sur le style et l’esthétique de leurs oeuvres, Yang Ik-June livre une mise en scène beaucoup plus rustique. Image numérique brute, caméra à l’épaule qui colle au plus près des personnages, et notamment de Sang-hoon. Le style colle parfaitement avec le propos du film. Il lui confère une dimension naturaliste et sert à illustrer un certain bouillonnement intérieur ainsi qu’une forme d’aliénation, d’enfermement, de repli sur soi.
Ceci évoque moins le film noir conventionnel – le genre de prédilection de nombreux cinéastes coréens – que les films de la Nouvelle Vague française.
C’est peut-être la raison du titre international du film, Breathless (littéralement : A bout de souffle – toute ressemblance avec le film de Godard serait purement fortuite?)…
Mais, comme le note Charles Tesson dans son analyse du film, présente en bonus sur le DVD, “Yang Ik-June a vu des films, mais Breathless n’est pas d’un film de cinéphile”. Si point commun avec la Nouvelle Vague il y a, il est à chercher du côté de la liberté de ton du cinéaste, et dans la nécessité impérieuse, viscérale, pour l’auteur de mettre en images ce qu’il éprouve, ce qu’il gardait au fond de lui pendant des années.
On sent que le cinéaste, qui joue également le rôle principal, a mis toute son énergie dans la réalisation de ce projet. Il y a là une force, une densité, une énergie brute, une intensité qui ne s’inventent pas. Cette histoire, c’est un peu la sienne.
Il s’est servi de sa propre histoire familiale, de son propre passé – et notamment d’une adolescence plutôt rude – pour écrire son scénario.
Une démarche totalement cathartique, grâce à laquelle il a pu se libérer de la colère de la rage qu’il renfermait en lui, et qu’il n’arrivait pas à extérioriser avec son métier initial, acteur (2).
C’est sans aucun doute ce qui confère à l’oeuvre sa formidable sincérité… Et c’est pourquoi l’énergie qui anime d’ordinaire les films des cinéastes débutants est ici décuplée et hautement communicative.
Mais attention : ce n’est pas parce que Yang Ik-June est débutant et que son film s’éloigne de l’esthétique coréenne classique que Breathless est dépourvue de grands moments de cinéma. A certains moments parfaitement choisis, la caméra se pose pour mieux laisser à l’émotion le soin de nous submerger. Comme dans les deux plus belles scènes de l’oeuvre : celle où Sang-hoon, en train de tabasser violemment son père, est surpris par son neveu et peut voir se refléter dans son regard innocent l’ampleur de sa propre haine, de sa propre violence, et celle où le caïd arrive enfin à se laisser aller, à sangloter dans les bras de Yeon-Hee…
Deux superbes moments de cinéma où la caméra se place à la juste distance des personnage pour faire passer l’émotion sans aucune complaisance.
Le cinéaste s’autorise également une fin surprenante, par le biais d’un effet de montage audacieux, mêlant avec une fluidité déconcertante rires et larmes…
Car évidemment, tout cela ne finira pas sans heurts. Dans un récit totalement imprégné de violence, la rédemption ne peut être qu’un long chemin de croix, et l’idée de “happy-end” est une aberration…
Le cinéaste laissera le spectateur libre de se forger sa propre opinion sur le dénouement, sorte de verre à moitié plein/à moitié vide. Les plus pessimistes retiendront que le cycle de la violence semble sans fin, les plus optimistes verront dans la reconstruction d’une cellule familiale saine un signe d’espoir en un avenir meilleur…
Alors, pessimiste ou optimiste? Personnellement, on opte plutôt pour la seconde solution, ravis d’avoir découvert ce film formidable, véritable joyau noir, brut et intense. Peut-être le cinéaste n’arrivera-t-il plus à nous livrer une autre oeuvre de cette envergure. Peut-être cela restera-t-il même son seul et unique long-métrage, qui sait? Mais au moins, il nous aura livré ce petit chef d’oeuvre, film coup de poing dont on sort un peu groggy, chancelant mais heureux.
Alors si comme nous, vous avez raté en salle ce film magnifique, grand prix du festival du film asiatique de Deauville en 2009, précipitez-vous sur l’édition DVD qui vient de sortir, à l’initiative d’Agnès B. et de Potemkine films.
(1) : Le nom n’est sans doute pas choisi par hasard, la Corée du Sud étant appelée Hanguk, qui signifie littéralement Pays des Han. La famille Han prend alors une dimension allégorique forte…
(2) : Yang Ik-June a joué dans une trentaine de courts-métrages et une dizaine de longs-métrages avant de tourner son propre film.
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BONUS
- Présentation du film par Charles Tesson, critique et historien du cinéma (20 mn)
A voir après le film, car il révèle des moments-clés de l’intrigue.
Note globale des bonus : ●●●●○○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 1.85 / 16/9 Durée totale : 150 mn |
| Langues : | Coréen 2.0 + 5.1 | Sous-titres : | français |
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Tout les cinéphiles ont déjà entendu parler de la “politique des auteurs”, sans se demander pour autant à quoi elle faisait référence.
Euh, non, ce n’est pas l’obligation qu’ont les réalisateurs d’adhérer à un quelconque parti politique de droite ou de gauche…
L’expression a été utilisée pour la première fois par les critiques des “Cahiers du Cinéma” de la grande époque, celle ou les Truffaut, Chabrol et Rivette usaient de leurs plumes acérées pour défendre leurs cinéastes favoris, audacieux et visionnaires, et pourfendre les autres, tenants d’un cinéma poussiéreux. Elle pose les bases d’une critique subjective articulée non pas sur un film isolé, mais sur l’ensemble de l’oeuvre de son réalisateur. Ceci permet de dégager un fil conducteur, des thématiques récurrentes, un style,d’établir des connexions d’un film à l’autre, et de remettre en perspective certains films “mineurs” d’un auteur par rapport au reste de son oeuvre.
Et, même si la méthode parfois dériver vers de la complaisance à l’égard de certains cinéastes-chouchous ou de l’intransigeance vis-à-vis de cinéastes qui ne correspondent pas aux canons esthétiques et thématiques maison, il est toujours intéressant de découvrir le travail des metteurs en scène à travers un ensemble de films.
C’est ce que propose la collection DVD “Deux films de…”, dirigée, justement, par “Les Cahiers du cinéma” et éditée par Why Not distribution.
Un peu dans l’esprit de la collection mythique “Les films de ma vie”, chaque coffret contient deux films choisis parmi la filmographie d’un cinéaste, souvent des oeuvres rares ou méconnues, qui mettent en avant le travail de leur auteur.
Nouveaux exemples avec les deux nouvelles pièces de la collection “Noémie Lvovsky” et “Robert Kramer”
Honneur aux dames : le premier est consacré à Noémie Lvovsky. Si son nom n’évoquera pas grand-chose au grand public, son visage, lui, est davantage connu, puisqu’elle a joué bon nombre de seconds rôles dans des comédies plus ou moins intéressantes. Mais c’est bien comme cinéaste que cette femme s’est faite connaître, grâce à quatre longs-métrages (et autant de courts) ayant connu un beau succès critique et construisant une oeuvre cohérente, empreinte d’une certaine douceur…
Dans le coffret, on trouve son premier long-métrage, Oublie-moi, ce qui va permettre de réparer une injustice.
