Archive pour août 2010

Tout les cinéphiles ont déjà entendu parler de la “politique des auteurs”, sans se demander pour autant à quoi elle faisait référence. 
Euh, non, ce n’est pas l’obligation qu’ont les réalisateurs d’adhérer à un quelconque parti politique de droite ou de gauche…
L’expression a été utilisée pour la première fois par les critiques des “Cahiers du Cinéma” de la grande époque, celle ou les Truffaut, Chabrol et Rivette usaient de leurs plumes acérées pour défendre leurs cinéastes favoris, audacieux et visionnaires, et pourfendre les autres, tenants d’un cinéma poussiéreux. Elle pose les bases d’une critique subjective articulée non pas sur un film isolé, mais sur l’ensemble de l’oeuvre de son réalisateur. Ceci permet de dégager un fil conducteur, des thématiques récurrentes, un style,d’établir des connexions d’un film à l’autre, et de remettre en perspective certains films “mineurs” d’un auteur par rapport au reste de son oeuvre.
Et, même si la méthode parfois dériver vers de la complaisance à l’égard de certains cinéastes-chouchous ou de l’intransigeance vis-à-vis de cinéastes qui ne correspondent pas aux  canons esthétiques et thématiques maison, il est toujours intéressant de découvrir le travail des metteurs en scène à travers un ensemble de films.

Cahiers-du-Cinema

C’est ce que propose la collection DVD “Deux films de…”, dirigée, justement, par “Les Cahiers du cinéma” et éditée par Why Not distribution.
Un peu dans l’esprit de la collection mythique “Les films de ma vie”, chaque coffret contient deux films choisis parmi la filmographie d’un cinéaste, souvent des oeuvres rares ou méconnues, qui mettent en avant le travail de leur auteur.
Nouveaux exemples avec les deux nouvelles pièces de la collection “Noémie Lvovsky” et “Robert Kramer” 

Honneur aux dames : le premier est consacré à Noémie Lvovsky. Si son nom n’évoquera pas grand-chose au grand public, son visage, lui, est davantage connu, puisqu’elle a joué bon nombre de seconds rôles dans des comédies plus ou moins intéressantes. Mais c’est bien comme cinéaste que cette femme s’est faite connaître, grâce à quatre longs-métrages (et autant de courts) ayant connu un beau succès critique et construisant une oeuvre cohérente, empreinte d’une certaine douceur…

Oublie-moi - 2
 
Dans le coffret, on trouve son premier long-métrage, Oublie-moi, ce qui va permettre de réparer une injustice.
A l’époque de sa sortie, certaines voix commençaient à s’élever contre un cinéma d’art et d’essai français trop marqué par le style “Fémis”, soit une conception, je cite, “intello-chiante” du cinéma héritée de la Nouvelle Vague, telle qu’enseignée dans la célèbre école. Oublie-moi a quelque peu fait les frais de ce vent de contestation – assez idiot par ailleurs – en étant cité par les frondeurs comme l’exemple-type des dérives d’un cinéma d’auteur nombriliste.
Pourquoi cette haine ? Peut-être parce que Noémie Lvovsky a fait ses études à la Fémis ? Ou bien parce qu’elle a collaboré aux premiers films d’Arnaud Desplechin, le nouveau chouchou des critiques “sérieux” et chantre de la nouvelle “Nouvelle Vague” ? Ou encore parce que les titres de deux de ses courts-métrages (Embrasse-moi, Dis-moi oui, dis-moi non – présenté dans le coffret, en bonus ) et de son long-métrage – et “moi” et “moi” et “moi” – laissaient présager quelque chose d’égocentrique…

Procès injuste, absurde, car si dans ce film, Noémie Lvovsky raconte les problèmes existentiels d’une trentenaire qui lui ressemble sans doute un peu, le film n’a rien de “nombriliste”. Le personnage joué par Valéria Bruni-Tedschi, un peu dans le même registre que son rôle dans Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel, est suffisamment attachant pour que chacun s’y reconnaisse un peu, véhicule des angoisses et des tourments assez universels.
C’est une ronde des sentiments  qui nous est proposée ici : Nathalie (Valéria Bruni-Tedeschi, donc), en couple avec Antoine (Emmanuel Salinger), n’arrive pas à oublier son ex, Eric (Laurent Grévill) qu’elle poursuit de ses assiduités. Cruelles relations humaines, où tout n’e se passe pas toujours comme on le voudrait, douleur du dépit amoureux, aux effets dévastateurs… Le thème central de l’oeuvre de la réalisatrice – les sentiments amoureux- est déjà en place dans ce premier film. Elle en continuera par la suite l’exploration dans ses longs-métrages suivants, qui culminera dans son meilleur film, justement appelé Les sentiments, avec Jean-Pierre Bacri, Isabelle Carré et Nathalie Baye.
Par ailleurs, si le film est bien construit selon des codes esthétiques communs à toute une génération de cinéaste, il dégage aussi, très discrètement, ce qui fera par la suite l’originalité des films de la cinéaste :  une certaine fantaisie, une poésie gentiment loufoque et décalée, qui se manifeste dans la folie douce gagnant Valéria Bruni-Tedeschi et dans la tonalité générale du film.

La vie ne me fait pas peur - 2

Mais c’est surtout dans son second long-métrage, La vie ne me fait pas peur, que la cinéaste va affirmer ce virage vers un imaginaire plus coloré, vers davantage de fantaisie.
A la base, il s’agissait d’un film de commande d’Arte, dans le cadre de la collection  “Les Années lycée”, une série de téléfilms ayant accouché d’oeuvres marquantes comme Le péril jeune de Cédric Klapisch.
”Petites”, le téléfilm d’origine, est devenu grand sur grand écran, dans sa “version longue remaniée” qu’est La vie ne me fait pas peur. Le téléfilm comme le long-métrage racontent le cheminement de quatre copines de l’adolescence vers l’âge adulte, avec ce que cela comprend de découvertes, de déceptions, de petits bonheurs… 
La cinéaste est parvenue à s’affranchir des contraintes liées au cadre imposé, l’adolescence et le lycée, pour en tirer une oeuvre entraînante, drôle, pétillante, truffée d’idées de mise en scène.
Il est vrai que l’oeuvre doit aussi beaucoup à l’énergie communicative des quatre jeunes interprètes, qui depuis ont bien grandi : Magali Woch, Julie-Marie Parmentier, Ingrid Molinier et Camille Rousselet. Mais c’est aussi l’une des composantes du talent de Lvovsky que de choisir et diriger ses comédien(ne)s.

Ce coffret permet de voir, d’une part, l’évolution du style de la cinéaste vers plus de fantaisie, d’humour et d’originalité, et d’autre part brasse les grandes thématiques de son oeuvre encore en construction…  D’où l’utilité de faire découvrir deux films simultanément… 

Le second coffret rend hommage au travail d’un auteur hélas méconnu du grand public : Robert Kramer.
Avant de nous quitter, ce réalisateur américain, a réalisé ou coréalisé 25 films, dont quelques-uns particulièrement critiques vis-à-vis de son pays d’origine.
Politiquement très marqué à gauche, Kramer méritait vraiment l’appellation de « cinéaste engagé ».
« 2 films de… » a sélectionné deux de ses œuvres les plus connues (avec Millestones, The people’s war et l’imposant Route One, USA) : Doc’s Kingdom etWalk the walk.