A l’époque de sa sortie, certaines voix commençaient à s’élever contre un cinéma d’art et d’essai français trop marqué par le style “Fémis”, soit une conception, je cite, “intello-chiante” du cinéma héritée de la Nouvelle Vague, telle qu’enseignée dans la célèbre école. Oublie-moi a quelque peu fait les frais de ce vent de contestation – assez idiot par ailleurs – en étant cité par les frondeurs comme l’exemple-type des dérives d’un cinéma d’auteur nombriliste.
Pourquoi cette haine ? Peut-être parce que Noémie Lvovsky a fait ses études à la Fémis ? Ou bien parce qu’elle a collaboré aux premiers films d’Arnaud Desplechin, le nouveau chouchou des critiques “sérieux” et chantre de la nouvelle “Nouvelle Vague” ? Ou encore parce que les titres de deux de ses courts-métrages (Embrasse-moi, Dis-moi oui, dis-moi non – présenté dans le coffret, en bonus ) et de son long-métrage – et “moi” et “moi” et “moi” – laissaient présager quelque chose d’égocentrique…
Procès injuste, absurde, car si dans ce film, Noémie Lvovsky raconte les problèmes existentiels d’une trentenaire qui lui ressemble sans doute un peu, le film n’a rien de “nombriliste”. Le personnage joué par Valéria Bruni-Tedschi, un peu dans le même registre que son rôle dans Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel, est suffisamment attachant pour que chacun s’y reconnaisse un peu, véhicule des angoisses et des tourments assez universels.
C’est une ronde des sentiments qui nous est proposée ici : Nathalie (Valéria Bruni-Tedeschi, donc), en couple avec Antoine (Emmanuel Salinger), n’arrive pas à oublier son ex, Eric (Laurent Grévill) qu’elle poursuit de ses assiduités. Cruelles relations humaines, où tout n’e se passe pas toujours comme on le voudrait, douleur du dépit amoureux, aux effets dévastateurs… Le thème central de l’oeuvre de la réalisatrice – les sentiments amoureux- est déjà en place dans ce premier film. Elle en continuera par la suite l’exploration dans ses longs-métrages suivants, qui culminera dans son meilleur film, justement appelé Les sentiments, avec Jean-Pierre Bacri, Isabelle Carré et Nathalie Baye.
Par ailleurs, si le film est bien construit selon des codes esthétiques communs à toute une génération de cinéaste, il dégage aussi, très discrètement, ce qui fera par la suite l’originalité des films de la cinéaste : une certaine fantaisie, une poésie gentiment loufoque et décalée, qui se manifeste dans la folie douce gagnant Valéria Bruni-Tedeschi et dans la tonalité générale du film.
Mais c’est surtout dans son second long-métrage, La vie ne me fait pas peur, que la cinéaste va affirmer ce virage vers un imaginaire plus coloré, vers davantage de fantaisie.
A la base, il s’agissait d’un film de commande d’Arte, dans le cadre de la collection “Les Années lycée”, une série de téléfilms ayant accouché d’oeuvres marquantes comme Le péril jeune de Cédric Klapisch.
”Petites”, le téléfilm d’origine, est devenu grand sur grand écran, dans sa “version longue remaniée” qu’est La vie ne me fait pas peur. Le téléfilm comme le long-métrage racontent le cheminement de quatre copines de l’adolescence vers l’âge adulte, avec ce que cela comprend de découvertes, de déceptions, de petits bonheurs…
La cinéaste est parvenue à s’affranchir des contraintes liées au cadre imposé, l’adolescence et le lycée, pour en tirer une oeuvre entraînante, drôle, pétillante, truffée d’idées de mise en scène.
Il est vrai que l’oeuvre doit aussi beaucoup à l’énergie communicative des quatre jeunes interprètes, qui depuis ont bien grandi : Magali Woch, Julie-Marie Parmentier, Ingrid Molinier et Camille Rousselet. Mais c’est aussi l’une des composantes du talent de Lvovsky que de choisir et diriger ses comédien(ne)s.
Ce coffret permet de voir, d’une part, l’évolution du style de la cinéaste vers plus de fantaisie, d’humour et d’originalité, et d’autre part brasse les grandes thématiques de son oeuvre encore en construction… D’où l’utilité de faire découvrir deux films simultanément…
Le second coffret rend hommage au travail d’un auteur hélas méconnu du grand public : Robert Kramer.
Avant de nous quitter, ce réalisateur américain, a réalisé ou coréalisé 25 films, dont quelques-uns particulièrement critiques vis-à-vis de son pays d’origine.
Politiquement très marqué à gauche, Kramer méritait vraiment l’appellation de « cinéaste engagé ».
« 2 films de… » a sélectionné deux de ses œuvres les plus connues (avec Millestones, The people’s war et l’imposant Route One, USA) : Doc’s Kingdom etWalk the walk.
Le premier est une fiction axée autour d’un homme en exil, James Matter dit « Doc » (joué par l’excellent Paul McIsaac), un vétéran du Vietnam, ancien activiste qui a quitté son pays pour s’installer au Portugal, où il exerce la profession de médecin dans un petit hôpital lisboète. Il habite dans une cabane, dans une sorte de bidonville situé aux frontières de la ville.
Le lieu a son importance. Il est situé dans la marge, à la frontière entre deux mondes, deux classes sociales. Trois continents aussi puisque l’Afrique, où Doc a aussi bourlingué, y est bien représentée et où l’Océan laisse deviner, en perspective, l’Amérique.
Le monde industriel, symbolisé par les infrastructures portuaires grises, sales, polluantes, y côtoie les vestiges du passé. L’endroit dégage à la fois une certaine chaleur et une froide violence, notamment dirigée contre ce qui représente les Etats-Unis, ogre impérialiste.
Oui, cet endroit ressemble au personnage principal. Usé, délabré, malade (Doc est alcoolique), hanté par le passé (au cours de ses voyages, il a été confronté à la guerre et à la misère), rongé par le présent (l’évolution du monde vers un sombre système économique et politique – Nous sommes alors au sortir des années Reagan, qui ont vu se creuser le fossé entre les plus riches et les plus démunis…), pas vraiment à sa place ici, ni ailleurs.
Difficile de ne pas voir en Doc une sorte d’alter-ego du cinéaste, activiste de gauche qui a quitté les Etats-Unis pour pouvoir poursuivre sa carrière en Europe (en Allemagne, en France, au Portugal…). Il accompagnera d’ailleurs Robert Kramer quelques années plus tard, pour son retour au pays, quand le cinéaste tournera son documentaire-fleuve sur l’Amérique, Route one / USA.
Doc’s kingdom est un beau film sur l’exil, la solitude de l’expatrié – compensée partiellement par la satisfaction de pouvoir vivre libre – et une œuvre d’une profonde mélancolie évoquant, en filigrane, la fin des utopies nées dans les années 1960.