Doc's kingdom - 3

Le premier est une fiction axée autour d’un homme en exil, James Matter dit « Doc » (joué par l’excellent Paul McIsaac), un vétéran du Vietnam, ancien activiste qui a quitté son pays pour s’installer au Portugal, où il exerce la profession de médecin dans un petit hôpital lisboète. Il habite dans une cabane, dans une sorte de bidonville situé aux frontières de la ville.
Le lieu a son importance. Il est situé dans la marge, à la frontière entre deux mondes, deux classes sociales. Trois continents aussi puisque l’Afrique, où Doc a aussi bourlingué, y est bien représentée et où l’Océan laisse deviner, en perspective, l’Amérique.
Le monde industriel, symbolisé par les infrastructures portuaires grises, sales, polluantes, y côtoie les vestiges du passé. L’endroit dégage à la fois une certaine chaleur et une froide violence, notamment dirigée contre ce qui représente les Etats-Unis, ogre impérialiste.
Oui, cet endroit ressemble au personnage principal. Usé, délabré, malade (Doc est alcoolique), hanté par le passé (au cours de ses voyages, il a été confronté à la guerre et à la misère), rongé par le présent (l’évolution du monde vers un sombre système économique et politique – Nous sommes alors au sortir des années Reagan, qui ont vu se creuser le fossé entre les plus riches et les plus démunis…), pas vraiment à sa place ici, ni ailleurs.
Difficile de ne pas voir en Doc une sorte d’alter-ego du cinéaste, activiste de gauche qui a quitté les Etats-Unis pour pouvoir poursuivre sa carrière en Europe (en Allemagne, en France, au Portugal…). Il accompagnera d’ailleurs Robert Kramer quelques années plus tard, pour son retour au pays, quand le cinéaste tournera son documentaire-fleuve sur l’Amérique, Route one / USA.
Doc’s kingdom
est un beau film sur l’exil, la solitude de l’expatrié – compensée partiellement par la satisfaction de pouvoir vivre libre – et une œuvre d’une profonde mélancolie évoquant, en filigrane, la fin des utopies nées dans les années 1960.
C’est aussi une belle variation autour du thème de la paternité, des racines, des origines.
L’ex-épouse de Doc, Rozzie, vient de décéder, dans un hôpital de l’autre côté de l’Atlantique. Leur fils Jimmy (incarné par le tout jeune Vincent Gallo) tombe sur les lettres annuelles que Doc continuait d’envoyer à sa femme et se met en tête de le retrouver.

Doc's kingdom - 2

Contrairement à ce qu’aurait donné un traitement classique du sujet, les retrouvailles ne donnent pas lieu à des grands moments larmoyants, plombé par le pathos et les bons sentiments. On assiste juste à la confrontation de deux solitudes, deux hommes qui sont heureux de converser, le temps d’une soirée, d’échanger des points de vue, mais que rien de tangible n’unit encore.
Dans le « Royaume de Doc », les racines ne sont plus que de lointains souvenirs, l’homme n’a pas d’attaches et ne peut donc pas accepter la paternité, vue comme une enclave.
Le personnage a décidé de ne pas être père, pas par manque d’affection mais par besoin de liberté, par refus de cette responsabilité…
Chez Robert Kramer, la paternité n’est pas quelque chose d’innée. C’est un choix, une démarche, une volonté…
Un propos qui tranche singulièrement avec les conventions sociales et narratives !
D’ailleurs, la forme du film est elle aussi assez atypique. La façon de filmer est proche du documentaire, et l’image granuleuse, proche de la vidéo, va dans ce sens. Mais en même temps, ce long-métrage possède une esthétique assez particulière, baigne dans une ambiance nocturne assez poétique. Il s’autorise même quelques envolées oniriques des plus étranges.
Doc’s kingdom est donc un film assez inclassable, original de par son approche thématique et passionnant de par son côté radical, profondément indépendant, évoluant librement entre les cultures…

Walk the walk - 2

On retrouve les thèmes du voyage, de l’exil et de la famille dans Walk the walk.
Dès le début du film, on assiste à l’éclatement d’une cellule familiale. La fille, Raye (Betsabee Haas), quitte ses parents pour vivre sa propre vie, découvrir de nouveaux horizons – la Suisse, l’Allemagne, l’Europe. Peu après, le père, Abel (Jacques Martial),  athlète de haut niveau, abandonne sa femme pour prendre lui aussi un nouveau départ, plus à l’est – en Ukraine, à Odessa, haut lieu de la Révolution Russe (et souvenir mémorable de cinéphile – Le Cuirassé Potemkine…). La mère, Nellie (Laure Duthilleul) reste seule. Elle ne part pas, mais commence elle-aussi un cheminement intérieur à la découverte d’elle-même….

Même si Walk the walk, un peu trop schématique, trop “construit”, ne possède pas tout à fait l’intensité de Doc’s kingdom ou de Route One / USA,  on retrouve quand même parfaitement l’univers de Robert Kramer.
Déjà au niveau du style, assez unique, avec lequel le cinéaste réussit à combiner documentaire, expérimentation et fiction, en intervenant directement dans le récit, restant hors champ mais discutant avec ses personnages comme s’il les connaissait depuis toujours, les accompagnant dans leur quête intime.
Ensuite dans cette façon admirable de capter l’air du temps, de saisir ce qui définit une époque.
Le monde a changé par rapport à l’époque de Doc’s kingdom. La mondialisation est à l’oeuvre, sonnant le glas des utopies des années 1960/1970. Cette Europe où il s’était exilé est loin d’être la terre promise.
La France, son ultime pays d’accueil, patrie des Droits de l’Homme, peine à gérer les diversités culturelles de ses citoyens – sujet toujours aussi sensible et tabou aujourd’hui, d’ailleurs… En Suisse, on croise des junkies échappant dans des paradis artificiels à un certain malaise social… A Odessa, l’idée d’un pouvoir donné aux ouvriers a fait long feu. Le Mur de Berlin est tombé, le bloc soviétique est tombé et les idéaux socialistes avec lui…
A la Guerre Froide ont succédé des conflits ethniques, aux Balkans, notamment, dont le cinéaste se fait ici le témoin – la guerre de Bosnie n’est pas officiellement terminée quand il tourne son film…
Le constat n’est pas très réjouissant, d’autant qu’à ces mutations économiques et géopolitiques s’ajoute un autre fléau contemporain, le SIDA…
C’est donc encore une certaine mélancolie qui se dégage de ce film assez sombre, qui trouve quand même sa lumière dans l’énergie et la jeunesse de son héroïne, incarnée par la soprano Betsabée Haas.

Walk the walk - 3

Là encore, le choix de ces deux films n’est pas absurde, il montre l’évolution du regard du cinéaste sur la société, et pointe aussi les spécificités stylistique d’un auteur méconnu, et pourtant passionnant…

Nous vous invitons donc à découvrir ces deux coffrets fort intéressants, ainsi que les autres joyaux de la collection (Patrice Chéreau, Gregg Araki, Alain Resnais, Jean-Pierre Mocky, Bruno Podalydès, Nanni Moretti, Jean-Luc Godard, Takeshi Kitano, etc…). Sans oublier les deux nouveaux coffrets à paraître début octobre : Ken Loach & Xavier Beauvois… 

 

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COFFRET 2 FILMS DE… NOEMIE LVOVSKY
 

Coffret Noémie Lvovsky

Oublie-moi
Oublie-moi

Réalisatrice : Noémie Lvovsky
Avec : Valéria Bruni-Tedeschi, Emmanuelle Devos, Emmanuel Salinger, Laurent Grévill
Origine : France
Genre : c’est compliqué l’amour…
Durée : 1h33

Note pour ce film : ●●●●○○

 Noémie Lvovsky

La vie ne me fait pas peur
La vie ne me fait pas peur

Réalisatrice : Noémie Lvovsky
Avec : Magali Woch, Julie-Marie Parmentier, Camille Rousselet, Ingrid Molinier, Luis Rego, Valéria Bruni-Tedeschi, Eric Elmosnino
Origine : France
Genre : nos années lycée…
Durée : 1h45

Note pour ce film : ●●●●●●

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BONUS

Dis-moi oui, dis-moi non : court-métrage de fin d’études de Noémie Lvovsky

Note globale des bonus : ●●●●○○

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DONNEES TECHNIQUES

DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3
Durée totale : 216 mn
Langues : Français 2.0 Sous-titres : -

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COFFRET 2 FILMS DE… ROBERT KRAMER