C’est aussi une belle variation autour du thème de la paternité, des racines, des origines.
L’ex-épouse de Doc, Rozzie, vient de décéder, dans un hôpital de l’autre côté de l’Atlantique. Leur fils Jimmy (incarné par le tout jeune Vincent Gallo) tombe sur les lettres annuelles que Doc continuait d’envoyer à sa femme et se met en tête de le retrouver.
Contrairement à ce qu’aurait donné un traitement classique du sujet, les retrouvailles ne donnent pas lieu à des grands moments larmoyants, plombé par le pathos et les bons sentiments. On assiste juste à la confrontation de deux solitudes, deux hommes qui sont heureux de converser, le temps d’une soirée, d’échanger des points de vue, mais que rien de tangible n’unit encore.
Dans le « Royaume de Doc », les racines ne sont plus que de lointains souvenirs, l’homme n’a pas d’attaches et ne peut donc pas accepter la paternité, vue comme une enclave.
Le personnage a décidé de ne pas être père, pas par manque d’affection mais par besoin de liberté, par refus de cette responsabilité…
Chez Robert Kramer, la paternité n’est pas quelque chose d’innée. C’est un choix, une démarche, une volonté…
Un propos qui tranche singulièrement avec les conventions sociales et narratives !
D’ailleurs, la forme du film est elle aussi assez atypique. La façon de filmer est proche du documentaire, et l’image granuleuse, proche de la vidéo, va dans ce sens. Mais en même temps, ce long-métrage possède une esthétique assez particulière, baigne dans une ambiance nocturne assez poétique. Il s’autorise même quelques envolées oniriques des plus étranges.
Doc’s kingdom est donc un film assez inclassable, original de par son approche thématique et passionnant de par son côté radical, profondément indépendant, évoluant librement entre les cultures…
On retrouve les thèmes du voyage, de l’exil et de la famille dans Walk the walk.
Dès le début du film, on assiste à l’éclatement d’une cellule familiale. La fille, Raye (Betsabee Haas), quitte ses parents pour vivre sa propre vie, découvrir de nouveaux horizons – la Suisse, l’Allemagne, l’Europe. Peu après, le père, Abel (Jacques Martial), athlète de haut niveau, abandonne sa femme pour prendre lui aussi un nouveau départ, plus à l’est – en Ukraine, à Odessa, haut lieu de la Révolution Russe (et souvenir mémorable de cinéphile – Le Cuirassé Potemkine…). La mère, Nellie (Laure Duthilleul) reste seule. Elle ne part pas, mais commence elle-aussi un cheminement intérieur à la découverte d’elle-même….
Même si Walk the walk, un peu trop schématique, trop “construit”, ne possède pas tout à fait l’intensité de Doc’s kingdom ou de Route One / USA, on retrouve quand même parfaitement l’univers de Robert Kramer.
Déjà au niveau du style, assez unique, avec lequel le cinéaste réussit à combiner documentaire, expérimentation et fiction, en intervenant directement dans le récit, restant hors champ mais discutant avec ses personnages comme s’il les connaissait depuis toujours, les accompagnant dans leur quête intime.
Ensuite dans cette façon admirable de capter l’air du temps, de saisir ce qui définit une époque.
Le monde a changé par rapport à l’époque de Doc’s kingdom. La mondialisation est à l’oeuvre, sonnant le glas des utopies des années 1960/1970. Cette Europe où il s’était exilé est loin d’être la terre promise.
La France, son ultime pays d’accueil, patrie des Droits de l’Homme, peine à gérer les diversités culturelles de ses citoyens – sujet toujours aussi sensible et tabou aujourd’hui, d’ailleurs… En Suisse, on croise des junkies échappant dans des paradis artificiels à un certain malaise social… A Odessa, l’idée d’un pouvoir donné aux ouvriers a fait long feu. Le Mur de Berlin est tombé, le bloc soviétique est tombé et les idéaux socialistes avec lui…
A la Guerre Froide ont succédé des conflits ethniques, aux Balkans, notamment, dont le cinéaste se fait ici le témoin – la guerre de Bosnie n’est pas officiellement terminée quand il tourne son film…
Le constat n’est pas très réjouissant, d’autant qu’à ces mutations économiques et géopolitiques s’ajoute un autre fléau contemporain, le SIDA…
C’est donc encore une certaine mélancolie qui se dégage de ce film assez sombre, qui trouve quand même sa lumière dans l’énergie et la jeunesse de son héroïne, incarnée par la soprano Betsabée Haas.
Là encore, le choix de ces deux films n’est pas absurde, il montre l’évolution du regard du cinéaste sur la société, et pointe aussi les spécificités stylistique d’un auteur méconnu, et pourtant passionnant…
Nous vous invitons donc à découvrir ces deux coffrets fort intéressants, ainsi que les autres joyaux de la collection (Patrice Chéreau, Gregg Araki, Alain Resnais, Jean-Pierre Mocky, Bruno Podalydès, Nanni Moretti, Jean-Luc Godard, Takeshi Kitano, etc…). Sans oublier les deux nouveaux coffrets à paraître début octobre : Ken Loach & Xavier Beauvois…
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COFFRET 2 FILMS DE… NOEMIE LVOVSKY
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BONUS
Dis-moi oui, dis-moi non : court-métrage de fin d’études de Noémie Lvovsky
Note globale des bonus : ●●●●○○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3 Durée totale : 216 mn |
| Langues : | Français 2.0 | Sous-titres : | - |
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COFFRET 2 FILMS DE… ROBERT KRAMER
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BONUS
Aucun bonus pour ces deux films.
Note globale des bonus : –
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 1:55 Durée totale : 204 mn |
| Langues : | VO (multilingues) 2.0 | Sous-titres : | français |
EDITION / DISTRIBUTION
Why not Productions
http://www.whynotproductions.fr/
Sortie le : 30/06/2010
Alors qu’il avait été remarqué et applaudi dans tous les festivals internationaux où il a été présenté entre 2006 et 2007 (Toronto, Stiges, Gérardmer et Deauville, pour les principaux), All the boys love Mandy Lane n’a curieusement pas bénéficié d’une sortie en salles dans l’hexagone et il aura fallu attendre près de trois ans avant qu’un éditeur ne se décide à le sortir en DVD et Blu-Ray.
En l’occurrence, Wild Side, dont on peut saluer l’acharnement à mettre en avant le travail de cinéastes originaux et atypiques…
Atypique, All the boys love Mandy Lane l’est sans conteste. Et c’est sans doute cela qui a refroidi les distributeurs du film, bien embêtés pour savoir comment caser le premier film de Jonathan Levine.
De prime abord, on pourrait le définir comme un simple slasher, un de ces succédanés de Vendredi 13 ou d’Halloween produits à la pelle par l’industrie cinématographique américaine, où des teenagers dépravés se font massacrer par un tueur psychopathe sadique.