Coffret Robert Kramer

Doc’s kingdom
Doc’s kingdom

Réalisateur : Robert Kramer
Avec : Paul Mc Isaac, Vincent Gallo, Joao Cesar Monteiro, Ruy Furtado, Roslyn Payn
Origine : Etats-Unis, Portugal
Genre : film sur l’exil 
Durée : 1h30

Note pour ce film : ●●●●●●

Robert Kramer

Walk the walk
Walk the walk

Réalisateur : Robert Kramer
Avec : Laure Duthilleul, Jacques Martial, Betsabee Haas, Eliane Boisgard, Aline Pailler, Jacqueline Brodier 
Origine : Etats-Unis, France
Genre : errance et quête intime 
Durée : 1h54

Note pour ce film : ●●●●○○

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BONUS

Aucun bonus pour ces deux films.

Note globale des bonus : –

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DONNEES TECHNIQUES

DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 1:55
Durée totale : 204 mn
Langues : VO (multilingues) 2.0 Sous-titres : français

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EDITION / DISTRIBUTION 

Why not Productions 
http://www.whynotproductions.fr/

Sortie le : 30/06/2010

Alors qu’il avait été remarqué et applaudi dans tous les festivals internationaux où il a été présenté entre 2006 et 2007 (Toronto, Stiges, Gérardmer et Deauville, pour les principaux), All the boys love Mandy Lane n’a curieusement pas bénéficié d’une sortie en salles dans l’hexagone et il aura fallu attendre près de trois ans avant qu’un éditeur ne se décide à le sortir en DVD et Blu-Ray.
En l’occurrence, Wild Side, dont on peut saluer l’acharnement à mettre en avant le travail de cinéastes originaux et atypiques…

Atypique, All the boys love Mandy Lane  l’est sans conteste. Et c’est sans doute cela qui a refroidi les distributeurs du film, bien embêtés pour savoir comment caser le premier film de Jonathan Levine.

Mandy Lane - 3

De prime abord, on pourrait le définir comme un simple slasher, un de ces succédanés de Vendredi 13 ou d’Halloween produits à la pelle par l’industrie cinématographique américaine, où des teenagers dépravés se font massacrer par un tueur psychopathe sadique. 
L’intrigue est en effet des plus basiques : Avec la douceur de ses traits, son corps sexy, sa pureté virginale et son côté inaccessible, la belle Mandy Lane est un objet de fantasme pour tous ses camarades de lycée. Les filles l’envient ou la jalousent, et les garçons sont prêts à tout, y compris aux actes les plus  fous, pour pouvoir la conquérir, la posséder…
C’est dans l’espoir de la séduire qu’une bande de copains l’invite à passer le week-end hors de la ville, dans le ranch du père de l’un d’entre eux, sous prétexte de fêter dignement (ou indignement) la fin de l’année scolaire.
Ils croient avoir partie gagnée quand elle accepte de se joindre à eux. Ils se disent qu’avec alcool, drogues, rock’n roll et la présence de deux autres filles très portées sur le sexe, la blonde Mandy va bien finir par craquer…
Ils n’ont juste pas prévu la présence sur les lieux d’un tueur impitoyable, bien décidé à les éliminer un par un… 

Mandy Lane - 5

Jonathan Levine respecte assez fidèlement les conventions du genre. Il nous présente tout d’abord ses personnages, stéréotypés en diable : la pure Mandy, donc, vertueuse et innocente, le bellâtre de service, qui s’enorgueillit d’avoir conquis au moins une fille par état, rien dans le crâne, tout dans le calbut – ah ben non, en fait… pas grand chose non, plus – la bimbo blonde – no comment – la brunette complexée par ses minuscules bourrelets, mais décomplexée dès qu’il s’agit de choses coquines, le boutonneux qui compense son physique moins avantageux par sa cool attitude, le black de service, plus délicat que ses compagnons, et le gardien des lieux, genre cowboy solitaire à qui on ne la fait pas…