L’intrigue est en effet des plus basiques : Avec la douceur de ses traits, son corps sexy, sa pureté virginale et son côté inaccessible, la belle Mandy Lane est un objet de fantasme pour tous ses camarades de lycée. Les filles l’envient ou la jalousent, et les garçons sont prêts à tout, y compris aux actes les plus fous, pour pouvoir la conquérir, la posséder…
C’est dans l’espoir de la séduire qu’une bande de copains l’invite à passer le week-end hors de la ville, dans le ranch du père de l’un d’entre eux, sous prétexte de fêter dignement (ou indignement) la fin de l’année scolaire.
Ils croient avoir partie gagnée quand elle accepte de se joindre à eux. Ils se disent qu’avec alcool, drogues, rock’n roll et la présence de deux autres filles très portées sur le sexe, la blonde Mandy va bien finir par craquer…
Ils n’ont juste pas prévu la présence sur les lieux d’un tueur impitoyable, bien décidé à les éliminer un par un…
Jonathan Levine respecte assez fidèlement les conventions du genre. Il nous présente tout d’abord ses personnages, stéréotypés en diable : la pure Mandy, donc, vertueuse et innocente, le bellâtre de service, qui s’enorgueillit d’avoir conquis au moins une fille par état, rien dans le crâne, tout dans le calbut – ah ben non, en fait… pas grand chose non, plus – la bimbo blonde – no comment – la brunette complexée par ses minuscules bourrelets, mais décomplexée dès qu’il s’agit de choses coquines, le boutonneux qui compense son physique moins avantageux par sa cool attitude, le black de service, plus délicat que ses compagnons, et le gardien des lieux, genre cowboy solitaire à qui on ne la fait pas…
Puis il fait doucement monter la tension autour du groupe, à l’aide de quelques éléments inquiétants (la flaque de sang sur laquelle Mandy tombe en faisant son jogging, le serpent se faufilant vers les baigneurs imprudents, les apparitions furtives d’une silhouette étrangère, menaçante,… ), attendant le moment propice pour débuter la série de meurtres.
Evidemment, les premiers punis seront les ados fornicateurs – les tueurs de slashers aiment que la morale soit respectée… – puis le psychopathe s’attaquera aux autres membres de la bande, les dézinguant l’un après l’autre à rythme régulier, gardant la confrontation avec Mandy Lane pour la fin…
Oui, vu comme cela, rien ne distingue All the boys love Mandy Lane du petit film d’horreur lambda…
Hormis, peut-être, le soin particulier apporté à la mise en scène, plus stylisée que la plupart des films du genre, avec notamment un gros travail sur la texture des images, un peu granuleuses, aux couleurs contrastées. Elle prend un tour presque expérimental avec ses cadrages étranges, ses effets de focales, ses ralentis, son montage nerveux. Un peu trop même, se dit-on, car cette démonstration technique virtuose, mais un peu maniérée, n’apporte finalement pas grand chose au film…
Autre curiosité, la façon avec laquelle Levine s’ingénie à balayer d’un revers de la main tous les artifices narratifs traditionnels du genre. Ici, pas de gros effets de surprise, pas de “coup du chat” qui surgit pour nous faire bondir du fauteuil.
Les meurtres eux-mêmes restent relativement sobres au regard des exécutions inventives de Jason Voorhees et autres psychopathes échappés de Scream ou Souviens-toi l’été dernier.
Enfin, le rythme et la progression du récit sont parfaitement atypiques : le film est tour à tour très lent – la mise en place prend 40 minutes, presque la moitié du film – et très rapide, trop rapide, dès lors que l’action s’emballe enfin, au risque de susciter l’ennui de certains amateurs de slasher…
D’autant que l’identité du tueur est révélée très tôt, alors que ce genre de film repose sur des rebondissements souvent assez tordus.
Certes, la fin du film ménage une surprise de taille, mais cette façon de chercher à désamorcer le suspense est tout de même assez étrange…
C’est que Jonathan Levine se soucie assez peu de réaliser un thriller narrativement correct. Cette trame horrifique n’est qu’un prétexte à un autre film, qui se déroule en filigrane. Une évocation des affres de l’adolescence et la description d’un passage à l’âge adulte souvent vécu comme un traumatisme.
A cette période de la vie, on est mal dans sa peau car on se voit changer physiquement et psychologiquement. On se cherche une identité, on cherche à s’affirmer individuellement… On cherche à plaire, aussi, car l’irruption du désir a modifié profondément le rapport à l’autre. D’où des relations extrêmement complexes et ambigües avec les autres jeunes, vus à la fois comme des amis, des proies sexuelles potentielles ou des rivaux… L’enjeu est autant de s’intégrer à un groupe que de s’y imposer individuellement. Le risque est de se retrouver exclu, laissé dans la marge après avoir été humilié par les railleries et les remarques cinglantes, cruelles, des autres adolescents.
Dans ces conditions, les apparences sont reines. Il est vital de paraître le plus beau, le plus cool, le plus mature, le plus sexy…
Apparemment Mandy Lane n’a pas de souci à se faire de ce point de vue-là. Elle attire tous les regards, cristallise tous les désirs et toutes les jalousies. Elle semble plus mature, plus pure, plus belle que toutes les autres… Tous les garçons aiment Mandy Lane… Et puisque tous ces mâles en rut rôdent autour d’elle, les filles font tout pour l’avoir comme amie…
Pour les autres personnages, la réalité est plus rude… Le moindre petit commentaire, le moindre complexe physique peut prendre des proportions dramatiques : la bimbo se retrouve complexée par une pilosité pubienne trop foisonnante, sa copine se trouve trop grosse, le playboy fanfaron se trouve heurté dans sa virilité quand ces demoiselles se moquent de la taille de son engin,…
Alors on imagine sans peine le malaise qui doit submerger l’adolescent en cas de rejet violent de la part de ses petits camarades. Il y a de quoi péter un câble…
Jusqu’au meurtre…
En abordant l’oeuvre sous cet angle-là, en plaçant les thématiques de la dictature des apparences et de la brutalité du rejet au centre des débats, le film de Jonathan Levine prend tout son sens, toute son ampleur…
Cela explique pleinement ce décalage entre le côté clinquant de la mise en scène (les apparences) et la construction chaotique du récit (le malaise dissimulé sous le vernis).
Et cela donne donne plus de poids à la fin du film, que d’aucuns jugent (à tort) incohérente. Ne leur en déplaise, et sans trop en dévoiler, tout ce massacre trouve bel et bien sa justification, son mobile, dans une histoire d’exclusion, de rejet, et (peut-être, sans doute…) de dépit amoureux…
Il est évident que, pris au premier degré, All the boys love Mandy Lane n’a rien de bien folichon, thriller horrifique trop simpliste, au rythme trop étrange pour convaincre…
Mais justement, le réalisateur invite à aller au-delà des apparences, à gratter un peu pour découvrir un film pas totalement exempt de défauts, certes, mais bien plus subtil qu’il n’y paraît. Il s’agit en effet moins d’un film d’horreur basique que d’une chronique réaliste et crue de l’adolescence, qui finit par tourner au drame le plus noir, un peu comme dans le Bully de Larry Clarke,
Après, on accroche ou pas… On a tout à fait le droit de penser que d’autres films ont aussi bien, voire mieux, traité du malaise adolescent, sans être obligés de passer par un scénario aussi tarabiscoté.
On peut aussi juger l’ensemble trop déséquilibré pour convaincre réellement…
Ou au contraire y voir l’émergence d’un auteur à part entière, qui continuera avec son film suivant, The Wackness, sorti en 2008 sur nos écrans, à creuser son sillon avec un style sensible et attachant…
Bref, le film divise. C’est le lot de toutes les oeuvres avant-gardistes…
En revanche, tout le monde sera sans doute d’accord pour louer la performance de la belle Amber Heard dans le rôle-titre : intense, troublante, irradiante de sensualité, elle exerce sur nous la même fascination que sur les autres personnages du récit.
Ceux-ci sont d’ailleurs également incarnés avec beaucoup de justesse, ce qui est plutôt inhabituel pour ce type de film…
Ne serait-ce que pour cela, All the boys love Mandy Lane mérite d’être découvert. Et cette édition DVD (et Blu-Ray) tardive vous en offre l’opportunité.
Alors, aimerez-vous Mandy Lane ?…
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All the boys love Mandy Lane
All the boys love Mandy Lane
Réalisateur : Jonathan Levine
Avec : Amber Heard, Anson Mount, Whitney Able, Michael Welch, Edwin Hodge, Aaron Himelstein, Luke Grimes
Origine : Etats-Unis
Genre : faux-slasher
Durée : 1h27
Note pour ce film : ●●●●○○
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BONUS
- Entretien avec Amber Heard (26 mn)
- Entretien avec Jonathan Levine (14 mn)
Deux entretiens avec les deux principaux artisans du film derrière et devant la caméra, pour mieux comprendre la genèse du projet et la collaboration entre le metteur en scène et ses acteurs. Et aussi d’en savoir un peu plus sur Heard et Levine, leurs parcours respectifs, leurs envies de carrière…
Note globale des bonus : ●●●○○○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 2.40 Durée totale : 127 mn |
| Langues : | Anglais 5.1 DTS Français 5.1 + 2.0 | Sous-titres : | Français |
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EDITION / DISTRIBUTION
Wild Side
http://www.wildside.fr/video/home
Sortie le : 04/08/2010
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[Critique initialement publiée sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
Ah, elle a l’air jolie, l’Afrique du Sud, telle qu’elle est mise en valeur par la Coupe du Monde de football : ambiance de fête, communion des peuples, des races, des cultures autour de l’amour du sport et du ballon rond. Même le bourdonnement des vuvuzelas (1), qui, en temps ordinaire taperait sérieusement sur le système nerveux de tout être humain normalement constitué, est ici loué comme une coutume folklorique très sympathique…
C’est oublier un peu vite que l’apartheid n’est aboli que depuis juin 1991, et que si les tensions communautaires ont régressé après l’accession au pouvoir de Nelson Mandela, principal artisan de la réconciliation nationale, elles restent encore très vives à certains endroits et les problèmes sont loin d’être résolus…
La politique de discrimination positive dans les administrations et la réforme agraire consistant à redonner les terres des afrikaners aux noirs ont été mises en place de façon assez maladroite, laissant un bon nombre de citoyens mécontents, chez les noirs comme chez les blancs et favorisant montée de la criminalité et expression des haines raciales. Avec cette fois un rapport de force très défavorable aux afrikaners (2).
Disgrâce se déroule pendant cette période troublée de l’immédiat post-apartheid.
Son personnage principal, David Lurie est un professeur assez terne qui vivait jusque-là dans une bulle, du fait de ses statuts privilégiés d’universitaire érudit et d’homme blanc. Il se préoccupait moins des ravages de l’apartheid que de sa propre condition, celle d’un homme en proie à la solitude et la misère affective, essayant tant bien que mal de trouver l’âme soeur.
C’est sans doute cela qui l’a poussé à se lancer dans une liaison sentimentale avec une de ses étudiantes, sans réfléchir aux conséquences de ses actes.
Lorsque relation coupable et contraire à toute éthique professionnelle est révélée au grand jour, il est contraint à la démission et retourne s’installer près de sa fille, Lucy, qui tient une petite exploitation agricole à la campagne.
Sur place, il se rend compte assez vite que tout est en train de changer, imperceptiblement, que la mutation du pays est en train d’avoir lieu et que la situation va vite devenir complexe pour les afrikaners…
Les noirs qui jusqu’alors étaient de simples ouvriers (pour ne pas dire des esclaves) au service de riches propriétaires blancs récupèrent de plus en plus de terres et commencent à se développer, poussant chaque jour un peu plus les anciens nantis vers la sortie… Une sorte de revanche de l’opprimé sur l’oppresseur, qui prend des formes plus ou moins subtiles. Dans le cas de Petrus, le voisin de Lucy, cette prise de pouvoir se fait en douceur. L’homme était simple employé de la ferme, puis est devenu copropriétaire de l’exploitation en attendant de pouvoir encore récupérer des terrains et accroître son influence. Il reste en toute circonstance très courtois avec son ancienne patronne et lui apporte encore toute l’aide dont elle a besoin.
Mais d’autres sont moins subtils…
Un jour, David est agressé par trois voyous venus cambrioler sa maison et il assiste, impuissant, au viol de sa fille…
A la lecture du résumé, on pourrait s’attendre, au choix, à une vulgaire histoire de vengeance(s) et d’escalade de la violence, ou à un mélodrame larmoyant. Ou encore, comme certains l’ont dit, à une oeuvre conservatrice aux forts relents xénophobes.
Mais le script est bien plus subtil que cela. Et pour cause : Disgrâce est l’adaptation d’un roman de John Maxwell Coetzee (3), prix Nobel de littérature en 2003. Une belle réflexion sur le pouvoir, la responsabilité et la culpabilité, qui montre le poids de l’Histoire, de la société, de la communauté sur des individus…
Les conséquences de l’apartheid ne servent que de toile de fond à un propos plus universel sur les rapports de forces entre dominants et dominés. Des rapports mouvants où les maîtres peuvent devenir des esclaves et réciproquement. Et où tout être humain, par faiblesse, par facilité, par impuissance, est également esclave de sa propre condition.
Aucun des personnage n’est positif ou négatif, tout blanc ou tout noir (si j’ose dire…). Tous sont victimes de leurs propres désirs, de leurs propres démons… David se laisse emporter par son désir pour sa belle étudiante et n’est finalement pas si différent du jeune violeur, fasciné par Lucy. Ils ressemblent plus à deux êtres frustrés, incapables de résister à leurs pulsions. Presque des animaux, comme ces chiens dont s’occupe l’amie de Lucy…
Et les deux victimes ont une attitude très ambigüe par rapport à leurs bourreaux. Elles semblent tellement résignées qu’on les croirait consentantes, et dans le même temps, on sent en elles une sourde colère, une force morale insoupçonnée, sans doute supérieure à celle des protagonistes masculins.