Puis il fait doucement monter la tension autour du groupe, à l’aide de quelques éléments inquiétants (la flaque de sang sur laquelle Mandy tombe en faisant son jogging, le serpent se faufilant vers les baigneurs imprudents, les apparitions furtives d’une silhouette étrangère, menaçante,… ), attendant le moment propice pour débuter la série de meurtres.
Evidemment, les premiers punis seront les ados fornicateurs – les tueurs de slashers aiment que la morale soit respectée… – puis le psychopathe s’attaquera aux autres membres de la bande, les dézinguant l’un après l’autre à rythme régulier, gardant la confrontation avec Mandy Lane pour la fin…

Oui, vu comme cela, rien ne distingue All the boys love Mandy Lane du petit film d’horreur lambda…
Hormis, peut-être, le soin particulier apporté à la mise en scène, plus stylisée que la plupart des films du genre, avec notamment un gros travail sur la texture des images, un peu granuleuses, aux couleurs contrastées. Elle prend un tour presque expérimental avec ses cadrages étranges, ses effets de focales, ses ralentis, son montage nerveux. Un peu trop même, se dit-on, car cette démonstration technique virtuose, mais un peu maniérée, n’apporte finalement pas grand chose au film…

Mandy Lane - 6

Autre curiosité, la façon avec laquelle Levine s’ingénie à balayer d’un revers de la main tous les artifices narratifs traditionnels du genre. Ici, pas de gros effets de surprise, pas de “coup du chat” qui surgit pour nous faire bondir du fauteuil.
Les meurtres eux-mêmes restent relativement sobres au regard des exécutions inventives de Jason Voorhees et autres psychopathes échappés de Scream ou  Souviens-toi l’été dernier.

Enfin, le rythme et la progression du récit sont parfaitement atypiques : le film est tour à tour très lent – la mise en place prend 40 minutes, presque la moitié du film – et très rapide, trop rapide, dès lors que l’action s’emballe enfin, au risque de susciter l’ennui de certains amateurs de slasher…
D’autant que l’identité du tueur est révélée très tôt, alors que ce genre de film repose sur des rebondissements souvent assez tordus.
Certes, la fin du film ménage une surprise de taille, mais cette façon de chercher à désamorcer le suspense est tout de même assez étrange…

C’est que Jonathan Levine se soucie assez peu de réaliser un thriller narrativement correct. Cette trame horrifique n’est qu’un prétexte à un autre film, qui se déroule en filigrane. Une évocation des affres de l’adolescence et la description d’un passage à l’âge adulte souvent vécu comme un traumatisme.
A cette période de la vie, on est mal dans sa peau car on se voit changer physiquement et psychologiquement. On se cherche une identité, on cherche à s’affirmer individuellement… On cherche à plaire, aussi, car l’irruption du désir a modifié profondément le rapport à l’autre. D’où des relations extrêmement complexes et ambigües avec les autres jeunes, vus à la fois comme des amis, des proies sexuelles potentielles ou des rivaux… L’enjeu est autant de s’intégrer à un groupe que de s’y imposer individuellement. Le risque est de se retrouver exclu, laissé dans la marge après avoir été humilié par les railleries et les remarques cinglantes, cruelles, des autres adolescents.

Mandy Lane - 2

Dans ces conditions, les apparences sont reines. Il est vital de paraître le plus beau, le plus cool, le plus mature, le plus sexy…
Apparemment Mandy Lane n’a pas de souci à se faire de ce point de vue-là. Elle attire tous les regards, cristallise tous les désirs et toutes les jalousies. Elle semble plus mature, plus pure, plus belle que toutes les autres… Tous les garçons aiment Mandy Lane… Et puisque tous ces mâles en rut rôdent autour d’elle, les filles font tout pour l’avoir comme amie…
Pour les autres personnages, la réalité est plus rude… Le moindre petit commentaire, le moindre complexe physique peut prendre des proportions dramatiques : la bimbo se retrouve complexée par une pilosité pubienne trop foisonnante, sa copine se trouve trop grosse, le playboy fanfaron se trouve heurté dans sa virilité quand ces demoiselles se moquent de la taille de son engin,…
Alors on imagine sans peine le malaise qui doit submerger l’adolescent en cas de rejet violent de la part de ses petits camarades. Il y a de quoi péter un câble…
Jusqu’au meurtre…