Lucy accepte sans broncher les viols à répétition, la perte progressive de ses terres, de son statut de patronne de l’exploitation. Elle se plie aux exigences de Petrus et de son clan… Mais au final, elle ne cède pas, ne fuit pas. Elle reste pour se reconstruire en repartant de zéro, pour que ce pays, son pays, puisse aussi repartir sur de nouvelles bases. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cet abaissement total, cette soumission, lui permet aussi de s’émanciper. C’est elle qui prend la décision de rester et qui impose, au final, ses propres règles…
Evidemment, son attitude peut être critiquable, discutable, mais elle est assez représentative des questionnements moraux qui tourmentent les personnages…
Le récit entremêle en effet des notions complexes. Il aborde les questions des rapports entre les sexes et de la domination masculine, des rapports de classe entre patrons et ouvriers, entre citadins érudits et habitants des campagnes plus frustres, des rapports raciaux, évidemment…
En Afrique du Sud, les relations entre les différents habitants, surtout entre blancs et noirs, sont forcément parasité par des décennies d’apartheid, de souffrances et d’injustice. Il y a le sentiment de colère des uns et le sentiment de culpabilité des autres, la soif de revanche des uns et les vieux réflexes de caste dominante des autres.
Si la relation du professeur avec son élève est aussi choquante, ce n’est pas vraiment à cause de la différence d’âge ou l’inévitable parti-pris en faveur de la jeune femme lors de la notation de l’examen. Le problème vient plus du fait que l’étudiante est métisse. Même si le professeur semble vraiment amoureux de la jeune femme, il adopte inconsciemment une attitude dominatrice à la fois héritée de son éducation machiste et de son statut de privilégié blanc, abuse de son pouvoir sur elle. Bien sûr, elle, de son côté, pourrait refuser, protester contre ces manifestations de désir. Elle n’en fait rien, peut-être paralysée par la peur d’échouer à son examen en mécontentant le professeur, à moins qu’elle aussi ne fasse que suivre d’anciens réflexes et adopte inconsciemment un statut de victime de l’homme blanc… Tout tourne autour de l’instauration de rapports de forces, de dominance et de soumission…
L’auteur ne livre pas directement les clés de son oeuvre. Il n’a pas de message à faire passer. Disgrâce est un constat sec, âpre, rugueux, qui met mal à l’aise parce qu’il renvoie chacun à son propre comportement, ses propres faiblesses…
Pour illustrer ce récit complexe, le cinéaste australien Steve Jacobs (4) a opté pour la simplicité, tant au niveau des cadrages que du montage, parfaitement linéaire. C’est très basique. Trop, probablement, pour faire de cette adaptation un grand film. Mais l’absence de fioritures se révèle malgré tout un avantage. Elle renforce le côté aride du film, la sécheresse des émotions qui y sont projetées… Du coup, la réalisation colle à l’atmosphère du roman et se met ainsi au diapason des acteurs, d’une sobriété exemplaire, qui font tout pour instaurer une distance entre le spectateur et leurs personnages…
Pas évident de camper des protagonistes aussi fermés, aussi englués dans les problèmes, sans les rendre profondément antipathiques ou pathétiques.
Mais John Malkovich est assurément un grand acteur. Il incarne avec talent et retenue ce professeur un peu paumé qui va brusquement ouvrir les yeux sur les réalités de la vie en Afrique du Sud, sur l’évolution de la société, sur son rapport aux femmes et au monde en général. Il réussit le tour de force de le rendre à la fois odieux et touchant, méprisable mais attachant.
Jessica Haines, dans le rôle tout aussi ardu de Lucy, s’en tire plus qu’avec les honneurs. Elle restitue avec justesse les émotions contradictoires qui traversent son personnage et finit aussi par nous bouleverser par ce mélange de colère, de résignation et de volonté…
Le film peut aussi s’appuyer sur Eriq Ebouanney, qui incarne avec calme et finesse l’ambigu Petrus, sur Paula Arundell, touchante en vétérinaire esseulée, ou sur Antoinette Engel, troublante étudiante par qui le scandale arrive…
Disgrâce n’est pas un film “plaisant”. Il dérange et met mal à l’aise. Mais cette plongée au coeur d’une Afrique du Sud aux plaies encore mal cicatrisées, loin de l’image d’Epinal livrée récemment par Clint Eastwood avec Invictus (5), est malgré tout une expérience enrichissante.
Alors, si (comme moi) vous l’avez raté au moment de sa sortie en salles en février dernier, Bac Films vous donne une seconde chance de le (re)découvrir en DVD, dans une édition enrichie de quelques bonus intéressants, à défaut d’être vraiment très instructifs…
(2) : 541 fermiers blancs ont été massacrés entre 1998 et 2001. Des statistiques qui ont provoqué un exode des afrikaners vers d’autres pays, comme l’Australie ou le Royaume-Uni…
(3) : Disgrâce” de J.M.Coetzee – éd. Points
(4) : Le film est australien, car J.M.Coetzee a quitté l’Afrique du Sud pour s’installer en Australie, dont il est aujourd’hui citoyen. Ce sont des producteurs locaux qui ont acquis les droits du roman…
(5) : qui brille plus pour ses qualtés esthétiques et sa naïveté humaniste typiquement eastwoodienne que par son scénario simpliste et sa vision des problèmes sud-africains…
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Disgrâce
Disgrace
Réalisateur : Steve Jacobs
Avec : John Malkovich, Jessica Haines, Eriq Ebouanney, Paula Arundell
Origine : Australie
Genre : drame post-apartheid
Durée : 1h54
Note pour ce film :
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BONUS
- les traditionnelles bandes-annonces
- “Rencontre avec l’équipe du film” (30 mn): une demie-heure d’entretiens avec les producteurs, le réalisateur et les acteurs. On n’évite pas l’auto-satisfaction du devoir accompli, les louanges au roman d’origine et patati et patata… Mais l’ensemble s’avère quand même mieux fichu et plus instructif que bien des bonus hâtivement mis en boîte pour les DVD…
Tous les choix artistiques et techniques y sont justifiés, argumentés et détaillés.
- Making-of : ne fait que compléter sommairement le bonus précédent. Un peu redondant…
- Scènes coupées : 10 mn de séquences supplémentaires, axées principalement sur la scène de l’agression/viol.
Note globale des bonus : ●●●●○○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 2.35 Durée totale : 170 mn |
| Langues : | Anglais 5.1 | Sous-titres : | Français |
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EDITION / DISTRIBUTION
Bac Films
http://www.bacfilms.com/
Boutique BAC Films
Sortie le : 15/06/2010
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[Critique initialement publiée sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
Mother commence par une séquence étonnante : une femme d’une soixantaine d’années marche au milieu d’un champ, l’air perdu, puis se met à danser, comme pour évacuer son mal-être, pour faire disparaître sa peine.
Elle est le personnage principal du nouveau film de Bong Joon-Ho, une mère dont le fils handicapé mental se trouve accusé du meurtre d’une jeune lycéenne, dans une petite ville de province en Corée du Sud.
Toutes les évidences sont contre le jeune homme. La nuit du crime, des témoins l’ont vu sortir du bar où il avait passé la soirée, ivre et passablement lubrique, suivre la victime, et on a retrouvé sur le lieu du crime un objet lui appartenant. Pendant sa garde à vue, Do-Joon signe des aveux et la police classe l’affaire.
Mais sa mère reste persuadée qu’il n’a pas pu commettre un tel acte. Il était le coupable idéal, grand dadais un peu simplet, soumis à des troubles de l’attention et de la mémoire, et très facilement manipulable, comme l’a montré une autre affaire. Elle tente de discuter avec les policiers, engage, malgré ses faibles ressources, un grand avocat spécialisé dans les affaires criminelles, rien n’y fait… Alors, pour faire sortir Do-Joon de prison, elle n’a d’autre solution que de mener l’enquête elle-même, et de retrouver le véritable assassin.
Les investigations vont l’amener à découvrir la vérité sur l’affaire, mais aussi à découvrir le monde qui l’entoure et que, toute dévouée à l’éducation de son fils, elle ne voyait pas, et enfin, à se découvrir elle-même.
Avec ce crime, c’est toute son existence qui vacille.
Elle se retrouve séparée de ce fils qu’elle couvait un peu trop, s’inquiétant du moindre de ses faits et gestes au détriment de son propre bien-être, doit faire face à l’hostilité des proches de la victime qui eux, jugent au contraire qu’elle a totalement raté l’éducation de Do-Joon, ou qu’elle a engendré un monstre. Elle doit abandonner toute dignité pour obtenir un peu d’attention de la part des policiers, des avocats, des juges ou de l’unique ami de son fils, un voyou peu scrupuleux. Puis affronter aussi l’attitude hostile de son propre fils, dont elle essaie d’extirper quelques souvenirs utiles, mais qui ne parvient à faire émerger que quelques vieilles rancoeurs et un passé douloureux. Et enfin à se dépouiller progressivement de sa raison et de son sens moral, en s’abandonnant à des instincts primaux dont elle ne soupçonnait pas l’existence.
La transformation de cette femme, cette mère courage est éprouvante, douloureuse. Mais cela était peut-être nécessaire pour défaire le lien trop fusionnel qui l’attachait à son fils. Il fallait cela pour qu’elle se libère de ce fardeau et pense enfin à vivre par et pour elle-même.
C’est ainsi que l’on peut interpréter la fin du film, qui fait écho à la séquence inaugurale. A moins qu’on ne l’aborde par le versant pessimiste et qu’on la considère comme la métaphore d’un suicide libérateur… Ou qu’on ne décide de croire à ce point d’acupuncture miracle qui permet d’oublier toutes ses peines, toutes ses mauvaises actions, le thème de la mémoire étant un des thèmes principaux du film, et de l’œuvre du cinéaste.
Pour incarner ce personnage fort, il fallait une actrice à la fois touchante et froide, vulnérable et inquiétante. Bong Joon-Ho l’a trouvée en la personne de Kim Hye-Ja, qui livre ici une performance vertigineuse.
La comédienne, connue en Corée pour ses rôles de mères-modèles et vertueuses, ne manque pas l’occasion de se jouer de cette image, en explorant le versant obscur de la maternité. D’icône de la bienveillance maternelle, elle devient emblématique du lien viscéral, quasi-inaltérable et parfois déchirant, qui unit une mère à son enfant.
Elle fait plus qu’incarner un personnage, elle devient symbolique de toutes les mères, relevant ainsi ce qui était sans aucun doute l’un des défis d’un scénario, qui justement veille bien à ne jamais nommer le personnage, juste caractérisé par son statut de « mère ».
En s’appuyant simplement sur cette performance d’actrice, Mother aurait déjà été un bon film. Mais le cinéaste ne se contente pas de cela.
Comme à son habitude, Bong Joon-Ho marie une histoire intimiste à une trame de film de genre, ici un thriller mâtiné de comédie noire, joue sur les ruptures de tons, mélange les ambiances avec une science de la narration qui émerveille de film en film. Le cinéaste coréen fait preuve de beaucoup de talent dans la composition de ses plans, tous empreints d’une certaine poésie, et d’intelligence dans son propos, qui part toujours d’une histoire simple pour se transformer en réflexion plus universelle et en critique sociale décapante.
C’était le cas dans Memories of murder et The host, un polar et un « film de monstres » qui débouchaient respectivement sur une critique de la Corée des années 1980, alors en pleine dictature, et sur la société contemporaine, subissant l’influence de la culture occidentale.
C’est encore le cas dans Mother, dont l’intrigue permet de fustiger l’attitude laxiste de la police, la vénalité des avocats, la corruptibilité des juges, la dépravation de la jeunesse… Avec au centre des problèmes, l’argent, qui crée un véritable fossé entre les classes sociales, mettant les puissants à l’abri et contraignant les plus pauvres à lutter pour leur survie, quitte à s’entredéchirer les uns les autres…
A la fois beau portrait de femme et fine critique sociale, Mother est un très bon film qui confirme, s’il en était besoin, le talent singulier de Bong Joon-Ho. On attend maintenant avec impatience l’adaptation de la bande-dessinée d’anticipation « Le Transperceneige » qu’il est en train de finaliser…
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Mother
Madeo
Réalisateur : Bong Joon-ho
Avec : Kim Hye-Ja, Won Bin, Jin Ku, Je Mun
Origine : Corée du Sud
Genre : thriller social, portrait de femme
Durée : 2h04
Note pour ce film : ●●●●●○
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BONUS
- les traditionnelles bandes-annonces
- “Dans les coulisses du film” (20 mn): un making-of de facture classique, composé essentiellement d’interviews du réalisateur et des comédiens.Il y est surtout question de leur collaboration et de certains choix artistiques et techniques. Intéressant, mais plutôt anecdotique.