Mandy Lane - 8

En abordant l’oeuvre sous cet angle-là, en plaçant les thématiques de la dictature des apparences et de la brutalité du rejet au centre des débats, le film de Jonathan Levine prend tout son sens, toute son ampleur…
Cela explique pleinement ce décalage entre le côté clinquant de la mise en scène (les apparences) et la construction chaotique du récit (le malaise dissimulé sous le vernis).
Et cela donne donne plus de poids à la fin du film, que d’aucuns jugent (à tort) incohérente. Ne leur en déplaise, et sans trop en dévoiler, tout ce massacre trouve bel et bien sa justification, son mobile, dans une histoire d’exclusion, de rejet, et (peut-être, sans doute…) de dépit amoureux…

Il est évident que, pris au premier degré, All the boys love Mandy Lane n’a rien de bien folichon, thriller horrifique trop simpliste, au rythme trop étrange pour convaincre…
Mais justement, le réalisateur invite à aller au-delà des apparences, à gratter un peu pour découvrir un film pas totalement exempt de défauts, certes, mais bien plus subtil qu’il n’y paraît. Il s’agit en effet moins d’un film d’horreur basique que d’une chronique réaliste et crue de l’adolescence, qui finit par tourner au drame le plus noir, un peu comme dans le Bully de Larry Clarke,
Après, on accroche ou pas… On a tout à fait le droit de penser que d’autres films ont aussi bien, voire mieux, traité du malaise adolescent, sans être obligés de passer par un scénario aussi tarabiscoté.
On peut aussi juger l’ensemble trop déséquilibré pour convaincre réellement…
Ou au contraire y voir l’émergence d’un auteur à part entière, qui continuera avec son film suivant, The Wackness, sorti en 2008 sur nos écrans, à creuser son sillon avec un style sensible et attachant…
Bref, le film divise. C’est le lot de toutes les oeuvres avant-gardistes…  

Mandy Lane - 4 

En revanche, tout le monde sera sans doute d’accord pour louer la performance de la belle Amber Heard dans le rôle-titre : intense, troublante, irradiante de sensualité, elle exerce sur nous la même fascination que sur les autres personnages du récit.
Ceux-ci sont d’ailleurs également incarnés avec beaucoup de justesse, ce qui est plutôt inhabituel pour ce type de film…

Ne serait-ce que pour cela, All the boys love Mandy Lane mérite d’être découvert. Et cette édition DVD (et Blu-Ray) tardive vous en offre l’opportunité.
Alors, aimerez-vous Mandy Lane ?…

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 Mandy Lane
All the boys love Mandy Lane
All the boys love Mandy Lane

Réalisateur : Jonathan Levine
Avec : Amber Heard,  Anson Mount, Whitney Able, Michael Welch, Edwin Hodge, Aaron Himelstein, Luke Grimes
Origine : Etats-Unis
Genre : faux-slasher
Durée : 1h27

Note pour ce film : ●●●●○○

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BONUS

- Entretien avec Amber Heard (26 mn)
- Entretien avec Jonathan Levine (14 mn)

Deux entretiens avec les deux principaux artisans du film derrière et devant la caméra, pour mieux comprendre la genèse du projet et la collaboration entre le metteur en scène et ses acteurs. Et aussi d’en savoir un peu plus sur Heard et Levine, leurs parcours respectifs, leurs envies de carrière…

Note globale des bonus : ●●●○○○

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DONNEES TECHNIQUES

DVD9 – Zone 2 – PAL – Couleur – Format 16:9 Compatible 4/3, 2.40
Durée totale : 127 mn
Langues : Anglais 5.1 DTS Français 5.1 + 2.0 Sous-titres : Français

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EDITION / DISTRIBUTION 

Wild Side
http://www.wildside.fr/video/home

Sortie le : 04/08/2010
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Catégories