- “Mother & Bong Joon-ho” ‘(18 mn) est en revanche plus passionnant. Il s’agit d’un décryptage du film par le critique Jean-François Rauger, qui, pendant près de 20 minutes, donne les clés thématiques du long-métrage et le remet dans la perspective de l’oeuvre du cinéaste. C’est le travail que devraient faire tous les bons critiques professionnels, mais qui, hélas, s’efface le plus souvent derrière un “j’aime/j’aime pas” des plus affligeants…
Ici, c’est donc un régal, d’autant que l’analyse ne manque pas de finesse…
Note globale des bonus : ●●●●●○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 2.35 Durée totale : 170 mn |
| Langues : | Coréen 2.0 + 5.1 Français 2.0 + 5.1 |
Sous-titres : | Français |
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EDITION / DISTRIBUTION
Diaphana
http://www.diaphana.fr/
Sortie le : 02/06/2010
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[Critique initialement publié sur Cinétrafic - http://www.cinetrafic.fr/]
En 2007, on a beaucoup entendu parler du romancier américain Cormac McCarthy. L’adaptation d’un de ses romans, No country for old men (1), enthousiasmait la Croisette et le Palais des festivals de Cannes, quelques mois avant de triompher aux Oscars, et son dernier bouquin, « La route » (2) remportait le prestigieux prix Pulitzer après un beau succès en librairie. De quoi lancer sans attendre l’adaptation cinématographique de cette nouvelle œuvre, voyage d’un père et de son jeune garçon au cœur d’une Amérique post-apocalyptique, frappée par une sorte d’hiver nucléaire qui a dévasté totalement la flore et la faune de la planète et qui a fait sombrer les rares hommes encore en vie, livrés à eux-mêmes et privés de nourriture, dans la barbarie et le cannibalisme…
Cette fois-ci, ce ne sont pas les frères Coen qui opèrent derrière la caméra. Leur humour noir avait parfaitement collé au scénario de No country for old men, mais ne convenait probablement pas à l’ambiance glaciale de La route. Il fallait un cinéaste qui soit capable d’instaurer un climat de tension permanente, de dépeindre un monde froid, sombre et désespéré en peu de scènes, d’évoquer la barbarie sans abuser des effets gores. D’ailleurs, même si le film est très fidèle au texte original, la violence y est un peu édulcorée, ou du moins, plus suggérée. Le passage le plus atroce – la vision d’un bébé rôti à la broche par trois cannibales (bon appétit, bien sûr…) – a même été supprimé. Déjà pour éviter des problèmes devant la commission de censure, mais aussi, et surtout, pour ne pas focaliser l’attention des spectateurs sur des détails peu représentatifs du propos général du film. Car le récit n’est nullement à vocation horrifique. Plutôt une réflexion sur la définition de l’humanité dans un univers sans foi ni loi, où se réaffirment les instincts primaux au détriment de tout ce que la civilisation a apporté…
Le père et son jeune garçon se lancent dans un périple qui doit les conduire vers le sud, vers l’océan. Pour gagner quelques degrés de plus et vérifier s’il n’y a pas, dans ces régions que les rumeurs disent moins touchées, des zones encore vivables. Le voyage a tout du geste désespéré. Le père se doute qu’il n’y a que très peu de chances que l’avenir soit plus radieux ailleurs, mais ils ne peuvent pas rester sur place, sous peine de mourir de froid, ou sous les assauts des bandes organisées bien décidées à transformer en steaks tout humain croisant leur route. Et il sait aussi qu’il est mourant : il crache de plus en plus fréquemment du sang. Alors, pendant le temps qui lui reste, il tente d’inculquer à son fils les notions de dignité, de bonté, de respect de l’autre, de solidarité et d’amour. Des valeurs fondamentales, mais bien dérisoires dans cet enfer gris glacé, où tout n’est que chaos, désespoir et d’abominations. Il s’agit de garder intacte la flamme de l’humanité, réduite à une maigre étincelle enfouie au fond des cœurs et des âmes, qui seule pourrait permettre un jour de recréer une société, une civilisation…
C’est à l’australien John Hillcoat qu’a été confiée la tâche de réaliser cette adaptation, et au vu du résultat, il ne fait nul doute qu’il était l’homme de la situation. Il faut dire que le cinéaste maîtrise le sujet, puisque ce thème de la subsistance de l’humanité dans un milieu qui n’a plus rien d’humain est au centre de son œuvre. On se rappelle des détenus de Ghosts… of the civil dead, son premier long-métrage, poussés à bout par des matons de plus en plus sadiques, jusqu’au déchaînement de la violence. Une étude clinique des comportements, à bonne distance des personnages, qui faisait froid dans le dos et invitait à la réflexion en même temps.
On pense aussi aux personnages de The Proposition, western australien âpre, sauvage, dans la lignée des films de Sam Peckinpah. Ses bandits philosophes attendant inconsciemment que l’on empêche leur barbarie de s’exprimer… Et ses soldats réalisant que dans leur croisade destinée à civiliser les sauvages de l’outback, ils utilisent des moyens des plus discutables, qui ébranlent leur humanité… Tous magnifiés par une direction d’acteur impeccable.
Hillcoat a en effet prouvé qu’il savait parfaitement tirer le meilleur de ses comédiens. Et vu le casting qui lui a été offert, cela donne des performances de tout premier ordre. Il y a Charlize Theron, magnifique personnage féminin au bout du rouleau, incapable, après avoir fait l’effort de donner la vie, de supporter la barbarie environnante. Elle a peu de temps de présence à l’écran, mais elle parvient en quelques scènes à montrer toute l’étendue de son talent. Il y a aussi le jeune Kodi Smit-McPhee, impressionnant malgré son jeune âge (13 ans). Certes, le jeune garçon est issu d’une famille d’acteurs et a déjà quelques rôles derrière lui. Mais il a indéniablement ce petit quelque chose qui fait les grands acteurs. S’il persévère dans ce métier, nul doute qu’une belle carrière l’attend… A ses côtés, Viggo Mortensen est une fois de plus excellent, montrant toutes les nuances de ce personnage moins monolithique qu’il n’y paraît. Mais tous se font voler la vedette, le temps d’une scène, par l’immense Robert Duval, bouleversant dans un rôle de vieillard aveugle, presque agonisant. La scène où il raconte son histoire à Viggo Mortensen est d’une formidable intensité et est à elle seule un très beau moment de cinéma. Au cœur du récit, elle est emblématique du reste du film, et de sa densité psychologique et humaniste.
La Route marque la rencontre de deux auteurs passionnants : Cormac McCarthy et John Hillcoat, qui accouche d’une oeuvre forte, émouvante, et intelligente.
Si vous n’avez pas eu la chance de découvrir ce beau film en salle, nous vous incitons fortement à combler cette lacune chez vous, dans votre salon, avec la sortie DVD et Blue Ray, orchestrée par Metropolitan Films et agrémentée de quelques bonus sympathiques.
(1) : le roman : « Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme » de Cormac McCarthy – éd. Points / le film : No country for old men d’Ethan et Joel Coen
(2) : « La route » de Cormac McCarthy – éd. Points
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La Route
The Road
Réalisateur : John Hillcoat
Avec : Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Robert Duvall, Charlize Theron
Origine : Etats-Unis
Genre : road-movie apocalyptique
Durée : 1h59
Note pour ce film : ●●●●●○
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BONUS
En bonus, le traditionnel making-of, des entretiens avec Viggo Mortensenet Kodi Smit-McPhee, les deux comédiens principaux.
Vous trouverez aussi quelques scènes coupées qui n’apportaient pas grand-chose à l’histoire, mais qui trouvent tout à fait leur place sur le DVD et un commentaire audio pour en apprendre un peu plus long sur les intentions du metteur en scène et de son équipe.
Note globale des bonus : ●●●●○○
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DONNEES TECHNIQUES
| DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format Scope 16:9 Compatible 4/3, 2.35.1 Anamorphic WideScreen Durée totale : 140 mn |
| Langues : | Anglais 5.1 Français 5.1 |
Sous-titres : | Français |
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DISTRIBUTION
Editions Metropolitan video
http://www.metrofilms.com
Sortie le : 04/05/2010
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